KAMEREHLe président de l'Assemblée nationale a présenté sa démission au cours d’une courte plénière ce mercredi au Palais du peuple. Sans débat ni vote, sa démission a été acceptée par l’assemblée plénière. Dans un bref discours, Kamerhe a fait savoir que son parti politique, le PPRD lui avait écrit pour lui demander de démissionner sans délai suite à ses propos tenus sur les ondes de Radio OKapi

C’est dans une ambiance bon enfant que 404 députés présents dans la salle des Congrès ont favorablement accueilli la démission de Vital Kamerhe. Mais celui-ci demeure encore président du bureau démissionnaire qui expédie les affaires courantes jusqu’à l’installation du nouveau bureau. Ce dernier fera l’objet d’une commission ad hoc qui sera chargée d’organiser la prochaine élection du bureau.

Extrait du discours de Vital Kamerhe à l’Assemblée nationale

«Honorables députés et chers collègues, lors de mon intervention sur Radio Okapi le 21 janvier 2009 en rapport avec le début des opérations militaires conjointes entre nos forces armées et celles de la République du Rwanda dans la province du Nord-Kivu, j’avais déclaré que je n’avais pas été informé. Et que si cela était vrai, ce serait grave parce que j’avais estimé que compte tenu des dégâts collatéraux importants occasionnés en Province Orientale par une opération similaire avec l’armée ougandaise et celle du Sud du Soudan pour neutraliser les rebelles de la LRA, le gouvernement devait prendre des précautions pour éviter que la même situation ne se produise au Nord-Kivu. Cette déclaration a été mal appréciée par ma famille politique qui estimait que j’avais commis un crime de lèse-majesté, car je venais là, semble-t-il, de contredire le chef de l’Etat, chef de ma famille politique. J’ai été astreint donc à la démission, avec en prime, une forte campagne de diabolisation et des injures gratuites sur ma personne à travers toute la presse écrite et audiovisuelle, tant privée que publique. Et ce, sans ménagement ni le moindre égard à mes fonctions à l’Assemblée nationale. C’est le lieu de déplorer ici la culture de l’injure facile et publique, de la délation et de l’immoralité dans la sphère politique congolaise. Car, nous, hommes politiques, avons l’obligation de servir de modèle aux jeunes générations et à la société congolaise tout entière.

Mon parti politique, par notre secrétaire général Evariste Boshab, m’a écrit pour m’inviter à démissionner sans délai. Cependant, toutes ces demandes insistantes de ma famille politique m’étaient présentées pendant les vacances parlementaires, donc, en l’absence de vous tous qui m’avez élu. C’est pourquoi je n’avais pas voulu démissionner pendant les vacances parlementaires.

Ainsi que je l’avais dit dans mon discours d’ouverture de la présente session, j’avais entendu ce que mon parti politique, le PPRD et la hiérarchie de ma famille politique m’avaient demandé. Mais en même temps, j’étais aussi à l’écoute de notre peuple, qui, à travers les églises, les organisations de défende des droits de l’homme, la diaspora congolaise, la jeunesse congolaise, et toutes les forces vives, exprimer dans une belle harmonie, la soif et le désir ardent de voir els hommes politiques que nous sommes, préserver les acquis démocratiques et se conformer à la légalité constitutionnelle pour briser définitivement la spirale de l’éternel recommencement caractéristique de la marche de nos institutions depuis 1960, à cause des querelles politiciennes. Le grand combat que chacun de nous doit mener, comme le disait Ghandi, je le répète, c’est contre soi-même, pour repousser cette nature qui nous habite et nous pousse à détruire ce que nous avons construit, même au prix des sacrifices suprêmes. C’est pourquoi je n’avais pas démissionné pendant les vacances parlementaires comme mes collègues membres du bureau qui avaient reçu la même instruction pour je ne sais quelle faute qu’ils auraient commise collectivement. J’ai la pleine conscience qu’ils ont payé le prix de ce qui m’a été reproché, alors qu’en réalité, les pauvres collègues ici présents n’ont rien fait. Nous sommes dans un pays de justice, cependant, je n’ai pas le sentiment d’être responsable de ce qui leur est arrivé. Car la faute, si faute il y a, doit être individuelle et directe. Je voudrais tout simplement leur dire que ce sont là, chers collègues, les aléas de la politique dans notre pays dont je suis moi-même victime. Sans chercher à me justifier outre mesure, laissez- moi dire quand même un mot au sujet de la faute qui m’est imputée. En effet, l’article 213 de la Constitution dispose ce qui suit, je cite : « Le président de la République négocie et ratifie les traités et accords internationaux, le gouvernement conclut les accords internationaux non soumis à la ratification, après délibération en conseil des ministres, il en informe l’Assemblée nationale et le Sénat. L’Assemblée nationale est informée par son président que je suis. Je ne me souviens pas à ce jour avoir reçu l’information du gouvernement sur l’accord signé avec le Rwanda pour els opérations militaires conjointes dans le Nord-Kivu.
C’est une obligation constitutionnelle du gouvernement et non du président de la République. Voilà pourquoi j’avais dit que je n’étais pas été informé. Cela était et reste vrai. La gravité de cette opération tenait à mes yeux, non seulement au fait que, le gouvernement avait officiellement annoncé, par la bouche de son porte-parole, l’invitation de quelques officiers observateurs de renseignements militaires de l’armée du Rwanda pour assister à la traque des Interhamwe par l’armée congolaise, mais aussi et surtout parce qu’il y avait manifestement violation, dans le chef du gouvernement, des dispositions précitées de notre Constitution. En fait, si jamais il y avait un problème, il s’agirait d’un problème entre l’Assemblée nationale et le gouvernement. Je n’ai donc jamais compris comment on est arrivé à y mêler le président de la République, chef de ma famille politique, et à créer artificiellement un problème entre lui et moi. Le président de la République, je le répète, ne doit pas servir de bouclier au gouvernement ni à ses membres, qui, eux, ont l’obligation de rendre compte de leur gestion à l’Assemblée nationale. Nous devons ramener le chef de l’Etat à son rôle d’arbitre neutre pour qu’il veuille au bon fonctionnement de l’ensemble des institutions, te ce, conformément à l’article 69 de notre Constitution. Mais le vin est tiré, amer ou aigre, il faut le boire.»

Des réactions

« Nous prenons acte de cette démission ». C’est la première réaction de certains députés de l’opposition qui ont salué ladite démission. Parmi eux, Delly Sesanga, député du MLC. Même son de cloche du coté de la majorité parlementaire. Vice-président du groupe parlementaire PPRD, Aubin Minaku exprime ici sa joie tout en expliquant la prochaine étape qui attend l’Assemblée nationale.

Le sort est jeté. Vital Kamerhe s’en va. Mais sur le plan législatif, il laisse derrière-lui un bilan largement positif. Plusieurs lois ont été votées, des contrôles parlementaires réalisés. Un bilan que l’AMP reconnaît tout en admirant le parcours politique de Kamerhe.

Le MLC regrette la départ de Vital Kamerhe

En réaction de cette démission, le Mouvement de libération du Congo, principal parti d'opposition, a exprimé sa "grande tristesse" après la démission mercredi du président de l'Assemblée nationale, Vital Kamerhe, exigée par la majorité présidentielle. "C'est une grande tristesse de voir partir un grand président qui a su situer l'Eglise au milieu du village, entre la majorité et l'opposition", a déclaré ce mercredi à l'AFP le secrétaire général du MLC, François Muamba."Les hommes passent mais les institutions restent. Mais pour qu'elles restent, les institutions doivent être dotées de lois et règles respectées par tous", a affirmé M. Muamba. Pour lui, "Kamerhe s'est battu jusqu'au bout pour que les règles qui nous régissent soient respectées et l'Assemblée nationale soit une institution forte".

Source : Okapi/Kinshasa