drapeauLa République démocratique du Congo est un pays à part. Un pays singulier, où la politique se pratique de manière étrange. Sous d’autres cieux, les majorités sont fondées sur une proximité idéologique. Les coalitions gouvernementales sont mises sur pied sur base d’un programme commun que les forces qui lient leur destin prennent soin de le publier à l’avance. Leur action est guidée par ce fil conducteur. Chez nous, la majorité au pouvoir a tout l’air d’un Capharnaüm où se côtoient, pêle-mêle, les partis, regroupements politiques et les individualités de toute obédience, de la gauche à l’extrême droite. Des partis à idéologies diamétralement opposées.

L’Alliance pour la majorité présidentielle, AMP et alliés, rassemble les Socialistes du Parti lumumbiste unifié (PALU) côte à côte avec le Parti socialiste démocrate (PPRD), le Mouvement social pour le renouveau (MSR), les libéraux de l’ARC et du PANU, la droite représentée par l’Union des démocrates mobutistes (UDEMO), et j’en passe.

Chaque parti y joue sa propre partition. Le concert cacophonique assourdissant qui en sort confirme ce que les Chinois disent avec beaucoup d’humour : «Ils dorment ensemble mais font des rêves différents ».

L’affaire Kamerhe en a donné une illustration suffisante. Au départ, divisés sur la question, les partis membres de l’AMP s’étaient réfugiés dans un silence hypocrite. A l’annonce par la direction politique de l’AMP de l’épilogue du Bureau de l’Assemblée nationale et l’éventualité de l’évènement d’un gouvernement d’union nationale, on les a entendus donner de la voix.

En effet, la démission forcée des membres du Bureau de l’Assemblée nationale appelle leur remplacement qui devra intervenir incessamment. Ce changement sera accompagné d’un remodelage du paysage politique. Personne ne peut, à ce stade, présager de la configuration d’un nouveau bureau, étant donné que le scrutin se fera à bulletin secret comme l’exige le règlement intérieur lorsqu’il s’agit d’un vote concernant les personnes.

Ainsi qu’on a eu à le constater dans d’autres circonstances, le respect de la consigne de l’AMP reste hypothétique. Cette contradiction s’est maintes fois manifestée tant à la chambre haute qu’à la chambre basse. Les voix n’ont-elles pas été discordantes dans la majorité lorsqu’il s’est agi du dossier Kahemba, du cas « Bundu dia Kongo » ou du ministre Botswali ? Cette majorité ne rassure ni son autorité morale, le président de la République, ni le PPRD, moins encore les partenaires de l’AMP (le PALU et l’UDEMO).

Au regard de ces incertitudes, un conclave de clarification s’impose. Avant qu’il soit question de la mise en place d’un soi-disant gouvernement d’Union nationale. A ce propos, il est de notoriété publique que la formation d’un tel gouvernement n’est envisageable que si les résultats des élections ne permettent pas de dégager une majorité confortable. Or, la plate-forme créée à la veille du scrutin de 2006 a donné au président Kabila une marge suffisante au sein de deux chambres du Parlement. En plus, tous les analystes politiques raisonnables s’accordent à souligner qu’il n’y a pas un cabinet plus inefficace qu’un gouvernement d’Union nationale. En sus de son soutien, chaque composante met dans le panier ses intérêts et ses agendas.

Ce qu’il faut à la République démocratique du Congo post-conflit, confrontée à la crise financière mondiale, c’est un gouvernement compétent, fort, nationaliste et intègre qui aura pour mission d’élaborer une politique volontariste de sortie de crise, dans le strict respect des règles et principes qui fondent un Etat de droit.

Sénateur