franc_congolais_billetElle inquiète, la dépréciation continue du Franc congolais face au dollar. Observée depuis l’année dernière, cette tendance n’a pas dissuadé le gouvernement à baser les prévisions de son budget 2009 sur un taux de change irréaliste de 560 FC/le dollar. A peine sommes-nous à la mi-mars que la monnaie américaine fait un bond pour se négocier à plus de 815 FC. Avec toutes les conséquences prévisibles en défaveur du panier de la ménagère.

L’avenir paraît sombre. Thermomètre de la santé du pays, le franc congolais est malade. Sa dramatique dépréciation face au dollar américain indique, sans conteste, que les mois à venir seront encore plus cruciaux pour l’économie de la RDC en général, et pour la vie de ses citoyens en particulier.

La montée exponentielle des prix des biens de première nécessité, ces derniers temps, aurait dû servir de signal d’alarme pour les gouvernants. Hélas !

Une fois de plus, le roi dollar impose son diktat. La tendance à sa hausse régulière est inéluctable. Il n’est pas impossible qu’il atteigne le pic de 1000 FC avant ou en fin d’année. Pendant ce temps, le franc congolais plongeant dramatiquement dans les abîmes, sera condamné à subir le martyre. Comment en est-on arrivé là ? Et, surtout, quelles seraient les conséquences immédiates de ce dérapage ?

Sur les causes de la décote de la monnaie nationale, les experts se sont déjà abondamment exprimés. Ils ont même imaginé des thérapeutiques de choc avec le concours des institutions de Bretton Woods. Avec un impact de courte durée.

La demande des minerais a dégringolé

Bien évidemment, loin des monétaristes et des économistes de renom, l’homme de la rue a sa petite logique, qui se résume en ceci : «Tant que mes revenus ne me permettent plus de nourrir ma famille, de scolariser mes enfants, de les envoyer au dispensaire, c’est la faute du gouvernement». A partir de cette frustration, tout peut arriver. Méfions-nous.

Et c’est ici qu’est attendu le génie créateur des gouvernants. Dans le cas de la RDC, la tâche, convenons-en, n’est pas du tout aisée. Face à la multiplicité d’obstacles qui se dressent sur la voie de l’assainissement de l’économie nationale, les dirigeants sont parfois poussés au découragement. Quoiqu’ils affichent une sérénité de façade en public.

Pour leur malheur, les gouvernants congolais font face à une situation des plus délicates. Les impôts et taxes attendus des industries extractives sont revus à la baisse. Une baisse très sensible. Raison : la crise financière internationale est passée par là.

La demande des minerais, du bois, du café, … a dégringolé sur le marché international. Frappées de plein fouet, les entreprises spécialisées dans la production de ces ressources ont soit mis la clef sous le paillasson, soit réduit drastiquement leur activité faute de débouchés extérieurs.

Et pourtant, la RDC misait en particulier sur ces produits et attendait des entreprises impliquées dans leur exploitation pour renflouer à peu de frais les caisses du trésor public.

Le gouvernement aggraverait la paupérisation

La réalité est que, face à la donne du marché international, toutes les prévisions tombent à l’eau. La RDC doit donc déchanter. Les perspectives d’un «décollage économique» n’en deviennent du moins que plus sombres. Sinon aléatoires.

Horizons bouchés ? Mais pas définitivement. Cependant, au regard des réalités nouvelles, le gouvernement se doit de réajuster son budget 2009 à la baisse, pour se conformer à sa capacité réelle de mobilisation de recettes. Une chose est de mobiliser les recettes, mais le plus gros gap est de pouvoir les affecter judicieusement.

Il y a risque de craindre que l’effort de mobilisation de recettes ne soit contrarié par la persistance de la prédation au sommet des administrations et de l’Etat.

Le comportement est resté le même avec des dépenses ostentatoires. Si tel est le cas, le gouvernement aggraverait la paupérisation des masses laborieuses. Il renierait ses promesses de campagne. Il contredirait ses propres discours de prix officielle de fonction.

Dans cette hypothèse, la panique semée chaque jour dans les ménages du fait de la dépréciation du Franc déboucherait un jour sur une explosion sociale aux conséquences imprévisibles. Mieux vaut prévenir que guérir, dit-on.

Ou encore : «gouverner c’est prévoir». Le temps de pratiquer la politique de l’autruche est révolu.

source : le Potentiel/Kinshasa