Kabila_drapeauCe qui suit sont des extraits de l'entrevue de Jeffrey Gettleman, correspondant pour l'Afrique de l'est du journal américain "The New York Times ", avec le président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila.

New-York Times(NYT) : Permettez-moi de commencer par la façon dont les choses ont évolué. Comment vous sentez-vous actuellement ?

Joseph Kabila (J.K.): Pour apprécier la façon dont les choses vont, nous devons regarder comment elles allaient il y a de cela 2 ; 10 ; 15 ans, et comment la situation fut il ya quelques mois, et enfin il ya quelques semaines.

Je pense que nous allons dans la bonne direction. Cela nous a pris beaucoup de temps, d'énergie, de ressources, de sacrifices, et particulièrement du côté de la population. Mais nous commençons à parler de paix, d'une paix à long terme.

NYT : Parlez-nous du récent accord qui a été conclu entre le Congo et le Rwanda pour débusquer les groupes rebelles. Faites-vous confiance aux Rwandais ?

J.K. : Eh bien, eux, ont-ils confiance en moi ? La confiance est un grand mot, surtout quand on parle de pays ou de nations. Pour les pays et les nations tout n'est qu'une question d'intérêts.

Nos intérêts ? Avoir un voisin paisible, un voisin qui respecte notre intégrité territoriale, un voisin qui respecte notre indépendance et, bien sûr, un voisin, avec qui nous pouvons faire des affaires. Quels sont les intérêts du Rwanda au Congo ? Je veux croire qu'ils sont les mêmes. Mais s'il ya un agenda caché, et que les intérêts du Rwanda sont, plus ou moins, le contrôle des concessions minières, et tout cela illégalement, et s'ils sont impliqués dans tout ce qui se passe, et se fait, dans le Nord et le Sud-Kivu, alors nous sommes encore loin de la confiance. Laissons leur le bénéfice du doute, une fois de plus, probablement pour la dernière fois.

NYT : Que va-t-il advenir de Laurent Nkunda (le général rebelle congolais, qui a été arrêté par les troupes rwandaises en janvier) ? J'ai entendu dire qu'il pourrait revenir au Congo en tant que général. Êtes-vous d'accord avec cela ?

J.K. : Eh bien, je ne suis pas d'accord avec beaucoup de choses. Mais il y a certaines choses avec lesquelles vous devez de vivre avec. Mais l'une de ces choses n'est pas le fait que Nkunda va revenir et retourner dans l'armée. Non, ca c'est en dehors de la question ! Le peuple congolais aimerait avoir des réponses sur pourquoi et comment Nkunda a fait tout ce qu'il a fait. Après tout, nous avons perdu tant d'années à cause de ses aventures et nous aimerions avoir des réponses. S'il revient ou quand il reviendra, ou devrais-je plutôt dire lorsqu'il reviendra, nous voudrions fermement avoir des réponses et le meilleur moyen d'obtenir des réponses est à travers le système judiciaire. Qu'en sera-t-il par après ? Cela est une autre question.

NYT : Dans les faits, qu'est-ce que cela signifie ? Une sorte de commission vérité et réconciliation ?

J.K. : Nous n'avons pas encore cela. Mais on peut bien avoir la justice en premier et la commission de vérité et de réconciliation venir par après. Mais nous ne voulons pas entreprendre des actions ou initiatives qui nous ramèneraient à l'endroit où nous étions hier ou avant-hier. Donc nous nous efforçons de peser les actions.

NYT : Est-ce que cela veut dire que Laurent Nkunda va être extradé au Congo pour y être jugé ?

J.K. : Effectivement ! Il va revenir, et assurément nous allons le juger dans le but d'avoir des réponses à beaucoup de questions. Et ensuite, nous verrons. Cela dépendra de combien de temps la procédure va prendre.

NYT : Pensez-vous réellement que les rwandais vont l'extrader ?

J.K. : Je crois, en toute bonne foi, qu'ils le feront - ou qu'ils doivent le faire.

" Je ne suis pas un 'vautour' de la guerre "

NYT : Étiez-vous à la base des récents combats contre Nkunda ?

J.K. : Je ne suis pas un " vautour" de la guerre. Mais, je ne suis pas non plus un pacifiste. Toutefois, j'aime la paix. Donc, il est hors de question que nous ayons ordonné une offensive contre Nkunda. Non ! Non ! Nous n'avions aucune raison de le faire.

NYT : Comment se fait-il que l'armée a été impuissante face à lui ? Quel est le problème avec les militaires ?

J.K. : Je ne pense pas que l'armée fut impuissante face à lui. Il ya deux questions que nous devons garder à l'esprit. Primo, Le Congo est encore en phase de reconstruction de ses institutions, et ce qui y inclus le domaine de la sécurité. Deuxièmement, et c'est ce que le monde doit savoir, le Congo a quasiment été sanctionné d'un embargo sur les armes pendant longtemps.
D'une part, nous avons l'obligation de protéger et de défendre notre pays. C'est ce que nous faisons et nous continuerons à le faire. Mais d'un autre coté, vous avez ces messieurs assis quelques part à Bruxelles ou ailleurs, qui font essentiellement que nous enchainer les mains derrière le dos.

NYT : Est-ce que laisser entrer les Rwandais fut un risque ?

J.K. : Dans la vie, on prend toujours des risques. Respiré est un risque… Lorsque vous mangez, vous pouvez avaler de travers ; c'est un risque. Il s'agit là d'un risque que nous avons dû prendre en vue de faire disparaître un problème qui a affecté la population durant ces 15 dernières années.

NYT : Avez-vous eu de la pression de la part des États-Unis ou d'autres [pays] ?

J.K. : Non, personne. Vous pourriez être surpris de savoir qu'ils ont aussi été pris au dépourvu.

NYT : Que pensez-vous de la MONUC ?

J.K. : Qu'est ce que je ressens par rapport à la MONUC ? Elle a réussi dans certains domaines, comme dans l'Ituri. Maintenant, nous devons nous poser la question: est-ce suffisant - en particulier après ce que nous avons été témoins lors des derniers déroulements de combats ?
En quoi la MONUC fut-elle utile, alors qu'elle été déployée partout sur le terrain ? En quoi fut-elle utile - non pas pour protéger l'armée congolaise, non, nous n'avons pas besoin de la protection de la MONUC, mais [alors] pour protéger la population locale ? Evidemment, il ya eu des massacres qui ont eu lieu à Kiwanja et ailleurs, sous leur nez. Il ya là un grand point d'interrogation… Nous devons être d'accord que la MONUC devra certainement partir un jour. Quand cela ? C'est une autre grande interrogation.

NYT : Avez-vous été déçus par ce qui s'est passé ?

J.K. : Non seulement moi, mais la population congolaise s'est sentie abandonner. La MONUC a fait des promesses et avait des obligations et elle n'a pas su répondre à ses obligations ni respecter ses promesses.

NYT : Quel type d'obligations et de promesses ?

J.K. : Ses obligations de protéger la population. Les promesses de faire en sorte que le cessez-le-feu ne soit pas rompu. Elle ne les a pas tenues.

NYT : Bien de choses au Congo est pris en otage par ce qui se passe à l'est du pays. Est-ce cela qui rend difficile pour vous de poser d'autres actions ?

J.K. : C'est pénible, très pénible. L'impression qui ressort des médias du monde entier est que l'ensemble du Congo est en train de brûler, ou serait en feu. Non, nous avons 145 territoires dans ce pays et en dehors ceux-ci, vous avez 4 ou 5 qui ont été problématiques. Mais, il est vrai que 80 pour cent de mon temps, au lieu de travailler sur les questions de développement, a été passé à travailler sur la façon de résoudre les problèmes dans le Nord et le Sud-Kivu. Comment expliquez cela ? La souffrance du peuple, vous ne pouvez la supporter.

" lorsque vous vivez à Washington, ou à New York, vous pensez que le monde entier est comme Washington ou New York "

NYT : Parlez-moi un peu des difficultés économiques du Congo. Dans quel mauvais état est-il ?

J.K. : La situation est très mauvaise pour nous. Soixante pour cent de nos revenus provenaient de l'exploitation minière. Le secteur minier a été cruellement touché - très, très durement. Mais, nous croyons que nous avons d'autres secteurs à développer, et nous pouvons les développer rapidement. À l'instar de l'agriculture.
Nous étions l'un des plus grands producteurs de café, de cacao, nous avions d'énormes plantations de caoutchouc. Nous devons relancer tout cela et ces efforts sont en cours. Dans les villes congolaises, la population est fort jeune. C'est presque une bombe à retardement. Vous devez vous assurer que ces jeunes hommes et jeunes femmes trouvent de l'emploi ; sinon vous aurez des troubles sociaux.

NYT : Qu'en est-il de 9 milliards de dollars du contrat de développement avec les chinois ?

J.K. : Je ne comprends pas les réticences que nous avons rencontrées. En quoi consiste le contrat avec les chinois ? Nous avons dit que nous avions cinq priorités : les infrastructures, la santé, l'éducation, l'eau, l'électricité et le logement. Maintenant, comment faire face à ces priorités ? Nous avons besoin d'argent, de beaucoup d'argent. Pas les 100 millions USD de la Banque mondiale ou les 300 millions USD du FMI [Fonds monétaire international]. Non, beaucoup d'argent, et d'autant plus que nous sommes toujours asservie par une dette de près de 12 milliards USD , qui nous coûte entre 50 à 60 millions de dollars par mois, ce qui est énorme. Remettez-moi 50 millions USD chaque mois pour le domaine social et nous allons progresser… Quoi qu'il en soit, c'est un autre chapitre.
Bref, nous nous sommes dits : ok, nous avons ces priorités, et nous avons discuté avec tout le monde : Les Américains : - Avez-vous l'argent ? Non, pas pour le moment ; L'Union européenne : - Avez-vous trois ou quatre milliards de dollars pour ces priorités ? Non, nous avons nos propres priorités. Ensuite, nous nous sommes dits : pourquoi ne pas en parler à d'autres individus, les Chinois ? Et alors nous leur avons dit : - Avez-vous l'argent ? Et ils ont répondu, bien, nous pouvons discuter. Donc, nous avons discuté.

NYT : Avez-vous le sentiment que l'Occident se plaigne actuellement de ce contrat ?

J.K. : Eh bien, je ne comprends pas pourquoi ils nous disent de ne pas signer ces accords. Probablement en raison de l'ignorance ; l'ignorance de la situation difficile dans laquelle nous sommes. Bien sûr, lorsque vous vivez à Washington, ou à New York, vous pensez que le monde entier est comme Washington ou New York. Mais les gens sont en train de souffrir ! Ce qui me révolte est le fait qu'il y ait de la résistance à cet accord mais sans aucune contre-proposition.

" Pour moi, la priorité aujourd'hui, c'est la paix ! "

NYT : Vous avez certainement une tâche immense. Vous avez des problèmes de sécurité. Votre pays est très vaste. Ne vous sentez-vous pas parfois dépasser ?

J.K. : Eh bien, parfois je me sens débordé. Mais il ya certains d'entre nous qui sont nés pour vivre une vie agréable, réaliser toutes les choses que n'importe qui peut rêver vouloir, vivre leur rêve. Et il ya ceux qui sont nés sans doute pour souffrir et apporter les changements nécessaires afin que la prochaine génération ait un avenir meilleur. Elle est immense, mais nous essayons de traiter les problèmes un par un. Évidement le temps n'est pas entre nos mains ; il ne nous appartient pas.
Le problème principal qui était la sécurité nous l'avons traitée. L'autre question est le développement. Et bien sûr, vous avez aussi la corruption et l'administration qui ne fonctionne pas, ce n'est pas fluide, et vous avez des partenaires qui ne comprennent pas la totalité des défis.

NYT : Qu'en est-il de la justice ? Il ya eu beaucoup de plaintes à propos de Bosco Ntaganda (un ancien général des rebelles accusés de crimes de guerre, qui a récemment été incorporé dans l'armée congolaise). Allez-vous livrer Bosco Ntaganda à la Cour pénale internationale ?

J.K. : Il n'ya pas d'autre pays en Afrique, qui ait coopéré avec la CPI comme le Congo. Sur les quatre détenus à la CPI, les quatre sont des congolais. Cela vous démontre à souhait combien nous avons été coopératifs. Mais nous devons aussi d'être pragmatiques et réalistes. Une justice qui entrainerait la guerre, l'agitation, la violence, la souffrance et toutes ces choses, je pense qu'il nous faut dire : " Patience, pour le moment sortons nous de cela ". Pour moi, la priorité aujourd'hui, c'est la paix !

NYT : Donc, pour Bosco, cela veut dire ?

J.K. : Bosco a été coopératif en apportant le changement nécessaire qui a procuré la paix dont nous avions besoin. Il faut lui donner une chance, ce que nous appelons en français, le doute… le bénéfice du doute. C'est ce que nous faisons. Nous le surveillons ; nous le suivons. Nous n'avons pas oublié qu'il est recherché par la justice. Mais dans le même temps, nous faisons comprendre au monde judiciaire qu'ils ne seront pas au Congo, s'il advenait qu'une guerre éclate.

NYT : Et, pour revenir à Laurent Nkunda ?

J.K. : Il n'y a pas de mandat [d'arrêt] pour le moment contre Nkunda.

NYT : Donc, en fin de compte, sera-t-il puni ?

J.K. : quiconque commet des crimes devrait en être puni, et doit pour ainsi dire reconnaitre avoir perpétré des délits, car le processus de guérison commence à partir de là, de la reconnaissance : ce que nous avons fait était mal. C'est une garantie en soi de ce que cette personne ne vas pas recommencer. Or, jusqu'à présent, cela n'a pas été fait.

NYT : Avec Nkunda ?

J.K. : Oui. Et je crois que s'il est aussi intelligent que tout le monde pense, il devrait commencer par ça, en demandant à la population, en particulier ceux du Nord et du Sud-Kivu, de lui pardonner, et de dire, voilà , ce qu'il a fait était très mauvais.
On ne peut calculer combien et dans qu'elle mesure cela peut atteindre en profondeur le cœur de quelqu'un qui a perdu un être cher. C'est déjà en soi le commencement d'un processus de guérison.

NYT : Que pensez-vous de l'Africom (le nouveau commandement militaire américain en Afrique) ? Trouvez-vous un intérêt à accueillir une base au Congo ?

J.K. : La Création d'une base au Congo, est hors de question ! Nous ne pensons pas que le Congo doit servir de base à qui que se soit ou pour une quelconque puissance, pas du tout. Mais nous avons toutefois un projet avec le gouvernement américain pour former certains de nos troupes.

NYT : Que pensez-vous de Barack Obama ?

J.K. : Ce que je pense d'Obama ? Je ne sais pas ce qu'il pense de moi. Je n'ai donc rien à dire sur lui. Toutefois, je crois qu'il y a beaucoup à espérer, pour l'Afrique, bien sur, mais aussi, pour le monde entier, que l'Amérique fera ce qu'elle doit faire.

NYT : Quels sont vos loisirs ? Pour évacuer la pression ?

J.K. : Je suis un collectionneur des engins à roues. Je collectionne les motos : vieilles motos, nouveau modèle. J'en ai 4, 5 ou 6.

NYT : Votre favori ?

J.K. : La Ducati (une marque italienne haut de gamme)

NYT : Où roulez-vous ?

J.K. : À Kinshasa, non pas dans la ville, mais dans la périphérie.

NYT : sortez-vous ?

J.K. : J'avais l'habitude de sortir. Je crois que cela m'aidait à réduire le stress. Malheureusement, je n'ai plus temps. J'ai pris beaucoup de poids. (Tapote son ventre) je dois perdre 10 kg.

NYT : Est-il vrai que vous ne fumer pas ni ne buvez ?

J.K. : Je ne fume pas. J'essaie de boire un peu de vin, en société, ce qui n'arrive pas souvent, mais, bon, vous ne voulez pas non plus donner l'impression que venez de la planète Mars.

NYT : Vous préoccupez-vous de votre propre sécurité, après ce qui est arrivé à votre père ?

J.K. : Bien sûr, il ya toujours cette question, et après ? Non, cela ne me vient pas à l'esprit, dans tout les cas, on ne vit qu'une fois. Et l'on ne meurt une fois, je l'espère, pour ceux qui ne croient pas en la réincarnation, comme moi (rires). La mort, est toujours présente avec nous. Quand va-t-elle frapper ? C'est un point d'interrogation…

" la démocratie a désormais ses racines au Congo "

NYT : Qu'est ce qui vous convient le mieux, d'être un soldat ou d'être un président ?

J.K. : Eh bien, je ne sais pas. Je crois que vous devriez poser cette question à ma mère. Mais c'est vrai que je suis devenu un soldat, un officier, simplement par volontarisme. Par contre, il est vrai que je suis devenu président, en particulier à partir de 2001, en raison de ces circonstances tragiques. Mais vous apprenez à vivre avec les situations qui vous sont imposées.

NYT : Avez-vous les bonnes personnes pour vous épaulez ?

J.K. : (longue pause) Mobutu a dirigé ce pays pendant plus de 37 ans. Il a créé une classe politique et une mentalité et nous en n'avons pas encore fini avec cela. Les anciennes méthodes sont mauvaises - corruption, mauvaise gouvernance, mauvaise gestion et tout cela. Notre plus grande erreur, c'est que nous n'avons pas eu assez de temps pour préparer et former nos propres cadres.
Vous n'avez pas besoin d'un millier de personnes pour transformer un pays. Non, vous avez besoin de 3, 4, 10 ou 15 personnes avec des convictions, déterminées et résolues. Ai-je ces 15 personnes ? Probablement, seulement 5, 6 ou 7, pas encore 15.

NYT : Que considérez-vous comme votre plus grande réalisation ?

J.K. : Remettre le Congo sur la carte du monde. Vous savez, quand nous étions encore en train d'organiser notre propre résistance en 1995-1996, et que vous vous rendiez en Zambie et lorsque les gens apprenaient que vous veniez du Zaïre à l'époque, ils vous traitaient avec un tel mépris, que je ne pouvais pas le supporter. " Ah, le zaïrois" ; Zaïrois c'était comme une insulte. Un peu comme "à l'américain" dans la province de Kandahar (rires).
Donc, aujourd'hui, à l'heure actuelle, quand vous allez en Zambie, la population dit: "Ah, il est du Congo! Il vient du pays du président Kabila ! "

Nous avons rendu au peuple congolais ce respect et cette estime de soi. Pour moi, c'est le début de l'édification d'une nation ainsi que du patriotisme lui-même. Nous avons aussi fait en sorte que la démocratie devienne une réalité au Congo. Personne ne l'avait fait depuis l'indépendance. Mais peut-être la chose la plus importante est l'espoir que nous avons donné au peuple congolais, l'espoir de l'avenir ; qu'il ya quelque chose que nous appelons lendemain et qu'ils ne vont pas mourir aujourd'hui mais qu'il ya un avenir meilleur : ce que demain sera meilleur qu'aujourd'hui…

NYT : Ne vous êtes vous jamais mis en colère ?

J.K. : Non, je ne me mets jamais en colère, et les gens disent que ce n'est pas bon. Que je devrais me fâcher et boxer les gens. Il est très difficile de parvenir à m'énerver.

NYT : Nkunda y est probablement parvenu fort près ?

J.K. : Très proche. Mais au Congo, afin d'aller de l'avant et en vue de vraiment avancer, il faut avoir la tête froide, très cool ; une figure très calme.

NYT : Quand vous voyez des gens portant des chemises à votre effigie, qu'en pensez-vous ? Ca vous fait rire ? Pensez-vous que c'est cool ? Ou en Êtes-vous gêné ?

J.K. : Un mélange des trois. (Rires) J'ai toujours été pour un profil bas, rien d'ostentatoire. Mais en Afrique, et particulièrement au Congo, c'est une façon de montrer son attachement. La plupart d'entre elles ont été distribués au cours de la campagne [électorale]. Nous avons été obligés de le faire. Sinon, nous allions perdre.

" le Congo est un géant, un gentil géant. "

NYT : Qu'est-ce que vous voulez que le monde connaisse du Congo ?

J.K. : Je crois que le monde est très conscient de ce qui se passe au Congo. Mais ils ont du Congo une connaissance négative à cause de la guerre, des viols, des massacres, etc. Mais ce que le monde a également besoin de savoir c'est que le Congo est un pays stratégique sur ce continent. On ne peut prétendre développer tous les autres pays [africains], sans l'aide du Congo, comme la véritable locomotive et le moteur. Et le Congo est prêt à discuter et faire des affaires avec tout le monde.

Effectivement, Nous avons nos désavantages, comme tout autre pays. Nous avons nos des défis, d'énormes défis. Mais la démocratie a désormais ses racines au Congo, ce qui en soi est un facteur de stabilité et une stabilité à long terme. Si nous n'avions pas eu d'élections démocratiques dans ce pays, la question de Nkunda et tous ces autres rébellions auraient pu devenir ingérable. Mais c'est justement parce que les gens sont tellement déterminés à défendre leur démocratie que tout cela finira par brûler comme un feu sans essence.

NYT : Comme vous l'avez évoqué, parlez-moi de ce qui s'est passé avec ces massacres dans le Bas- Congo. Qu'avez-vous à dire à ce sujet ?

J.K. : Il ne faut pas faire de confusion entre les individus et une insurrection. Ce sont deux choses différentes. Nous avons eu des émeutes dans le Congo, mais les gens n'ont jamais été abattus. Non. Ce qui s'est passé dans le Bas Congo est une insurrection, un mouvement sécessionniste, et ce n'est pas la première fois qu'ils faisaient ça. Ils ont pris les armes et ont tué sept policiers et soldats, et la situation devenait quasiment incontrôlable. Nous avons eu à régler ça. Y-a-t-il eu des erreurs qui ont été commises là-bas ? Oui.

NYT : Lesquelles ?

J.K. : Lesquelles ? Nous avons arrêté certains policiers qui, se sont concrètement mal comporté et ont délibérément tiré sur la population. Ils sont en prison et ont été condamnés. Deux cas de viol ont été signalés, et ils ont été condamnés à la prison à vie. Ainsi, des erreurs ont été commises. Et nous y avons apportées des solutions. Mais dans le même temps, on ne peut tolérer qu'un mouvement d'insurrection gagne du terrain. Ou sinon, c'est le pays tout entier qui allait exploser.

NYT : Le Congo prend de plus en plus de place en moi. J'espère qu'il obtiendra ce qu'il mérite...

J.K. : Le Congo mérite mieux. Le peuple congolais mérite mieux. Mieux que simplement les combats ; la guerre ; les violations des droits de l'homme. Je pense que le moment est venu pour nous de réaliser ce changement singulier et nous allons le faire. Le monde est-il prêt à voir un Congo fort ? Je l'espère. C'est un autre point d'interrogation. Étant donné que beaucoup de gens ont peur, en particulier dans cette région. Mais nous disons que le Congo est un géant, un gentil géant. Nous sommes une grande nation, mais aussi un très doux géant, déterminée à vivre en paix avec tous ses voisins.

Source : New-york times

Avec l'aimable autorisation de MCN