ISC14 étudiants venus de l'Unikin, de l'ISC… ont été condamnés en fin de semaine au cours d'une audience foraine organisée dans l'enceinte de l'Institut supérieur de commerce. Ces étudiants pris sur le fait par les éléments de la Police nationale et certains étudiants s'étaient organisés en bandes pour dépouiller leurs collègues de leur bourse lors de l'opération de paie organisée dans cet institut.

Prenant la parole à cette occasion, le ministre de la Justice et Garde des Sceaux a promis que l'Etat dans le cas d'espèce, aura la main lourde parce qu'on a affaire à des " Kuluna " intellectuels. Quant au ministre Mashako, de l'ESU, il a déploré le fait que des étudiants aient été arrêtés avec des machettes, des poignards et d'autres armes blanches. Une façon se demander mais quelle jeunesse formons-nous ? Ceci est d'autant vrai qu'outre les incidents de l'ISC, on déplore le passage à tabac du vice doyen de la Faculté de médecine par des étudiants de 2ème doctorat mécontents des cotes leur attribués. Loin de s'arrêter en si bon chemin, ils sont allés saccager un département des cliniques universitaires pour femmes accouchant par césarienne.

Des procès en perspective

Dans le but de ramener la paix dans le milieu estudiantin infesté de délinquants, des procès en flagrance sont prévus dans les prochains jours à l'Ista et à l'Unikin. Lors des échauffourées que nous déplorons, des étudiants avaient été appréhendés par les éléments de la Police nationale congolaise. Ce sont ces étudiants qui seront jugés à titre d'exemple. Tout en espérant que ceux qui sont passés à travers les mailles du filet cette fois-ci s'auront s'amender.

Pour beaucoup d'observateurs, la situation présente est la conséquence du laxisme dont l'Etat a fait montre dans la gestion de la violence juvénile. Ainsi a-t-on vu des jeunes s'adonner à la consommation du chanvre indien en public (stade, rond- point et dans nos rues) sans que ces derniers ne soient inquiétés. Des étudiants ont toujours détourné des camions d'autrui provoquant parfois des accidents mortels sans qu'ils ne soient poursuivis.

Les gangs urbains qui ont proliféré dans nos quartiers et communes sont aussi le fruit de ce laxisme de l'Etat et surtout de la complicité de certains magistrats qui sont de mèche avec ces inciviques qu'ils relaxent à la première occasion moyennant des espèces sonnantes et trébuchantes.

Réhabiliter les prisons

Le mal dans notre jeunesse a pris des racines. La tâche visant à ramener cette jeunesse à la raison est immense. S'il est vrai que l'on salue les actions posées par l'actuel ministre de la Justice pour combattre cette violence inutile, il faut cependant faire remarquer que les actions posées doivent l'être sur la durée. Aussi l'Etat doit répondre à la question de savoir que vise-t-il en enfermant ces jeunes, que devront faire ces jeunes durant leur séjour carcéral, quel est le contenu du programme éducatif et civique qui leur sera dispensé etc. Ceci est très important. Si ces jeunes sortent des camps transformés c'est-à-dire respectueux de l'Etat et des lois et surtout détenteurs d'un métier pour leur avenir, l'Etat aura réussi leur réinsertion. Mais en attendant, l'Etat doit lancer un vaste programme de réhabilitation de nombreuses prisons du pays qui sont dans un état piteux. Beaucoup d'entre elles depuis l'aube des indépendances n'ont jamais été réhabilitées. Il faut enfermer mais en veillant aussi sur les conditions de détention.

Et les criminels en col blanc ?

Si les actions lancées par le ministre de la Justice pour lutter contre les gangs urbains sont saluées par la population, cette même population s'interroge sur le sort réservé " aux criminels en col blanc " que le ministre Luzolo reconnaît n'avoir pas rencontré lors de sa dernière tournée dans les prisons de l'intérieur du pays. Cependant, force est de reconnaître que seul, le ministre de la Justice ne pourra rien. Il doit plutôt bénéficier d'une réelle volonté affichée du gouvernement central de soutenir son ministère dans la lutte contre les mauvaises habitudes (détournement des deniers publics, de la solde des militaires et des policiers, des rations, des fonds destinés à des travaux d'intérêt commun etc.)

Mis à part les fonctionnaires de l'Etat indélicats, des actions devront être engagées contre des magistrats ripoux qui rendent des jugements iniques. Ces derniers, au nom de la séparation des pouvoirs, n'ont de compte à rendre à personne pensent-ils. Or cette façon de faire où le jugement est rendu selon le volume du portefeuille dessert le gouvernement auprès de la population qui pense, à juste titre d'ailleurs, que la prison c'est pour les pauvres et les faibles.

Quand on retrouve un haut gradé en prison, c'est pour des motifs en rapport avec la sûreté de l'Etat. Et rien d'autres. Comme on le voit, le gouvernement doit faire un effort pour redresser son image auprès de l'opinion sur cette matière précise.

Le prochain remaniement, un test

Le ministre de la Justice et garde des Sceaux actuel dans on approche de la résolution du phénomène Kuluna vient de montrer qu'il a des solutions novatrices. Contrairement à ses prédécesseurs, il sait où toucher pour que des solutions idoines sortent. Les deux dernières mesures prises à l'encontre des magistrats quant à la gestion des dossiers dans la durée, les cas de violeurs et autres par la création des commissions rassurent.

Puisque la poursuite de cette remise en ordre du secteur de la justice prendra du temps, les yeux de la population sont fixés sur le prochain remaniement. Luzolo Bambi va-t-il rester aux affaires pour poursuivre le travail déjà engagé et qui donne déjà des fruits prometteurs ? La question reste posée. Cependant, sa défenestration, pour l'opinion, sera la preuve par neuf que dans ce pays l'on ne tient pas à voir l'ordre s'établir. Jusqu'à quand ?

Source : l'observateur