parlementLes Congolais ont du mal à croire leurs yeux et leurs oreilles : 15 ministres ont défilé hier à la tribune de l’Assemblée Nationale, pour répondre à des questions orales ayant toutes un dénominateur commun : le procès du gouvernement Muzito. L’attaque frontale entre la Chambre basse du Parlement et l’exécutif national intervient à quelques jours de la fin de la session en cours mais surtout, après l’échange des correspondances que l’on sait, entre le cabinet du Chef de l’Etat et celui du Premier ministre. Les observateurs perçoivent, au détour des phrases des députés, leur intention manifeste de pousser l’équipe ministérielle actuelle à la démission collective pour avoir échoué. Echec pour mauvaise gestion, manque de vision politique, bradage des intérêts de la République à travers la signature des contrats léonins, impunité, clientélisme, tribalisme, régionalisme… il n’en faut pas plus pour faire passer, aux yeux de l’opinion tant nationale qu’internationale, les membres du gouvernement pour des fossoyeurs de la démocratie naissante et du progrès socio-économique du pays.

Pour leur part, dans leurs moyens de défense, certains ministres n’hésitaient pas « à rentrer » dans les députés, s’attirant au passage leur courroux pour des écarts de langage. C’est clair : les membres du gouvernement n’acceptent pas de se laisser mener à l’abattoir poings et pieds liés. Ces questions orales massives tombent d’autant mal que le Premier ministre lui-même se trouve sous la menace d’une interpellation dont on ne sait si elle pourra être soumise à la plénière par le Bureau de l’Assemblée Nationale, compte tenu de la précarité du timing à gérer avant le départ en vacances des députés. En tous les cas, les mêmes griefs sont articulés contre lui, comme pour dire que c’est toute l’équipe est fautive et que, logiquement, elle devrait payer collectivement. Au niveau de la gestion globale de l’Etat, tout semble s’être arrêté. D’où, les Congolais se posent des questions. Ils se demandent, notamment, combien de temps va perdurer cette situation de morosité politique. Car, d’un côté, les esprits sont continuellement intrigués par l’annonce du Chef de l’Etat dans son interview au New York Time, dans laquelle il avait précisé lui-même que s’il pouvait débusquer au moins 15 « vertébrés », le pays serait géré autrement. Dès lors qu’il s’est plaint à haute voix de ne pas avoir sous la main les collaborateurs qu’il lui faut pour partager avec eux sa vision des affaires de l’Etat, la Nation tout entière attend fiévreusement qu’il en tire rapidement les conséquences qui s’imposent. Tant que le Président de la République va laisser planer le suspense, les rumeurs les plus folles vont continuer à courir dans tous les sens au sujet de la nécessité de nettoyer les écuries, tant au niveau de son cabinet qu’à celui du gouvernement. Un pays comme le nôtre ne peut fonctionner longtemps dans une ambiance de doute, laquelle ne sécurise ni nos concitoyens, ni nos bailleurs traditionnels, encore moins les investisseurs. Rien ne peut marcher si personne ne peut faire confiance à ceux qui détiennent le pouvoir de signer, d’engager la République. Certains auraient voulu que ceux qui ont perdu la confiance de la Représentation nationale ou du Chef de l’Etat puissent, d’eux-mêmes, rendre le tablier, à l’image du patriarche Gizenga ou de l’ancien président de l’Assemblée Nationale, Vital Kamerhe. Mais, tel ne semble pas le cas. Le Chef de l’Etat est ainsi invité à agir vite, de manière à rassurer tout le monde, surtout les investisseurs, qui ne peuvent négocier ni conclure des accords avec des gens dont ils savent qu’ils peuvent débarrasser le palier à tout instant. Même si le principe de la continuité de l’action de l’Etat est universel, en RDC, les mœurs politiques et administratives veulent que les nouveaux mandataires ou dépositaires du pouvoir d’Etat remettent en cause tout ou partie du travail de leurs prédécesseurs. Bref, il faut évacuer au plus vite ce climat de fin de règne, si l’on veut que le peuple se remette au travail.

Source : le Phare/Kinshasa