NkundabatwareJoseph Kabila avait-il raison de dire, un certain samedi, le 31 janvier dernier, au Palais de la Nation, que Laurent Nkunda n’était pas un sac ? Kabila s’était-il trompé, en concluant, par la même occasion, que la procédure de son transfèrement était sujette à des multiples préalables juridiques, politiques et diplomatiques entre le Rwanda, pays qui l’avait arrêté, et la RD. Congo, pays où, pendant cinq ans de rébellion, il avait tué, pillé, violé et massacré ? Le Président de la République était, sans nul doute, au parfum de tous les contours de ce dossier méphistophélique. Voilà pourquoi, il n’avait ni date, ni heure à confier à la presse. Plusieurs mois après, les discussions de Luzolo Bambi et Tharcisse Karugarama, achoppent. Elles confirment ainsi la justesse de cette acception présidentielle. La rencontre de ce lundi à Kigali a révélé, faut-il l’avouer, l’autre face de l’iceberg. Laurent Nkunda pèse, fâche, divise et continuera à diviser les deux pays tant qu’un compromis n’aura pas été dégagé. Or, selon toute vraisemblance, Kigali aurait opté pour son extradition dans un autre pays que la RD. Congo. Chose qui ne fait qu’exacerber la confusion alors que les relations bilatérales commençaient, à la suite de la traque organisée contre les Fdlr, à reprendre leurs vraies marques d’un combat aux rêves croisés, pour la paix durable et mutuellement avantageuse, pour les peuples rwandais et congolais. Les deux ministres de la justice ne sont pas avancés. La rencontre de ce lundi, à Kigali, s’est soldée par un échec cuisant. Deux positions rivales ravivent le dialogue des sourds. Oui, pour la justice, du côté congolais. Non, du côté rwandais. Oui, pour l’amnistie avant l’extradition, soutient-on à Kigali. Mais, non pour les crimes imprescriptibles relevant des faits punis par la justice internationale : crimes de guerre, crimes contre l’humanité, crimes de génocide, insiste Kinshasa. En vérité, il y a encore du chemin à parcourir, avant de voir des éclaircis, dans ce dossier aux dimensions disparates. L’option levée, semble-t-il, à Kigali, d’extrader Laurent Nkunda vers un autre pays que la RD. Congo, fâche plus qu’elle ne tranquillise les esprits. Elle s’apparente à un camouflet qui risque d’empoisonner le climat entre les deux pays. Heureusement qu’on n’en est pas encore là. Les discussions pourraient continuer, a-t-on rassuré, jusqu’à ce qu’une solution définitive soit trouvée. De façon générale, les lois rwandaises proscriraient qu’un présumé soit extradé vers un pays où il pourrait encourir la peine capitale, en guise de leçon pour tous les crimes commis, en cinq ans d’une tenace rébellion. De même qu’un congolais, fut-il Laurent Nkunda, peut être jugé sur base de lois rwandaises, tant qu’il sera à Kigali ou dans une partie du territoire sous son emprise. Kinshasa qui a tout donné, pour avoir la peau de Laurent Nkunda, reste cependant déterminé à atteindre ses visées. L’extradition, rien que l’extradition. Ainsi, crie-t-on, partout. Mais, comment ? A quel moment ? Dans quelles conditions ? Pour quelle finalité ? La série de questions est tellement longue que les deux pays sont divisés. Les violons ne s’accordent pas. Il faudrait un peu plus de temps, pour en finir. Entre-temps, Laurent Nkunda, devenu geôlier, hume pourtant l’air frais, loin de tracas de la justice congolaise. Est-ce une protection voilée ? La question avait été, en son temps, posée. Avec le recul de temps, les masques commencent presque à tomber. Après tout, c’était prévisible que Kigali, le fabricant, ne pouvait pas facilement céder son ouaille, sans la moindre exigence. Ses craintes, du reste, fondées tiendraient à éviter toutes éclaboussures. C’est, apparemment, une équation difficile aussi longtemps que la crédibilité du régime de Paul Kagame en dépendra. Devant une telle affiche, que fera Kinshasa ? Espérons qu’un jour, les accords secrets aidant, Laurent Nkunda sera jugé, conformément aux lois congolaises. Il faut tout faire, en tout cas. Hier, c’est Luzolo Bambi. Il y a quelques temps, c’était Alexis Thambwe Mwamba. La prochaine fois, ce sera certainement le tour de Muzito et, pourquoi pas, de Kabila, lui-même, pour avoir gain de cause, dans ce dossier sulfureux. De telle sorte que l’amende, pour des milliers des victimes du Masisi et de Rutshuru, soit intégralement payée

Source : la Prospertité