FMIdrapeauAprès avoir bouclé, à Washington D.C. (Etats-Unis), le volet technique du programme triennal, c’est à Kinshasa que le FMI vient sceller le volet politique du nouvel accord qui devra le lier à la RDC. Son directeur général, Dominique Strauss-Kahn, est annoncé en mai prochain à Kinshasa pour des négociations directes avec la haute sphère politique congolaise.

Rien sur papier ne peut bloquer aujourd’hui la signature d’un nouvel accord formel entre le Fonds monétaire international (FMI) et la République démocratique du Congo.

Techniquement donc, aucun élément ne fait ombrage à la mise en œuvre, sous la supervision du FMI, d’un programme triennal pour la période 2009-11. Mais, entre le bouclage hier mercredi à Washington des négociations entre la RDC et le FMI, il y a des points à clarifier pour garantir une exécution en douceur du nouveau Programme économique du gouvernement que le FMI entend soutenir au titre de Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC).

En effet, le FMI continue à se cabrer sur les contrats chinois, exigeant plus de garantie du gouvernement sur son impact - négligeable sinon nul - dans le cycle de la soutenabilité de la dette enclenchée au travers de l’initiative PPTE. Des experts congolais travaillent depuis quelque temps sur une étude de faisabilité à soumettre à l’approbation du FMI.

Le plus évident est que la troïka politique du gouvernement dépêchée à Washington a bien accompli son travail. Car en dehors des assemblées des institutions de Bretton Woods, le chef de la délégation congolaise et ministre des Finances, Athanase Matenda Kyelu, a multiplié - sur la 19th Street au cœur même de la capitale fédérale américaine – des réunions pour dégager un compromis sur les « questions communes » pouvant impliquer les deux institutions de Bretton Woods dans le nouveau programme en négociation.

Le sceau politique

Rien n’en présage désormais le recalage au prochain Conseil d’administration du FMI, prévu en juin prochain. La RDC a désormais – sur le principe – son nouvel accord avec le FMI. Mais, en attendant que le FMI donne son dernier quitus, la RDC doit rassurer. Ce qui justifie le déplacement en mai prochain à Kinshasa de son directeur général, le Français Dominique Strauss-Kahn.

Même si la date reste à préciser, le n°1 du FMI fait le déplacement de Kinshasa pour prendre langue directement avec les autorités politiques au premier rang desquelles se trouve être le président de la République. C’est une façon pour le FMI de se rassurer des assurances lui fournies par la délégation présente à Washington, notamment sur l’intégration dans le PEG II des implications des contrats chinois.

C’est dire que la conclusion d’un PEG se négocie plus que jamais sur un terrain politique, techniquement la RDC ayant rempli toutes les conditions pour prétendre à un nouvel accord avec le FMI. Du cadrage macro-économique sur la période 2009-2011 au plan de trésorerie du secteur public jusqu’à la déduction de la programmation monétaire et des indicateurs quantitatifs et autres repères structurels du programme, la délégation congolaise a convaincu. Coup de chapeau à l’équipe. La mesure du défi valait la peine d’une mobilisation tous azimuts.

Comme César…

Pari gagné pour la délégation congolaise qui a fait le déplacement de Washington. C’est en homme heureux et fier d’avoir accompli sa mission que le ministre des Finances et chef de la délégation, Athanase Matenda Kyelu, est apparue hier mercredi 29 avril à Washington au sortir d’intenses négociations avec le FMI.

72 heures, c’est le temps mis en œuvre par la délégation congolaise – juste après les assemblées de printemps du FMI et de la Banque mondiale - pour convaincre les services du FMI. Comme César, Athanase Matenda Kyelu peut dire : « Veni, vidi, vici » (Je suis venu, j’ai vu, j’ai gagné). Le cadrage macro-économique pour la période de mise en œuvre du programme (2009-2011) et le plan de trésorerie du secteur public pour l’année 2009 ont été les déclencheurs de ce qui devait mener à un nouvel accord avec le FMI. L’homme d’Etat congolais a joué à un véritable exercice d’équilibre pour concilier les avis parfois divergents de deux parties.

En fin de parcours, Kinshasa a pu faire valoir son point de vue. Le FMI a adhéré à la cause de la RDC, pays post-conflit qui a besoin de l’appui diversifié de ses partenaires pour entamer avec sérénité son ambitieux programme de reconstruction conçu autour de « cinq chantiers » de la République. Tout sera mis en œuvre – avec le FMI dans la course – pour couvrir le gap du plan de trésorerie du secteur public pour le reste de l’année 2009. A la crise financière internationale qui frappe durement la RDC, le FMI n’a pas trouvé mieux que de mettre de l’eau dans son vin, dira-t-on.

La fin justifiant les moyens

Au départ de Kinshasa, rien n’a été laissé au hasard - jusque dans les moindres détails. L’essentiel était de convaincre, en ne laissant aucune brèche aux services du FMI par où leurs avis – contraires - ne pourraient passer ou repasser.

Kinshasa a enfin son nouveau programme avec le FMI. Les grands principes de l’accord viennent d’être levés à Washington, à savoir le cadrage macro-économique, le plan de trésorerie du secteur public pour l’année 2009, d’où a été tiré la programmation monétaire servant à la définition des indicateurs, critères quantitatifs et repères structurels du programme. Reste maintenant pour le gouvernement d’apprêter, avant le prochain Conseil d’administration du FMI, annoncé en juin 2009, le mémorandum des politiques économiques, financières et monétaires ainsi que la lettre d’intention du chef de l’Etat à adresser au directeur général du FMI.

A ces deux documents de la RDC sera jointe la note technique des services du FMI, préparée par Brian Ames, responsable du dossier RDC au département Afrique du FMI. Ainsi sera constitué le dossier RDC à soumettre à l’approbation des administrateurs du FMI.

Mais, c’est dire que la route pour y parvenir a été longue et parfois contraignante pour le gouvernement. Le dernier accord formel entre la RDC et le FMI – PEG I, lancé en avril 2002 - s’est arrêté de manière tragique en mars 2006.

Kinshasa a donc dû consentir d’énormes sacrifices pour renouer formellement avec le FMI, le chef de l’Etat et le Premier ministre, veillant à ce que rien ne soit oublié.

Le « pré-accord » en main, la délégation congolaise rentre à Kinshasa avec un message de réconfort à toute une Nation. Le peuple congolais va enfin palper les fruits de ses durs sacrifices, ceux consentis depuis la reprise de la coopération structurelle avec les institutions de Bretton Woods en 2002.

Le point d’achèvement de l’initiative PPTE est là, bien à la portée de la RDC. Le plus important aujourd’hui est de tenir aux engagements pris à Washington pour ne pas s’écarter de l’objectif.

Source : le Potentiel/Kinshasa