UNlogoLe message est désormais clair. La paix, la stabilité, la sécurité en République démocratique du Congo est avant tout une affaire du gouvernement congolais et des Congolais. Plus question d’atermoiements. Les efforts doivent consister maintenant à aller de l’avant en vue de préserver les acquis de cette paix, encore fragile. C’est la leçon à tirer de la mission d’évaluation du Conseil de sécurité en République démocratique du Congo.

La délégation du Conseil de sécurité a terminé, hier mardi, sa mission en République démocratique du Congo. Elle est en tournée en Afrique dans le cadre du partenariat pour la paix avec l’Union africaine, et éventuellement examiner les zones de conflits afin d’apporter des solutions qui s’imposent. C’est ainsi qu’elle s’est rendue successivement à Addis Abeba, Kigali, Kinshasa en entrant par la ville de Goma avant de partir pour l’Afrique de l’Ouest, précisément à Monrovia, au Liberia.

A Kinshasa, les entretiens ont porté sur les efforts de paix en République démocratique du Congo, et bien sûr dans la région des Grands Lacs. Car, la présence des forces négatives pose énormément des problèmes tant il pollue le climat dans la région des Grands Lacs.

Les discussions ont tourné également autour de la mission de paix de l’Onu au Congo, Monuc. Sur ce point, les échanges ont été orientés vers le renforcement de la capacité de la MONUC, conformément à la Résolution 1856 du Conseil de sécurité. A ce sujet, la mission du Conseil de sécurité a donné toutes les assurances que le déploiement de l’effectif supplémentaire des casques bleus, 3.000, sera effectif à partir du mois de juillet prochain.

Les responsabilités du Kinshasa

Que faut-il retenir de cette tournée ? La leçon à tirer, c’est que le Conseil de sécurité a mis le gouvernement congolais devant ses responsabilités. « La paix n’est pas l’affaire de l’Onu, c’est l’affaire du gouvernement congolais et l’Onu ne vient qu’appuyer les initiatives congolaises et ne peut se substituer en lieu et place des responsables congolais. L’Onu intervient dans la réorganisation de l’Armée et de la Police ». C’est en ces termes que la délégation du Conseil de sécurité répondait à toutes les questions portant sur le devoir de l’Onu de restaurer la paix, la sécurité en RDC.

Il revient à dire que le gouvernement devrait cesser de s’apitoyer, de se victimiser pour tourner le regard vers New York. Il appartient, dans un élan d’ensemble, à toutes les institutions nationales de prendre toutes les dispositions qui s’imposent pour ramener la paix dans tout le pays.

Il faut donc des signaux forts sur le plan politique afin d’accélérer la réforme de l’Armée, de la Police et des services spéciaux. Les partenaires extérieurs ne viendront qu’en appui. La même détermination doit se manifester dans la bonne gouvernance dans cette perspective de reprendre le contrôle des espaces économiques, disons miniers, qui suscitent autant de convoitises et favorisent la complicité interne. Enfin, c’est le moment d’accélérer aussi la réforme de l’Administration publique pour restaurer l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue de la République pour qu’il n’y ait pas de  « no man’s land ».

En effet, il nous revient que dans les coulisses de la délégation du Conseil de sécurité qu’il aurait été reproché au gouvernement congolais « ce manque de maîtrise de différents paramètres qui relèvent directement de sa souveraineté ». D’où cette persistance du   « phénomène FDLR » qui continue à échapper au gouvernement congolais.

Le rôle de chaque partenaire régional

Le message de la délégation du Conseil de sécurité ne signifie rien d’autre qu’un appel pressant à l’implication de tous les partenaires régionaux pour une paix durable en République démocratique du Congo et dans la région des Grands Lacs. Que désormais chaque acteur doit savoir exactement ce qu’il doit faire et comment le faire. Ainsi, la paix, la transparence économique, la réforme de l’armée et de la police, ainsi que celle de l’Administration publique concerne les institutions nationales.

Si cette partition est bien jouée, les causes exogènes seront facilement maîtrisables. Que le gouvernement congolais sera exigeant envers l’Union européenne, les Etats-Unis, le Canada, la France, la Belgique, la Grande-Bretagne, l’Onu, l’Union africaine pour qu’ils assument aussi leur rôle de paix dans la région. Celui-ci consiste à renforcer les capacités des FARDC, celles de la Monuc pour neutraliser les forces négatives, les réseaux maffieux qui blanchissent les bénéfices d’un commerce illicite dans des capitales occidentales, et exercer une pression sur les voisins immédiats de la RDC. Notamment, le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi. Il leur revient également de s’inscrire dans la logique de paix durable dans la région des Grands Lacs, sans chercher des prétextes en République démocratique du Congo pour tirer profit de l’exploitation sauvage des richesses de l’Est de la RDC.

Aussi, la RDC, tout comme l’Onu, l’UA, le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi doivent s’inscrire dans cette dynamique, qui sommes-nous convaincus, doit être réelle pour la construction d’une paix durable en Afrique des Grands Lacs. En attendant, la République démocratique du Congo doit prendre bonne note de ce message clair du Conseil de sécurité en vue de lever l’option fondamentale d’une bonne stratégie de paix durable.

Encadré

Au terme de son séjour en RDC

L’Onu soumet à l’Etat une liste des éléments armés à punir

L’ambassadeur Jean-Maurice Ripert, chef de la délégation du Conseil de sécurité a révélé hier que l’Onu enverra 3.000 casques bleus pour soutenir son opération de paix en RDC. La délégation a soumis au gouvernement une liste d’éléments armés à sanctionner dans le cadre de la lutte contre l’impunité et les violences sexuelles.

Avant de rencontrer à Kinshasa, le président de la République Joseph Kabila, Léon Kengo wa Dondo, Evariste Boshab, et Adolphe Muzito, respectivement président du Sénat, président de l’Assemblée nationale et Premier ministre, les membres du Conseil de sécurité se sont entretenus à Addis Abeba avec le facilitateur de l’Onu, Olusegun Obasanjo pour faire le point des efforts de médiations en vue de la réintégration des groupes armés et de rapprochement avec le Rwanda.

Au cours de leur entretien d’une heure avec le président Joseph Kabila, la délégation du Conseil de sécurité a insisté sur l’importance de l’engagement du gouvernement à mettre fin aux exactions commises par les FARDC, a déclaré Jean-Maurice Ripert. Lequel a demandé de « réformer les forces armées congolaises, la police nationale pour un meilleur comportement éthique,afin de faire cesser les violences faites aux femmes et poursuivre les criminels et les mettre en prison ».

Il a indiqué que le Conseil de sécurité a autorisé le recrutement de 3.000 hommes supplémentaires qui seront sur le terrain début juillet 2009. «  C’est une force importante avec la capacité de formation qui comportera à la fois, une composante militaire et civile » a ajouté l’ambassadeur Ripert.

Ne pas se substituer au gouvernement

« Cependant », a-t-il précisé, « la Monuc vient en appui aux forces de l’armée régulière, mais elle n’est pas là pour se substituer aux FARDC ». C’est pourquoi les Nations unies ont modifié le mandat de la Monuc et lui donné les moyens pour protéger les civils étant donné qu’il y a une volonté de déployer un dispositif de sécurité pour inviter les FDLR à déposer les armes, mais malheureusement les exactions continuent. 

A propos du général Bosco Ntaganda recherché par la CPI, l’ambassadeur Jean-Maurice Ripert a indiqué que « le Conseil de sécurité a conditionné le soutien de la Monuc au gouvernement à la situation actuelle où il faut mettre un accent particulier sur la protection des civils ». Vouloir mettre en péril ou revenir sur le succès acquis ces dernières semaines pour l’ensemble des activités de la Monuc afin de ramener la paix dans l’Est de la RDC, en appuyant les FARDC, n’est pas le souhait du Conseil de sécurité a-t-il conclu. M. Jean-Maurice Ripert a indiqué que « la RDC a joué un rôle exemplaire et coopère le mieux avec la CPI en participant à la mise à disposition des criminels à cette instance, notamment pour violences sexuelles. C’est à ce titre que la question de Bosco Ntaganda a été évoquée en rappelant l’appartenance aux statuts de Rome de la RDC ».

Aux déplacés et sinistrés de l’Est de la RDC, M Jean-Maurice Ripert a rappelé l’engagement du président Joseph Kabila, du gouvernement congolais à mettre un terme à l’impunité contre les auteurs exactions et violences sexuelles, à réformer l’armée et la police en s’attaquant à la racine du mal.

Source : le Potentiel