sac_de_rizDepuis 2007, le riz local, aujourd'hui produit en quantité dans les bas-fonds, connaît un grand succès au Kasaï occidental. Septante-dix pour cent des ménages de Kananga le préfèrent au riz importé beaucoup plus cher et sans goût.

Les marchés de la ville de Kananga, au Kasaï occidental, sont aujourd’hui inondés de variétés de riz local comme le mandefu, le menga, le sipi, le jasmin… C’est le résultat d’une sensibilisation menée depuis 2 ans et demi auprès des cultivateurs par des Ong locales et internationales qui promeuvent la sécurité alimentaire. L’objectif était de convaincre les Kasaïens de cultiver eux-mêmes le riz, alors que ce produit était jusqu’à présent importé à grande échelle. Désormais, les vendeurs vantent la qualité de leur riz. "Venez clients ! Achetez du riz ! La meilleure qualité se trouve chez moi. Je la vends moins cher. Voyez comme il est tout frais", crie maman Jacky Kapinga, au marché Ofida, au centre-ville. À côté d’elle, une autre vendeuse clame : "Achetez le riz localement produit. Il a encore tous les éléments nutritifs dont le corps a besoin. Peu importe sa couleur grise, c’est le meilleur. Méfiez-vous du riz tout blanc importé d’Asie ou d’Europe. Il a mis du temps, il n’a plus de goût. Venez ici, clients "

Les marais produisent plus
Les organismes de lutte contre la faim et la pauvreté ont apporté de nouvelles techniques de plantation qui aident aujourd’hui les cultivateurs à améliorer leur production : le semis en ligne, par exemple, ou l’usage d’un nombre déterminé de graines par poquet (5 à 8). Les marais et les savanes sont devenus des endroits privilégiés pour la culture du riz. Avant, celle-ci était exclusivement pratiquée dans les forêts loin de la ville, après déboisement et brûlis des champs. Entre le semis et la récolte, 6 mois étaient nécessaires. Il n'y avait donc qu'un récolte par an.
La nouvelle technique de la "révolution verte", qui utilise des variétés naines hâtives pour accélérer la croissance et rentabiliser la production, connaît beaucoup de succès. Pour Maurice Kapuku, un des cultivateurs, le riz des marais produit, après 3 mois, deux fois plus que celui cultivé dans la terre ferme (riz de montagne). "Les agronomes nous ont remis une variété qui tolère beaucoup d’eau. Ils nous ont conseillé de cultiver dans les marais. Les résultats ont dépassé nos attentes", raconte maman Ngalula Cibi Marie. La dernière récolte est réjouissante : au moins 40 sacs de riz par hectare, soit 4 tonnes, dans les marais contre 1,5 à 2 t pour les variétés anciennes telles que le bumba, le mandefu, le ghana (long grain)…
Par ailleurs, le système d’irrigation donne la possibilité aux agriculteurs d’élever des poissons en même temps. Soeur M. Esther, de la léproserie de Cimuanza à 95 km de Kananga, a juré cette année de remplacer l’ancienne semence. "Le riz de bas-fond est le meilleur, il croît vite. Il peut résoudre le problème de la faim par son abondante production annuelle", se réjouit-elle. Christian Kalenga, de l’Ong Caritas développement à Luandanda, a produit près de 3 tonnes de riz dans la savane. "Les résultats de ces 2 dernières années sont meilleurs. La récolte dans la savane a mis au défi les villageois habitués à vivre dans la routine de la plantation de riz dans la forêt", remarque-t-il.

Moins de riz importé
L’abondance de riz local varié sur le marché kanangais empêche les prix de monter en flèche. Des décortiqueuses ont été installées dans les marchés pour améliorer la qualité du produit et augmenter les recettes des vendeurs. Joséphine Lusamba, de Cilumba, témoigne : "Lorsque je pilais mon riz, il se cassait et les clients l’achetaient peu, car ils disaient que ce riz brûlait facilement pendant la cuisson. Je ne le vendais qu’à bas prix. Mais maintenant, le prix du riz décortiqué est devenu très intéressant." Les commerçants fournisseurs de riz étranger viennent d’abandonner ce commerce. Seule Beltexco, une entreprise commerciale internationale, continue à le fournir aux commerçants de la place mais à un prix assez élevé. Jolie Mbuyi, l’une de ses clientes, gagne 1 $ ou 1,5 $ par sac de 50 kg. "Je vends le riz blanc importé, mais moi-même j’achète souvent le riz local pour mes enfants, car il a un bon goût et n'est pas encore dénaturé, puisqu’il est tout frais. Celui que je vends est cher pour mon budget familial." Un sipa, mesurette d’un demi-kilo de riz local coûte à 350 FC (0,45 $), alors que la même quantité de riz thaïlandais ou ghanéen coûte presque trois fois plus cher. Pour Stéphane Kayembe, du dépôt B.D.S, "le riz industriel est cher à cause de sa qualité qui semble supérieure, de par sa blancheur et sa facilité de cuisson".
Stéphane et Jolie reconnaissent que leur commerce s’est ralenti avec l’abondance de riz local sur le marché. Les revendeurs du riz importé le placent alors dans les boutiques destinées aux gens qui ont des moyens. Maman Ciela, du restaurant Bébé Rico, avoue que, pour les fêtes ou sur commande, elle achète du riz importé, parce qu’il présente bien. Mais les connaisseurs préfèrent les plats au riz local.

Source : Syfia