Carte_RDCEn vertu de nouvelles règles internationales, la RD Congo voit son espace maritime s’accroître de 30 000 km2. Ce qui lui donne le droit de revendiquer une partie des champs pétroliers exploités par Luanda. Négociations serrées en perspective !

Une formidable promesse de ressources, mais aussi le début d’une querelle de voisinage. Le 12 mai, Kinshasa a déposé aux Nations unies un dossier brûlant : la nouvelle carte de l’espace maritime congolais, délimité par les géographes selon les critères de la convention de Montego Bay. Ratifié en 1989 par la RD Congo (le Zaïre à l’époque), ce traité international consacre le droit pour les États côtiers de disposer d’une succession de bandes maritimes – la classification allant des « eaux intérieures » au « plateau continental » – qui, au total, peuvent s’étendre jusqu’à 600 milles nautiques depuis leur littoral.

Doté d’une côte microscopique (40 kilomètres environ), le pays va récupérer un territoire maritime représentant 30 000 kilomètres carrés. « Avec ce nouvel espace, la RD Congo ne fera plus 80 fois mais 81 fois la Belgique », s’amuse un expert ayant travaillé sur le sujet. Conséquence de l’opération, Kinshasa va empiéter sur des champs pétroliers actuellement exploités par son voisin angolais. Avec 450 000 barils extraits chaque jour, ceux-ci lui procurent environ un quart de sa production (1,9 million de barils par jour en 2008).

L’Angola devra se faire prier pour renoncer à cette manne qui a donné lieu à de lourds investissements et qui, aujourd’hui, lui permet de disputer au Nigeria la place de premier exportateur d’or noir au sud du Sahara. Luanda dispose pour cela de solides arguments : l’armée angolaise n’a-t-elle pas sauvé la mise à Laurent-Désiré Kabila, en 1998, face à l’armée rwandaise, et toujours apporté son soutien à son fils Joseph, l’actuel chef de l’État ?

Production multipliée par 20

D’autant qu’en opérant dans les eaux qui, selon le droit international, reviennent à son voisin, l’Angola n’a pas pour autant enfreint la loi. Jusqu’à présent, la RD Congo n’avait jamais vraiment délimité ses frontières maritimes. Une ordonnance de 1974 fixait bien la limite de la mer territoriale congolaise à 12 milles nautiques, mais au-delà, aucune précision. Et, s’il avait ratifié la convention de Montego Bay en 1989, le pays, en proie à une décennie de guerre, avait ensuite eu d’autres priorités que son application. Jamais il ne s’était soucié de cartographier l’espace maritime auquel il pouvait prétendre… En l’absence de frontières claires, l’Angola en a profité.

Mais le calme revenu à Kinshasa et le prix de l’or noir atteignant des sommets, le Sénat a ressorti le dossier des tiroirs en 2007. Une loi fixant les nouvelles frontières a été élaborée, défendue par le ministre de l’Intérieur devant le Parlement et promulguée le 7 mai. Dernière étape, le dépôt du dossier auprès de l’ONU, la veille de l’expiration du délai, fixée au 13 mai. Entre-temps, une zone d’intérêt commun offshore avait été créée avec l’Angola, en juillet 2007, mais elle est restée lettre morte.

Si le droit international est du côté congolais, il faudra de longues et laborieuses négociations pour que les deux voisins conviennent d’un modus vivendi. Pour la RD Congo, c’est une aubaine qui se profile et qu’elle ne voudra pas lâcher : extrayant aujourd’hui 25 000 barils de pétrole par jour, Kinshasa pourrait multiplier sa production par près de 20 ! Reste que les investissements réalisés par l’Angola pour l’exploitation des gisements lui donnent droit à une rémunération. La question a été abordée, le 21 avril, lors d’une visite du Premier ministre congolais, Adolphe Muzito, à Luanda. Une commission technique chargée des questions frontalières entre les deux pays a été créée. Elle devait se réunir à partir du 15 mai dans la capitale angolaise

Source : Jeune Afrique