Ban_ki_moonKabila_drapeauEt si la Monuc n’était pas là ? La question n’est plus à l’ordre du jour. Bien des événements se sont déroulés que cette interrogation est devenue sans objet. Aujourd’hui, la mission de la Monuc est arrivée à une étape déterminante. Celle d’une évaluation qui doit conduire à la fin de sa mission en République démocratique du Congo, et de l’autre, la satisfaction ou la déception d’avoir accompli ou pas la mission qui lui a été confiée. C’est sur ces entrefaites que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon effectue sa deuxième visite au Congo. Il devrait s’entretenir hier vendredi à Kisangani avec le président de la République, Joseph Kabila, justement de cette mission de la Mo,uc. L’heure de vérité a sonné.

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, est attendu ce samedi à Bukavu avant de se rendre à Goma, dernière étape de sa visite, la deuxième en République démocratique du Congo. Mais hier vendredi, il devrait s’entretenir avec le président de la République, Joseph Kabila Kabange, à Kisangani, chef-lieu de la Province Orientale.

Une visite qui est placée sous le signe de l’évaluation de la situation générale en RDC et sur le travail accompli par la MONUC. Rencontre placée sous le signe de la vérité.

Cette évaluation est cruciale tant elle contribuera à renforcer le rapport du secrétaire général de l’ONU auprès du Conseil de sécurité quant à la nature de la mission de la Monuc qui tend maintenant, lentement mais sûrement, vers la fin. D’aucuns à New York soulignent déjà qu’il n’y aura plus de prolongation du mandat de la Monuc.

C’est dire qu’il s’agit aussi d’un tête-à-tête tout aussi crucial Kabila – Ban Ki-moon. Car, les deux personnalités sont invitées à faire un état des lieux sans complaisance de la mission de la Monuc et scruter les perspectives d’avenir. Or, le secrétaire général de l’ONU arrive en République démocratique du Congo au moment où un rapport établi par le secrétariat général adjoint de l’ONU en charge des missions de paix évoque un «échec possible » des missions de paix de l’ONU au Darfour, en République démocratique du Congo, au Tchad et en Somalie. Faute de ressources face à «des mandats de plus en plus complexes, musclés, dans des environnements souvent hostiles».

Peu avant de quitter New York pour l’Afrique, Ban Ki-moon avait justement évoqué ce manque de ressources en s’indignant de l’attitude des pays donateurs qui tergiversent pour apporter leurs contributions conformément à l’esprit et à la lettre de la résolution 1856 du Conseil de sécurité sur la situation en RDC. Bien avant lui, le général espagnol De Villegra, avait démissionné de son poste, à peine nommé : faute de moyens adéquats à la disposition de la Monuc, sans omettre le dysfonctionnement dans la chaîne de commandement militaire constaté sur le terrain.

Opération Umoja Wetu et la LRA

L’heure de vérité a sonné. Il faudra se convaincre avec nous que  devant l’incapacité de la Monuc à protéger les populations civiles, à maintenir la paix, la République démocratique du Congo et le Rwanda, d’une part, et de l’autre, la RDC et l’Ouganda, Le Congo et le Rwanda ont ignoré superbement la Monuc pour mettre en place des opérations militaires conjointes.

Belle initiative ou pas, il s’agit là d’un désaveu que l’on ne peut banaliser, et le secrétaire général de l’ONU en a certainement pris bonne note. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois dans la région que les missions de paix de l’ONU n’accomplissent pas pleinement leur mission. Essuyant ainsi des échecs en Angola et au Rwanda.

C’est dire que les opérations Umoja Wetu et la traque contre la LRA auront une influence sur le mandat actuel de la Monuc. Il faut définir, sans faux - fuyant, les objectifs immédiats de cette mission de paix avant qu’elle ne plie bagage. Qu’il n’est plus question d’établir des «zones tampons» au risque de poursuivre dans cette logique machiavélique de la partition de la RDC.

C’est à ce stade que le président Kabila posera le problème en des termes clairs. Que la priorité soit la restructuration de l’armée nationale avec la contribution des partenaires extérieurs pour préserver les acquis de ces deux opérations militaires conjointes, de les parachever puisqu’il reste encore beaucoup de choses à faire.

Aussi, le président Kabila attend de Ban Ki-moon des précisions utiles sur l’application de la Résolution 1856, dans ses volets de la traque des forces négatives et de la restructuration des FARDC. Ensuite, ses avis et considérations face à cette proposition de la SADC, avec la «Brigade en Alerte» BEA, stationnée à Cabo Ledo, en Angola, d’intervenir maintenant en République démocratique du Congo. Aussi, dans les arrangements qui pourraient enrichir les rapports entre la RDC et l’ONU, envisager l’apport de l’Union européenne, et pourquoi pas de l’AFRICOM avec le concours des Etats-Unis, de doter la République démocratique du Congo d’une véritable armée nationale, dissuasive.

Il est vrai que les opérations militaires «UMOJA WETU» ont changé toutes les donnes. Elles ont même convaincu certains pays occidentaux que désormais, il est possible de mettre en place «une armée africaine », «de former des soldats de la paix africains». La Monuc qui a eu du mal à « protéger les populations civiles » ne peut plus continuer à demeurer au Congo sous ce mandat. Ce serait l’obliger à évoluer dans des « environnements souvent hostiles», pour reprendre les propres propos de Alain Le Roy, Secrétaire général adjoint de l’ONU en charge des missions de paix. Car, comme il l’a bien reconnu lui-même, «le maintien de la paix de l’ONU est poussé dans ses retranchements». Il mettait en garde le comité onusien de près de 140 pays contre  « l’échec possible de certaines des missions les plus périlleuses de l’ONU au Darfour, en République démocratique du Congo, et demain au Tchad ou en Somalie ». Et de préciser dans ce même rapport : «L’année 2009 sera cruciale. Plusieurs missions des Nations Unies font face à des risques d’une telle ampleur qu’on ne peut pas écarter la possibilité d’un échec».

La République démocratique du Congo est concernée. Le président Kabila et Ban Ki-moon n’esquiveront pas cette évidence, en plus de la fin, inévitable et sans prolongation, du mandat actuel de la Monuc.

Encadré

Ban Ki-moon rencontre Joseph Kabila aujourd’hui à Kisangani

En tournée dans quatre pays africains, le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon rencontre aujourd’hui samedi 28 février 2009 à Kisangani, le chef de l’Etat, Joseph Kabila pour évaluer le travail accompli par la Monuc conformément à la résolution 1856 du Conseil de sécurité.

Eyenga Sana, envoyé spécial à Kisangani

Le président Joseph Kabila qui a quitté Mbandaka hier, se trouve à Kisangani où la population mobilisée par le gouverneur de province Médard Autsai, lui a réservé un accueil délirant. Selon une source onusienne, l’entretien entre Joseph Kabila et Ban Ki-moon se tient au lendemain du retrait des troupes rwandaises du Nord-Kivu, venues dans le cadre de l’opération de la traque contre les FDLR. Une rencontre qui balaie et dissipe toute suspicion et elle est très importante pour le processus de paix en RDC qui se dessine à l’horizon. La rencontre de Kisangani permettra également au président Joseph Kabila et au secrétaire général de l’Onu de procéder aux échanges d’informations pour identifier les domaines d’actions ou d’intervention dans lesquels la Monuc pourrait renforcer son appui. Il s’agit entre autres, dans les secteurs de l’appui à la formation des FARDC, du processus DDRRR, de l’assistance humanitaire et des violences faites aux femmes dans les zones de conflit. Cette seconde rencontre à Kisangani suscite, enfin beaucoup d’espoir dans les relations entre la RDC et l’Onu ainsi qu’au sein de la Communauté internationale, les agences du système des Nations unies.

Dans les milieux onusiens, les cadres de la Monuc d’affirmer qu’il y a une nette évolution positive dans le processus de paix en RDC et que le rapatriement volontaire ou forcé des FDLR pourrait se poursuivre au Sud-Kivu avec l’appui de la Monuc. Après la séance de travail, très attendue, entre le président Joseph Kabila et le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, ce dernier se rendra à Bukavu où il visitera le centre hospitalier de Panzi qui s’occupe des femmes victimes de violences sexuelles. Avant de quitter la RDC pour Kigali au Rwanda, le secrétaire général de l’Onu s’entretiendra avec les autorités du Nord-Kivu et visitera les déplacés du camp de Mugunga; question qui demeure une préoccupation de la Monuc et des humanitaires.

Source : le potentiel /kinshasa