MbandakaA l’Equateur, au nord-est de la RDC, les enfants de pêcheurs qui vont étudier en ville sont de plus en plus assidus. Grâce au téléphone et aux marchés hebdomadaires, leurs parents peuvent plus facilement avoir de leurs nouvelles et leur faire parvenir de l'argent. Résultat : le taux de déperdition a diminué.

Embarcadère d’Ekunde à Mbandaka. Il est 8 heures lorsque des pirogues en provenance du marché de Mebenzeno, 80 km en aval du chef-lieu de la province de l’Equateur, accostent. Les gens accourent de partout. Rires, embrassades, scènes de joie et de retrouvailles s’ensuivent… Dans la foule, Flora, élève dans une école secondaire de la place. Accompagnée de quelques amies et vêtue de son uniforme bleu-blanc, elle avait été prévenue par ses parents, au téléphone, de l’expédition par pirogue d’un colis pour elle. "Toutes les deux semaines, nous recevons des vivres et de l’argent par l’intermédiaire des voyageurs. Cela nous permet de ne pas connaitre de rupture de provisions et de payer les frais scolaires au moment opportun…", raconte-t-elle, sourire aux lèvres. Pêcheurs, ses parents vivent dans un campement sur un îlot au milieu du fleuve Congo.
Dans cette province de l’Equateur traversée par de nombreuses rivières et couverte par une forêt luxuriante, avec comme principale activité la pêche, des milliers d’élèves vont étudier en ville ou autres grands centres, loin des villages ou campements de leurs parents pêcheurs. Pour ces enfants, terminer une année scolaire n’est pas toujours aisé. Ils manquent souvent de nourriture, d’argent…et certains finissent, faute d’être régulièrement approvisionnés, par abandonner. Mais depuis quelques années, des marchés hebdomadaires sont organisés le long du fleuve Congo, instaurant un trafic régulier entre les campements des pêcheurs et les centres urbains. Une occasion pour les pêcheurs d’envoyer régulièrement de quoi soutenir les études de leurs enfants en ville. Ainsi, à chaque retour d’une embarcation en provenance de ces marchés, des centaines d’écoliers espèrent recevoir leur ration. Ce qui les empêche de jeter l’éponge.

Après le marché, le portable
Directeur des études à l’Institut Boyaka à Mbandaka, Dieudonné Limpole affirme que les difficultés d’approvisionnement, l’irrégularité ou la rupture de la ration ont toujours été la principale cause de la déperdition scolaire des enfants des pêcheurs. "Autrefois, ils interrompaient leurs études pour aller chercher eux-mêmes les provisions au campement. Et c’était fréquent que la plupart d’entre eux ne reviennent plus, témoigne-t-il. Aujourd’hui, quand nous leur exigeons les frais d’études, ils nous demandent d’attendre le jour du marché et nous le leur concédons, car ça marche maintenant". L’assurance de recevoir la pension alimentaire à temps et de l’argent en cas de nécessité procure une certaine stabilité à ces enfants, qui peuvent désormais se consacrer sereinement à leurs études.
Si les marchés hebdomadaires ont amélioré les conditions d’études de ces gamins, il en est de même pour le téléphone, qui renforce les contacts entre les pêcheurs, leurs enfants et l’école. Des entreprises de télécommunications ont en effet installé des antennes relais le long du fleuve, permettant aux lointains riverains de communiquer avec les centres urbains. Tuteur de cinq enfants de pêcheurs à Mbandaka, Timothée Bonkanya, se dit soulagé dans sa tâche. Il affirme que chaque jour du marché à Liranga, 120 km en aval du chef-lieu de province, les pêcheurs lui téléphonent pour s’enquérir de l’évolution de leurs fils. "C’est la fin d’une époque où nos enfants pouvaient se méconduire en toute liberté en ville, sachant qu’ils n’étaient pas surveillés", se réjouit un pêcheur.

Suivis de près… à distance
Certains parents, pour limiter le risque de déperdition scolaire de leurs enfants et s’assurer de leur suivi permanent, prennent en effet les numéros de téléphone des chefs d’écoles, des enseignants ou des tuteurs. Au moindre pépin, ils les saisissent immédiatement. "Les parents de Mimi m’appellent pour savoir si leur enfant se comporte bien, si elle ne fait pas l’école buissonnière… De mon côté, s’il y a quelque chose qui ne va pas, je les informe", déclare Bolima Ntanga, enseignant à l’Institut Moteyi.
De l’avis de plusieurs pédagogues de l’Equateur, la peur de se savoir contrôlés, même à distance, influe sur la conduite de ces enfants qui deviennent aussitôt plus assidus. Préfet de l’Institut Ilela à Mbandaka, Mungonzi Vackys est convaincu que, si davantage de parents pêcheurs saisissent cette opportunité offerte par l’instauration des marchés et l’avènement du téléphone portable, les risques de déperdition scolaire seront sensiblement réduits.

Source : syfia grands lacs