MLCAprès leur dernière séance mouvementée, revoici les députés nationaux, 48 heures après, face aux candidats à la succession de l’équipe Kamerhe. Sur base de quels critères l’Alliance de la Majorité présidentielle a-t-elle désigné ses candidats ? S’il est vrai que le poste de président du Bureau reviendra naturellement au PPRD, qui tient à sauvegarder ses intérêts, il n’est pas exclu que l’Opposition ait voix au chapitre. Dans tous les cas, elle a, elle aussi, l’ambition de rafler la mise.

Guerre de tranchées. Guerre de nerfs. Quels députés de l’Alliance de la Majorité présidentielle (AMP) seront portés ce samedi au perchoir de l’Assemblée nationale ? Assistera-t-on au come back de certains anciens collaborateurs de Vital Kamerhe, le président de la chambre basse vomi par des caciques de sa propre plate-forme ? Chauffée à blanc par de récents épisodes, pas du tout honorables pour des élus du peuple, l’opinion publique s’empresse de connaître, en fin de la matinée, l’épilogue des tractations rondement menées dans les coulisses par les tombeurs de Vital Kamerhe pour son remplacement. Autant dire que l’Assemblée nationale va vibrer ce samedi au rythme du chahut dont seuls les députés congolais détiennent le secret.

Après l’âpre bataille pour la déchéance de l’ancien président, la question centrale se pose aujourd’hui en des termes précis : parmi des dizaines de prétendants à sa succession, quels sont les candidats PPRD et alliés qui ont convaincu l’Autorité morale de l’AMP – en l’occurrence le président de la République – de leur loyauté à son égard ? Loyauté ou fidélité qu’il ne faudra surtout pas confondre avec obséquiosité.

DES CANDIDATS AU PROFIL SINGULIER

Mais, vis-à-vis du peuple souverain, combien parmi eux sont disposés à défendre la démocratie contre toute velléité de retour à la pensée unique, ou contre le pseudo culte de la personnalité ? L’artisan se faisant reconnaître par son ouvrage, seul l’exercice sur le terrain permettra d’évaluer le mérite de chacun des acteurs. Il revient à la rédaction du Potentiel, après recoupements dans différents cercles du pouvoir, que le partage des responsabilités dans le nouveau Bureau de la chambre basse du parlement ne fera pas que des heureux. Ainsi, plusieurs aigris s’exprimeront-ils à mi-voix, de peur d’être entendus et sanctionnés.

Ce sera tout le contraire de quelques opportunistes politiques qui accéderont, sans mérites particuliers, au perchoir du fait d’obscures affinités. Sur la liste des bénéficiaires de la tornade qui a renversé Kamerhe se retrouve en premier lieu le parti-locomotive de l’Alliance de la Majorité présidentielle. C’est tout naturellement que le Parti du peuple pour la reconstruction et le développement (PPRD, parti présidentiel) s’adjuge le gros lot. C’est à lui qu’échoit la présidence de l’Assemblée nationale.

Des candidats au profil singulier sont annoncés. Formellement, selon les sources qui se sont confiées à la rédaction, ont fait acte de candidature à ce poste le talentueux Gilbert Tshiongo Tshibinkubula et Modeste Bahati Lukwebo. L’un et l’autre ne sont plus à présenter : le premier est connu pour la rigueur et la bonne gouvernance dont il a fait preuve à la tête de la Regideso, entreprise publique, pendant des décennies. Le second, questeur démissionnaire de l’Assemblée nationale, est connu pour son sens inné de l’activisme politique.

L’OPPOSITION COURTISEE

On avance également, dans certains milieux, le nom de Nyabirungu. Mais, pour des raisons qui n’ont pas été divulguées, le professeur bénéficierait de moins de soutien en haut lieu. Par ailleurs, il est annoncé la candidature, non formalisée, d’Evariste Boshab, secrétaire général du PPRD et ancien directeur de cabinet du chef de l’Etat. Toutefois, jusque tard dans la nuit, aucune nouvelle n’est venue confirmer cette assertion.

Qu’en est-il d’Augustin Katumba Mwanke, présenté par les médias comme l’éminence grise du chef de l’Etat ou homme de l’ombre ? Très peu d’informations ont filtré à son sujet, hormis la rumeur qui lui attribue les pouvoirs de faire et défaire les personnalités. Mais n’empêche : l’opposition nourrit l’ambition de rafler la mise. Elle tient, à travers un représentant, à faire son entrée au nouveau Bureau de l’Assemblée nationale. Le fauteuil de président est visé quand bien même les confidences et les pronostics donnent Gilbert Kiakwama au poste de 2ème vice-président de cette institution. Ténor de l’Opposition et porte-voix des millions qui ne se reconnaissent pas dans le pouvoir de la Majorité présidentielle, Kiakwama risque de manquer durablement à sa base. Son éventuelle admission au Bureau priverait l’Opposition d’un porte-étendard vertébré. Si tel était le cas, la majorité se frotterait alors les mains : sa pêche aura été stratégiquement réussie.

Outsider, Roger Lumbala, un autre activiste de l’Opposition. Son nom circule parce que, de la rébellion contre Kabila père aux élections, en passant par les dernières institutions de la transition en RDC, il a su prouver de quoi il était capable. Et comment il pouvait rebondir quand on le croyait dans le creux.

Une chose est sûre. La journée de ce samedi, au Palais du Peuple, sera chaude et généreuse en émotions. Mais l’élection du nouveau Bureau ne règlera pas les problèmes de la population. Loin s’en faut

Source : le Potentiel .