Dans la perspective d’un remaniement gouvernemental de plus en plus imminent et pour éviter que des ministres indélicats ne se mettent à inventer des prétextes pour vider les caisses de l’Etat, le président de la République vient de prendre des mesures conservatoires dans le domaine des dépenses publiques. C’est ce que croient savoir la plupart des observateurs dans la ville haute, où l’on évoque particulièrement les termes d’une lettre attribuée au Cabinet du chef de l’Etat. On retient de celle-ci que « désormais, tout ordonnancement des dépenses publiques devra, avant tout paiement, requérir l’autorisation préalable de Son Excellence Monsieur le Président de la République. Il en est de même des plans de trésorerie mensuels ».

Les rumeurs les plus folles qui continuent de circuler autour de ces mesures ont été amplifiées mercredi par Radio France Internationale. Celle-ci indiquait en effet dans ses éditions matinales d’information que la démarche du chef de l’Etat congolais serait motivée par « le souci majeur d’endiguer à très court terme, les dérapages substantiels et répétés des Finances Publiques et de la monnaie nationale, observés au cours des derniers mois, lesquels seraient susceptibles de compromettre les engagements de la République souscrits auprès des partenaires multilatéraux ». Reste que pour les observateurs de la vie politique congolaise, les explications doivent se trouver ailleurs que dans le souci d’endiguer l’expansion des dépenses publiques, dont les causes se situent dans le comportement dispendieux des institutions. Ces observateurs voient plutôt dans ce rebondissement la confirmation d’un remaniement ministériel imminent, dont le président de la République a récemment évoqué la perspective à l’horizon du mois de juin. D’où la crainte que des membres de l’équipe gouvernementale qui se sentiraient menacés soient tentés de profiter de ce temps mort pour vider les caisses de l’Etat. On rappelle, à cet effet, la série des lettres de même tonalité envoyées aux autorités bien avant le scandale du Palais du Peuple, dans la foulée des manœuvres tendant à obliger Vital Kamerhe à démissionner de son poste de président de l’Assemblée Nationale. Pour autant, la question que tout Kinshasa se pose aujourd’hui est celle de savoir si ces mesures ne sont pas tardives lorsqu’on a en mémoire la débauche des moyens déployés en son temps pour pousser l’ancien président de l’Assemblée nationale vers la porte de sortie et les députés à soutenir sa défenestration. C’est à cette époque que le franc congolais avait enregistré ses plus sérieux dérapages et rien ne permet de dire que les ministres en étaient la cause. N’empêche, pour l’heure, on retiendra que « cette instruction, qui ne devra pas souffrir d’aucune restriction, reste d’application jusqu’à nouvel ordre ». Il restera à savoir quand.

Source : le Phare/Kinshasa