ArgentSensible aux observations pertinentes, le gouvernement vient de réagir en dévoilant les grandes lignes de son plan d’action. Après le « Plan de reconstruction pour la partie Est de la RDC », le gouvernement Muzito pense s’appuyer sur une stratégie interne en vue d’amortir le choc de la crise financière internationale. La mise en oeuvre de cette stratégie repose sur les promesses fermes des partenaires extérieurs à aider la RDC à gérer cette situation difficile, sans aller droit aux récifs.

Si la crise financière internationale défraie la chronique dans la presse mondiale, essentiellement du fait de ses effets sur la croissance et la chute de la production industrielle, il y a lieu de reconnaître que les pays africains, dont la République démocratique du Congo, n’échappent nullement aux conséquences directes ou indirectes de ce phénomène économique.

En effet, l’on se souvient que les efforts déployés jusqu’alors par le gouvernement issu des élections pour poursuivre la stabilité du cadre macroéconomique, en vue entre autres de poser les bases d’une véritable reconstruction nationale, se sont estompées dès le dernier trimestre 2008. Ce qui ressort du fléchissement de principaux paramètres macroéconomiques.

Les poussées inflationnistes observées au courant du dernier trimestre 2008, sont, suivant les analyses de la Banque centrale du Congo, confortées par les positions du Fonds monétaire international, expliquées par des facteurs exogènes, dont la flambée des prix des denrées alimentaires alors que la RDC est importatrice nette, mais surtout la hausse des prix des produits pétroliers.

La valse inflationniste s’est pratiquement poursuivie dès le début de l’exercice 2009. Le taux d’inflation à mi-février est de 10,74%, soit 38,55% en glissement annuel, contre un objectif de 11,5%.

Le taux de change du franc congolais face au dollar américain a affiché une évolution erratique à partir de fin 2008, passant de 639,3 FC pour 1 dollar à 710,4 en janvier et 742,1 mi-février. Cette situation, fondamentalement due à la rareté des devises étrangères sur le marché, trouve sa source des effets induits de la crise financière.

Les revenus pétroliers et miniers qui alimentent, pour l’essentiel, le niveau des réserves internationales ont connu une chute brutale, passant d’une moyenne mensuelle de 20 millions de dollars américains en 2008, pour environ 1 million dès le début 2009.

A telle enseigne que les efforts déployés par le gouvernement pour améliorer le niveau de réserves internationales se sont brusquement confrontés à des chocs exogènes, qui méritent une conjugaison de plusieurs instruments de politique économique.

Orthodoxie financière

Au plan interne, le gouvernement Muzito a mis l’accent sur les outils de politique monétaire, agissant d’abord sur le taux d’intérêt directeur pour contrôler dans des limites acceptables les liquidités intérieures. Une gestion budgétaire basée sur l’orthodoxie s’est aussi inscrite sur la grille des stratégies internes mises en œuvre par le gouvernement.

Cependant, en dépit de cette batterie de politiques, le problème majeur des réserves de change de la République continue d’alimenter encore des questionnements sur la capacité du pays à couvrir ses importations. En effet, d’un niveau d’environ 280 millions de dollars américains, équivalent à 2,7 semaines d’importation en 2008, les réserves internationales se situent actuellement à 33 millions.

Au plan des finances publiques, notons qu’une légère amélioration de la situation est perceptible à partir du mois de février. En effet, grâce aux efforts de resserrement budgétaire menés par le gouvernement, le compte des opérations financières de l’Etat affichait au cours de la troisième semaine du mois de février un solde positif de 30,6 milliards CDF, contre 3,908 milliards fin janvier.

La contribution des partenaires extérieurs

C’est dans ce contexte que le gouvernement de la République a mis à contribution ses principaux partenaires au développement pour juguler les effets pervers de la crise financière.

La Banque mondiale, dont l’enveloppe globale d’interventions en RDC depuis la reprise de la coopération structurelle est d’environ 2,5 milliards, vient de consentir un don de 100 millions Usd au titre d’un Projet d’urgence pour atténuer les effets de la crise financière.

Ce financement composé de trois volets, dont l’appui à la balance des paiements, la prise en charge des salaires des enseignements du primaire et du secondaire pour deux mois, et le règlement des charges communes de l’Etat, constitue notamment une réponse substantielle à l’épineuse question des réserves internationales.

L’on se souviendra que le Conseil d’administration de la Banque africaine de développement, organe politique de cette institution, a séjourné à Kinshasa du 18 au 21 février 2009, à l’invitation du gouvernement, pour évaluer la situation de la RDC à la lumière des politiques internes de la Banque en matière d’assistance d’urgence. Les résultats n’ont pas tardé.

En effet, des informations parvenues à la rédaction, la BAD serait disposée à décaisser, en don, un montant de 100 millions de dollars américains en faveur de la RDC, au titre de la facilité aux Etats fragiles. Par ailleurs, s’inscrivant dans l’optique de recherche des solutions durables, elle serait prête à réaménager les projets en cours en RDC en vue de dégager des ressources de l’ordre de 8 millions de dollars américains à réaffecter à la réhabilitation de DAIPN à N’Sele. Ceci devrait donner des réponses graduellement adéquates à la crise alimentaire, mais aussi pour les réserves de change quand on sait que cette ferme fournissait l’essentiel des produits vivriers dont la ville de Kinshasa avait besoin, et qui font à ce jour l’objet d’importations nettes.

La République poursuit des discussions avec le FMI en vue de parvenir à la conclusion d’un programme triennal appuyé par le FRPC (Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance), dans le cadre de l’Initiative PPTE.

Aussi, conscient des efforts en cours du gouvernement de la République et des perturbations qu’elle subit des effets induits de la crise mondiale, le FMI serait prêt à décaisser une assistance d’urgence de 200 millions de dollars américains. Cet appui à la balance des paiements devrait, on s’en aperçoit, contribuer à réduire la crise des liquidités internationales dont le pays fait encore face.

Le gouvernement, au travers du ministère des Finances, poursuit encore des discussions avec l’Union européenne, en vue de bénéficier d’un appui similaire à ceux des institutions multilatérales pour juguler les effets de la crise financière sur son économie.

La révolution verte

Tout en saluant l’activisme du gouvernement Muzito qui a su, en ce moment critique, allier les efforts internes aux opportunités qu’offrent les partenaires multilatéraux, le problème de fond relatif à la diversification de l’économie, mérite une attention accrue. En effet, les réponses adéquates aux problèmes urgents ne se mueraient en véritable stratégie de développement que par le ciblage et l’appui des secteurs qui ont jadis fait le fleuron de l’économie congolaise. Tel est le cas de l’agriculture.

Pourvoyeuse des devises étrangères à l’époque, l’agriculture présente des opportunités sûres pour la RDC, dans le contexte des crises alimentaire et financière actuelles.

Il en est de même pour la stratégie de lutte contre la pauvreté. En effet l’agriculture, par son énorme potentiel de propagation, constitue un moyen efficace pour améliorer le revenu des populations congolaises, dont environ 70% vivent en milieu rural, dépendant étroitement de l’agriculture.

Il reste au gouvernement de faire preuve de pragmatisme pour engager le pays sur une autre révolution verte, dont les incitants sont déjà en branle.

Source : le potentiel/kinshasa