Carte_RDCIl n’est pas concrètement établi, jusqu’ici, que la suspension des hostilités par le CNDP et son allégeance au pouvoir central ont contribué au retour de la paix à l’Est, plus particulièrement au Kivu qui était son rayon d’action principal. Le limogeage de Laurent Nkunda par les révolutionnaires de palais et sa mise au frais quelque part au Rwanda, n’ont pas changé la situation de guerre à l’Est. Les rebelles des FDLR qui étaient supposés être la cible du CNDP depuis le leadership de Nkunda, et contre lesquels ont été menées les opérations combinées RDC-Randa-CNDP sont loin de s’avouer vaincus. Ils ont rebondi et se sont remis à ravager de plus belle plusieurs villages et localités du Nord Kivu et du Sud Kivu. La situation est si dramatique que la Monuc et les FARDC sont en train de se concerter et de s’apprêter pour déclencher une offensive d’envergure contre eux. C’est étrange pour ces maquisards dangereux dont on avait crié que la capacité de nuire encore était réduite de 80 %. Les 20 % qui étaient restés et devaient être liquidés du jour au lendemain, se révèlent autant dangereux que les 80 % anéantis ! Après avoir réglé son compte à leur chef Nkunda et s’être rapprochés du pouvoir, ces révolutionnaires de palais ont amorcé des négociations avec le Gouvernement, à l’issue desquelles les deux parties ont signé un accord de partenariat politique dont le contenu n’est jamais publié officiellement ici à Kinshasa, ni à Goma où la cérémonie avait eu lieu à l’Hôtel Inhusi. Il semble qu’aux termes de cet accord, le CNDP plus qu’un autre groupe rebelle car il y en a en pagaille à l’Est, se fait gratifier davantages inouïs dans les divers échelons des sphères dirigeantes. Après l’intégration de ses hommes de troupe et leurs chefs dans les forces armées nationales, d’autres éléments entreront prochainement dans le gouvernement et dans les entreprises publiques. C’est du moins ce qu’a laissé entendre le porte-parole du CNDP, Jean Munyampenda, qui s’en est ouvert à un groupe de journalistes de Kinshasa dernièrement en reportage à Goma avec la Monuc. C’est au cours de cet entretien avec la presse que Munyanpenda a divulgué certains points importants sur lesquels les négociateurs du Gouvernement et du CNDP se seraient mis d’accord.

Des réformes « révolutionnaires » que le CNDP voudrait introduire dans le pays pour prouver son ingéniosité, on peut retenir le découpage territorial de la RDC. Selon la vision de ce mouvement rebelle à peine converti en parti politique, le pays devrait comprendre 10 nouvelles provinces fédérées. Le numéro 1 est la Province du Kongo, Chef-lieu Kinshasa. Elle comprend Mbandaka, Inongo, Basankusu, Bokungu. Inongo (Mai Ndombe) est cette fois-ci détaché du Bandundu et rattaché à l’Equateur. Le numéro 3 est la Province de l’Ubangi, Chef-lieu Gbadolite. Elle comprend Budjala, Lisala, Molegbe, Lolo, Buta, Bondo. Buta et Bondo sont détachés de Kisangani et rattachés à l’Ubangi. Le numéro 4 est la Province d’Aruwimi, Chef-lieu Kisangani. Elle comprend Isangi. Le numéro 5 est la Province de Niangara, Chef-lieu Bunia. Elle comprend Bunia, Butembo, Wamba, Isiro, Dungu, Mahagi. Le numéro 6 est la Province du Kivu, Chef-lieu Bukavu. Elle comprend Bukavu, Goma, Kasongo, Uvira. Butembo est détaché du Kivu et rattaché à Niangara. Camouflage d’une « République Unie du Kivu » Le numéro 7 est la Province du Tanganyika, Chef-lieu Kalemie. Elle comprend Kalemi, Kamina, Manono, Kongolo. Le numéro 8 est la Province du Kasaï, Chef-lieu Kananga. Elle comprend Kananga, Mbuji-Mayi, Kabinda, Luebo, Mweka, Luiza. Le numéro 9 est la Province du Katanga, Chef-lieu Lubumbashi. Elle comprend Lubumbashi, Kolwezi, Kipushi, Kasenga. Le numéro 10 est la Province de Sankuru, Chef-lieu Kindu. Elle comprend Kindu, Kole, Tshiumba. Il est facile de deviner à quelles Provinces sont rattachées des parties territoriales connues, mais qui ne sont pas mentionnées sur la carte de répartition des Provinces tracées par le CNDP. Matadi, Songololo, Luozi, Kasangulu, Tshela, Kahemba, Gungu, Bulungu, Bagata, Kasongo-Lunda, restent dans la Province du Kongo. Oshwe, Kiri, Bolobo, Mushie, Kwamouth, sont incorporés dans la Province de l’Equateur. Ngandajika, Tshilenge, Luputa, Mwene-Ditu, Dibaya, Demba, Dimbelenge, Dekese, Tshimbulu, Tshikapa, sont dans la Province du Kasaï. Kaniama, Bukama, Moba, dans la Province du Tanganyika. Ituri dans la Province de Niangara. Lubero, Rustshuru, Masisi, Walikale, Walungu, dans la Province du Kivu. Ce découpage territorial du CNDP est l’antithèse de celui qui est officiellement déjà consacré par la Constitution actuellement en vigueur. La caractéristique troublante est celle du Kivu. Elle englobe les deux Provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu, à l’exclusion du Maniema, et se trouve littéralement adossée à la République du Rwanda, exactement pareille à la « République Unie du Kivu » dont la configuration et l’emblème étaient souvent diffusés sur Internet il y a quelques mois. Le Maniema est incorporé dans la Province de Sankuru, dont Kindu est le Chef-lieu.

Un découpage territorial utopique et anachronique, qui reconstitue bizarrement certaines provinces de l’époque coloniale et en dépèce d’autres. Est-il aujourd’hui possible de refondre harmonieusement en une seule ancienne Province de Léopoldville et voir cohabiter encore paisiblement le Bas-Congo, le Bandundu et la ville de Kinshasa ? Et faire autant pour le Kasaï Occidental et le Kasaï Oriental ; l’Ubangi avec Buta et Bondo ; Sankur avec Kindu etc. Ce n’est pas une proposition que fait le CNDP, mais une question fondamentale qui a été discutée et approuvée par les négociateurs de deux parties ! En dehors du parlement et des partis politiques supposés représenter respectivement le peuple et l’opinion, le Gouvernement et un ex-mouvement rebelle qui n’est pas le seul dans ce pays et dont le concours au retour de la paix à l’Est est douteux, avaient négocié et décidé d’un découpage territorial du pays autre que celui qui est stipulé dans la Constitution. Ils pouvaient bien se concerter et s’entendre sur d’autres choses, mais pas sur cette matière si délicate déjà réglée dans la Constitution. C’est un peu fort et troublant ! La pilule est trop amère pour être avalée. Le moment est venu comme on procède graduellement, il y aura un débat pour la forme au Parlement. Mais la majorité mise au garde-à-vous et serrant les rangs, la discipline collective actionnée, on se contentera d’avaliser une réforme sans y changer une virgule. Des réformes dont le CNDP est porteur sont plus troublantes qu’apaisantes pour préserver la paix. Ses 10 Provinces fédérées plus provocantes que rassurantes pour l’avenir du pays.

Source : le Phare/Kinshasa