MuzitoIl y a quelques jours, le Premier ministre a instruit le ministre des Finances de libérer un peu d'argent pour le fonctionnement des cabinets politiques et des services administratifs des ministères. Selon cette instruction, contenue dans une lettre adressée à leurs excellences par le vice-ministre aux Finances, les ministères disposant d'un vice-ministre avaient droit à vingt millions de nos francs. Tandis que ceux qui n'en disposent pas devaient recevoir quinze millions. Comme l'on devait s'y attendre, cette décision du Premier ministre a beaucoup réjoui les services administratifs- mais pas tous comme on le verra- qui, depuis plus de deux décennies, n'avaient plus entendu parler de frais de fonctionnement.

En lisant l'instruction de Muzito, ces services ont compris celle-ci de cette manière : cinq millions pour le cabinet du ministre, cinq autres millions pour celui du vice-ministre (là où il existe) et dix millions pour l'administration. Ces services se sont trompés lourdement ou du moins, ils ne se rappelaient plus la boulimie d'argent qui caractérise les cabinets politiques en République démocratique du Congo. Laquelle boulimie est incontestablement l'un de leurs sept péchés capitaux.

En effet, selon ce tout le monde a appris, il n'y a que dans quelques ministères où le partage a été juste ou équitable : comme toujours, les cabinets se sont copieusement servis en faisant main basse et sur ce qui était leur part et sur une bonne partie de ce qui devait revenir à l'administration.

Parmi ces quelques ministères intègres, l'on cite celui de la Coopération internationale et régionale. Ici, dit-on, le ministre a pris ses cinq millions et remis les dix millions à l'administration.

En revanche, on dit aussi que dans la grande majorité des ministères, cette administration n'a même pas eu deux millions de francs congolais.

Il fallait s'attendre à ces tripatouillages : nous sommes sur la terre des hommes congolais où les dirigeants sont convaincus qu'ils sont les seuls à avoir droit à la vie. Le Premier ministre doit être, nous n'en doutons pas, au courant de ces tripatouillages. Pour cela, il dispose de services payés par l'Etat. Nous ne doutons pas aussi qu'il doit s'être rendu compte que son excellente décision avait été mal donnée et surtout mal exécutée.

En effet, connaissant mieux que tous les Congolais, pensons-nous, la rapacité des hommes et des femmes qui forment l'équipe qu'il dirige, Adolphe Muzito eût exigé que, dans son instruction, fût clairement spécifié le montant exact revenant à chacune des structures bénéficiaires. Pour ne l'avoir pas fait, il a servi, sur un plateau d'argent, une manne à des gens qui n'ont plus rien fait d'autre que s'incliner pour la ramasser et s'en remplir les gibecières.

Certainement, le Premier ministre et ou le vice-ministre des Finances ont oublié- peut-être de bonne foi- que tous les frais pécuniaires débloqués en faveur de l'administration publique ont un circuit classique spécifique à suivre pour lui parvenir. Et toutes les fois que ces frais ont pris un autre circuit, celui des cabinets politiques en l'occurrence, ils ont été toujours littéralement fractionnés, lorsqu'ils ne disparaissent pas complètement sans laisser de traces. Un tonneau des Danaïdes, ces cabinets.

Alors, si ces frais de fonctionnement ne sont pas les premiers et les derniers pour cette année, il faut que Adolphe Muzito ouvre l'œil et le bon. Sans quoi, l'on risquerait de lui reprocher d'avoir restauré lesdits frais pour payer un énième salaire aux membres de son équipe et à leurs cabinets.

Il n'y a pas que dans ce domaine d'argent que les fonctionnaires et les agents de l'Etat se plaignent et disent ne pas voir clair. En effet, toujours à l'occasion de grandes fêtes nationales, les pagnes pour le défilé leur sont distribués, la veille à la nuit tombée. Très souvent sans frais pour les faire coudre, à supposer qu'à 21 heures, l'on peut encore trouver un tailleur debout dans son atelier. Or, aux dires des gens, les cabinets politiques reçoivent pourtant les frais pour cette couture et même pour la collation. Ici comme là, les cabinets se servent et servent les leurs, en pagnes, en frais de couture, en collation. Au détriment des pauvres fonctionnaires. Et quand on a pitié d'eux, on leur jette des os à ronger. Oui, un tonneau des Danaïdes, ces cabinets.

Source : l'Observateur/Kinshasa