parlementC’est de justesse que les ministres Thambwe M. et Mende O. ont sauvé leur poste à la suite de la motion de défiance articulée par quelques députés nationaux. N’ayant pu rassembler 251 voix – la majorité absolue exigée – l’un et l’autre s’en tirent néanmoins avec une sorte d’avertissement. C’est que la Majorité et l’Opposition ont, dans un consensus non concerté, désapprouvé l’attitude des ministres précités. La sentence devrait, in fine, avoir une valeur pédagogique pour la classe politique.

Le ministre des Affaires étrangères et son collègue de la Communication n’ont pas été sanctionnés. Cela n’a pas empêché que leur comportement récent, à l’origine de la motion de défiance parlementaire, ait été désapprouvé par les députés et de la Majorité et de l’Opposition. En témoigne le comptage de voix.

L’Assemblée nationale avait réuni 406 votants. 194 voix se sont prononcées pour maintenir la motion de défiance contre le ministre Thambwe Mwamba, alors que 199 s’y sont opposées. Neuf (9) députés se sont abstenus et 4 bulletins ont été déclarés nuls. Dans le second cas, 134 députés sur 408 ont voté pour la motion contre le ministre Mende Omalanga. 241 ont marqué leur hostilité, tandis que 8 députés se sont abstenus. Un record : 25 bulletins nuls.

Il n’y a pas matière à pavoiser dans le camp de chacun de deux ministres visés par la motion. Car, à l’analyse, il s’est manifesté un certain consensus, à gauche comme à droite, pour désavouer les faits et gestes des ministres incriminés. Interprétation : Majorité et Opposition parlementaires ne sont pas du tout prêtes à fermer les yeux sur les abus, dans le cas d’espèce, commis par les membres de l’Exécutif.

Certes, la volonté de désavouer un ministre est encore loin d’être traduite un jour en acte, l’appartenance à des familles politiques adverses jouant au catalyseur dans un sens ou dans un autre. Mais, globalement, le vote d’hier a démontré que les députés n’acceptent pas de gaieté de coeur d’avaler des couleuvres, quand bien même celles-ci sont servies par les membres de leur propre famille politique.

ROUVRIR UNE PLAIE

Une deuxième leçon a retenir des joutes de la séance de vendredi est que l’Assemblée nationale lance un signal fort tant à l’Exécutif qu’aux autres institutions de la République. Face à l’impératif de «rendre compte», la chambre basse sera gênée de couvrir les fautes de gestion dont se rendraient coupables les éléments de la Majorité au pouvoir. Pour l’occasion, la carte de la famille politique AMP a joué à fond afin de sauver la tête des ministres Thambwe et Mende.

On peut encore noter quelque chose de positif : les travaux du vendredi se sont déroulés dans un climat empreint de beaucoup de sérénité. Contrairement à la séance de la veille, qui avait inspiré à la rédaction du Potentiel le titre de sa manchette d’hier «C’est grave !»

Ainsi, qux réponses des ministres, suivies du décompte de voix, le Palais du peuple n’a pas scandé des airs de triomphalisme si fréquents quand s’empoignent, avec passion, la Majorité et l’Opposition. On pourrait attribuer la retenue de l’AMP (la Majorité) au profil bas de circonstance adopté, en particulier, par le ministre des Affaires étrangères.

En un mot comme en mille, il sied d’observer que, contrairement à ce que l’homme de la rue serait tenté d’imaginer, un sentiment plus fort que politique a contraint la Majorité AMP à refuser d’accorder 251 voix de vote favorables à ses deux ministres pour les blanchir à peu de frais.

Au sujet de cette «majorité absolue» de voix exigée, le président de l’Assemblée nationale, Evariste Boshab, a-t-il fait l’interprétation correcte de l’article 146 de la Constitution ? La Cour suprême est appelée à se prononcer. Par ailleurs, les 25 bulletins «nuls» de Mende, sûrement de l’AMP, sonnent comme un désaveu à son endroit. A méditer.

Pour conclure, la Majorité a dénoncé ses ministres, tout en se refusant de les sanctionner. Ce faisant, elle aurait rouvert une plaie qui peine à se cicatriser après l’épisode Kamerhe, le précédent président de la chambre basse. Nos encouragements, après tout, à l’Assemblée nationale pour lutter davantage contre les abus du pouvoir.

Source : le Potentiel