Il n’y a rien à attendre de la réforme en cours du Portefeuille de l’Etat mise sur les rails par le Premier ministre et la ministre du Portefeuille si ce n’est que la spoliation d’un patrimoine national dont ils ont déjà signé l’arrêt de mort. Le corps à corps avec les travailleurs des entreprises publiques semble de plus en plus inéluctable.

Même s’ils ne le disent pas encore publiquement, le Premier ministre et la ministre du Portefeuille ne sont pas moins secoués par le vent soulevé par la réforme – leur réforme – qu’ils ont entreprise au sein du Portefeuille de l’Etat. Ils s’en ressentent terriblement. Dans tous les cas, il y a déjà des étincelles en l’air.

DE MAL EN PIS

« Pour le moment, il n’est pas de meilleure solution que de surseoir à la mise en application de la réforme mise en mouvement par le Premier ministre et son ministre du Portefeuille ». C’est cela le mot d’ordre. Dans presque tous les milieux, à l’exception de quelques prédateurs bien connus qui tiennent à tout prix à délester le patrimoine national de ses entreprises pour s’en approprier, il n’y a pas d’autre chanson. Car, il est question de sauver les entreprises publiques vouées aux gémonies par de gros intérêts qui ne vivent que de la prédation ou de la spoliation du patrimoine de l’Etat.

Pas question donc d’attendre ou de renvoyer à plus tard – à moins que l’on accepte de jouer le jeu des ennemis du peuple congolais - le retrait de la pile de décrets du Premier ministre et les instructions de sa ministre du Portefeuille, architectes à leur manière d’une réforme qui nous précipite dans l’abîme. Entre-temps, la situation va de mal en pis. Le front social s’est allumé ; les travailleurs promettant de se faire entendre à tout prix et de faire triompher leurs légitimes revendications auprès des autorités nationales.

C’est, d’ailleurs, la raison d’être de l’alerte de l’Intersyndicale nationale du Congo. A l’issue de son Assemblée générale tenue le mardi 19 mai 2009, dans la salle du Zoo, commune de la Gombe, elle a, en effet, porté à la connaissance du Premier ministre, chef du gouvernement, le fait que « les masses laborieuses et paysannes ont décidé de déclencher une grève générale sur toute l’étendue de la République pour obtenir la surséance des cinq décrets relatifs à la réforme des entreprises publiques ».

Autant dire que le dossier exaspère les travailleurs. Les syndicats de base expriment désormais clairement leur désaccord à la poursuite, à marche forcée, d’un projet de « privatisation » qui risque de se transformer en conflit dur. « Une privatisation qui masque une spoliation du patrimoine national », insiste-t-on dans les milieux de syndicalistes où l’on note que l’appareil de justification de cette privatisation mis en branle, par le biais de Copirep, présente des faiblesses fatales même si l’on s’échine à défendre l’indéfendable.

« Peut-on, se demande-t-on, nous assurer que les entreprises publiques vont être vendues à des prix soutenables ? Non, elles ne le seront que pour une valeur très faible, prévient-on dans les mêmes milieux. « Peut-on, renchérit-on, nous assurer du contraire de ce que la réduction des droits de travailleurs est à l’ordre du jour ?

Ceci peut apparaître comme incroyable à première vue. C’est pourtant ce qui est préparé et que nous dénonçons avec les détails nécessaires afin que chacun des citoyens soit prévenu de ce que l’on nous prépare. Ce, d’autant que la préparation idéologique est entrée dans une phase avancée de ce qui ressemble à un « truc de bateleur » où l’attention est attirée sur un point qui permet de dissimuler l’action véritable, à savoir la privatisation et son opportunité aujourd’hui, comme le claironnent les « déclencheurs » de la réforme.

« A NOUS LES DIVIDENDES, AUX AUTRES LA MERDE »

« A nous les dividendes, aux autres la merde ». Voilà résumée la logique qui sous-tend la réforme en cours du Portefeuille de l’Etat. Des dividendes, c’est-à-dire du beurre pour ceux qui l’ont finalement mise sur orbite après qu’elle ait été placée sur la rampe de lancement. On s’y agrippe de toutes ses mains jusqu’après s’être constitué une grosse fortune. C’est de saison. « L’affaire est dans le sac », psalmodie-t-on notamment au ministère du Portefeuille où l’on se lave déjà les mains pour avoir réussi le « coup du siècle ». En même temps, le Copirep se livre à un intense travail apologétique, d’abord en direction des entreprises, puis à l’extérieur de celles-ci, en droite ligne de ce que la privatisation partielle, rebaptisée ouverture du capital pour des raisons de propagande, est présentée, en sous-main, comme une nécessité vitale pour telle ou telle autre entreprise.

Pas évident que l’enchevêtrement ait séduit de nombreux esprits, dans et hors de l’entreprise même si au niveau du Comité de pilotage, l’on continue à propager cette idée de la pensée unique selon laquelle la privatisation était inéluctable. Quoi qu’il en soit, le statut public constitue, à l’heure actuelle et pour bien des raisons, un avantage stratégique et non un inconvénient.

Quelles conséquences en tirer ? Au-delà de notre « combat » contre la pensée unique qui tient à faire considérer comme vérité révélée (jamais démontrée) que les privatisations sont fondées, nécessaires et indispensables ; au-delà du refus de cette privatisation au vu des échecs accumulés dans de très nombreux pays par le cocktail explosif privatisation-libéralisation, il est temps de recaler la réforme en cours. En attendant, les établissements devenus publics, pour ne pas les citer, sont abandonnés à eux-mêmes. Les syndicats sont exclus. « Ils ne vont plus suivre la gestion quotidienne de l’entreprise, les comités de gestion supprimés pendant que celui qui en devient le directeur général reste le seul maître à bord du navire », signale-t-on. La gestion est laissée entre les mains d’une seule personne. Le conseil d’administration ne se réunissant qu’une fois par trimestre, il est donc seul avec le ministre de tutelle. Et s’il se retrouve en duo avec un ministre rapace - les ministres rapaces ne sont pas rares dans notre pays, on peut bien mesurer l’importance des dégâts…pour les entreprises transformées en établissements publics.

Tout bien considéré, ce sont des risques inutiles que le gouvernement est en train de prendre en ce moment, fait réfléchir un haut fonctionnaire international en poste dans un pays de l’Afrique centrale.

Source : le Potentiel/Kinshasa