KAMEREHEntre l’AMP et le député Vital Kamerhe c’est, on ne peut plus, une nouvelle épreuve de force. Mercredi dernier, l’ AMP a encore déversé sa bile sur l’ancien président du bureau de la chambre basse du Parlement en revenant sur des actes d’« insubordination », de « tricherie » et « autres manquements » dont ce dernier aurait été coupable. Cette nouvelle épreuve de force va-t-elle encore susciter des rebondissements spectaculaires?

Evincé du perchoir à la suite de l’élection d’Evariste Boshab à la présidence du nouveau Bureau de l’Assemblée nationale, « pas invité » à la séance d’«instructions de l’Autorité morale » du jeudi 16 avril 2009, non plus aux « réjouissances » du lundi 20 avril à la ferme présidentielle, Vital Kamerhe se trouve à la croisée des chemins.

En attendant que la direction du PPRD se prononce sur son cas, le président sortant de la chambre basse du Parlement est pris entre son éventuelle « démission » du parti, un « statu quo ante » à l’hémicycle et une situation de « sans attaches ».

Cette analyse découle de la dernière sortie publique de l’Alliance de la majorité présidentielle (AMP) qui a renouvelé mercredi à Kinshasa ses accusations d’« insubordination », de « tricherie » et « autres manquements » à l’encontre de Vital Kamerhe. Selon le secrétaire exécutif de l’AMP, tous ces « crimes » seraient commis par l’élu du Sud-Kivu au cours du dernier trimestre en qualité de président de l’Assemblée nationale.

L’« insubordination » serait liée à son refus de déposer sa démission réclamée par l’AMP, avec effet immédiat, qui lui reprochait ses déclarations à Radio Okapi à la suite de l’entrée de l’armée rwandaise au Nord-Kivu. Les termes « c’est très grave » prononcés sur les ondes de la radio onusienne avaient été considérés comme une « trahison » et un « déni » des attributions constitutionnelles du chef de l’Etat. Aussi, lui a-t-il été intimé l’ordre de  déposer sa « démission avec effet immédiat».

En refusant d’obtempérer, qu’il ne démissionnerait « que devant la plénière » de l’Assemblée nationale, Kamerhe a ensuite été « interdit » d’organiser l’élection du nouveau Bureau. Là non plus, il n’a pas marché. C’est finalement au forceps qu’il a réussi à faire la remise et reprise avec son successeur, Evariste Boshab. Le même qui l’avait déjà remplacé au poste de secrétaire général du PPRD.

Quant à la « tricherie », elle résulterait de l’initiative de Vital Kamerhe de créer un courant politique au sein de l’hémicycle dénommé « Courant pour la défense de la démocratie et de la République ». Pour ses anciens compagnons de lutte, ce serait bien le signal d’une distanciation vis-à-vis de sa famille politique, quand bien même celui-ci continuerait à se réclamer de la majorité parlementaire. Ceux-ci n’hésitent pas à tirer la conclusion selon laquelle « Kamerhe a coupé les amarres et décidé de naviguer hors PPRD ». 

Or, à ce stade rien n’est encore joué, l’incriminé n’ayant pas lui-même fait une déclaration confirmant son départ du PPRD. « S’il quitte le PPRD, il perd son mandat de député », a indiqué jeudi à notre rédaction une source proche de l’AMP. Aux termes de l’article 110 de la Constitution, « tout député national ou tout sénateur qui quitte délibérément son parti politique durant la législation est réputé renoncer à son mandat parlementaire obtenu dans le cadre dudit parti ».

De son côté, la direction de son parti ne semble pas pressée de se prononcer sur l’exclusion de ce membre traité de « désobéissant ». Et même alors, la formalisation serait loin d’atteindre l’objectif poursuivi, celui de la perte du mandat électoral de l’ancien secrétaire général du PPRD.

« Si le PPRD l’exclut, il pourra garder son mandat de député national jusqu’à la fin de la présente législature », a affirmé la même source, se fondant sur la jurisprudence créée par le cas Yves Kisombe. Exclu du MLC, ce député national continue de siéger à l’Assemblée nationale. Au motif qu’« il n’a pas quitté délibérément son parti ».

Pour l’heure, Kamerhe ne s’inscrit pas dans les neuf cas de figure pour lesquels, selon l’article 110, « le mandat de député national ou de sénateur prend fin » : expiration de la législature, décès, démission, empêchement définitif, incapacité permanente, absence non justifiée et non autorisée à plus d’un quart des séances d’une session, exclusion prévue par la loi électorale, acceptation d’une fonction incompatible avec le mandat de député ou de sénateur, condamnation irrévocable à une peine de servitude pénale principale pour infraction intentionnelle.

Réconciliation « pas exclue »

De l’avis des observateurs, les amarres sont virtuellement coupées entre le président sortant du Bureau de l’Assemblée nationale et son parti, le PPRD. Malgré l’« influence » qu’on lui attribue au sein de la famille politique du chef de l’Etat, Vital Kamerhe n’a pas pour autant figuré sur la liste des « invités » aux réjouissances organisées le lundi 20 avril à la ferme présidentielle en l’honneur des « 7 heureux élus » du nouveau Bureau, 48 heures après les opérations de vote du vendredi 17 avril. Par ailleurs, les « durs » propos tenus par des ténors de l’AMP à son endroit, au cours du point de presse du mercredi 22 avril, ont donné à penser à un divorce consommé entre les deux parties.

Cependant, on apprend que faucons et colombes de la famille politique du chef de l’Etat ne semblent pas émettre sur la même longueur d’ondes quant à l’exclusion de Kamerhe du PPRD. « En politique, laissent entendre les modérés, l’éventualité d’une réconciliation n’est pas exclue. Il faut y travailler et que Vital s’humilie ».

Entre-temps, la question qui se pose est celle de savoir qui d’entre le PPRD et Vital Kamerhe va poser le premier geste en vue de la formalisation de cette « rupture » virtuelle. Dans un camp comme dans l’autre, l’on se montrerait prudent au regard des dispositions constitutionnelles.