Il disait: «Nous ne soutiendrons ni les dictateurs ni les pays dirigés par des régimes corrompus». Et pourtant, Nicolas Sarkozy sera accueilli, mercredi, en ami au Congo- Brazzaville par un président, Denis Sassou Nguesso, qui fait l'objet, comme son gendre le Gabonais Omar Bongo (lequel vient de perdre, à 73 ans, sa femme Edith Lucie, décédée à 45 ans...) de plaintes de plusieurs ONG. Candidat présidentiel, Sarkozy ajoutait: «Je veux être partout le président des droits de l'Homme». Or, il n'emmènera pas, dans sa brève tournée qui devrait s'achever au Niger, sa secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme, Rama Yade: celle-ci se contentera de participer, demain à Paris, à une soirée de mobilisation contre les violences sexuelles infligées aux femmes africaines.

Françafrique affairiste

Il n'est pas facile de trouver le ton juste en Afrique. Sarkozy en sait quelque chose: son discours de Dakar (2007) provoqua un tollé pour la phrase «l'homme africain jamais ne s'élance vers l'avenir». Quelques mois plus tard, en Afrique du Sud, le président français proclamait donc: «La France n'a pas à jouer le gendarme de l'Afrique!». Entre-temps, Bongo s'était plaint du secrétaire d'Etat à la Coopération, Jean-Marie Bockel, coupable d'avoir pourfendu une «Françafrique de connivences et de réseaux affairistes»... et il avait obtenu sa tête! Depuis, le dossier gabonais s'est alourdi: si l'on estime que les chefs d'Etat africains, dans leur ensemble, ont placé à l'étranger des fortunes équivalant à la dette de leurs pays, Bongo, lui, posséderait en France pas moins de 39 luxueuses résidences... Mais chut! Pétroleet compagnie!

Croisade fraternelle

C'est de pétrole -mais aussi de produits agro-alimentaires, de médicaments et de grands travaux- qu'on parlera au Congo: jadis troisième partenaire de ce pays riche, la France ne se voit-elle pas distancée par la Chine? Comme avant lui Chirac, voilà donc Sarkozy mué en VRP. Et les grands principes? Alors qu'un génocide, ordonné par le président soudanais Omar el-Bachir, se poursuit au Darfour, on peut s'attendre à ce que le président français adopte l'attitude «pragmatique» de son ministre Bernard Kouchner: «Ce qu'on fait avec la force de l'Onu, c'est un premier pas!». BenoîtXVI, avec sa phrase calamiteuse sur le préservatif qui «aggrave» le sida, pourrait fournir à Nicolas Sarkozy une occasion plus brillante de discours: contre la pandémie qui touche 23millions d'Africains. Carla, nouvelle ambassadrice du Fonds Mondial contre le Sida, cite ce chiffre: 200.000 jeunes femmes, chaque année sur le continent noir, mettent au monde un bébé contaminé. Cela vaut bien quelques oublis, au nom d'une croisade fraternelle?

Le télégramme /France