Refugies_kivuSi l’on en croit aux dernières statistiques sur les personnes déplacées depuis fin février, au Kivu, il y aurait au moins 800.000 déplacés internes. A cela s’ajoute la recrudescence de la violence. Il ne se passe plus un seul jour sans que l’on déplore la mort des personnes. Situation déjà soulevée par les évêques du Kivu dans leur dernière lettre épiscopale. L’on est pratiquement revenu à la période de décembre 2008, aux temps forts de la guerre « FARDC-CNDP ». Inquiétant.

La case continue à brûler. A en croire les informations en provenance de la région du Kivu, les groupes armés sont redevenus très actifs ces dernières semaines. Un véritable défi lancé à l’Opération Kimia II, menée conjointement par les FARDC et la MONUC. Tenez.

Il nous revient que le camp militaire Nkwenda aurait été brûlé par les FDLR. Durant la même période, à Nyamiringa, un Centre agricole important situé à 115 km de Goma, sur la route de Ishasa, poste frontalier avec l’Ouganda, près de 20.000 habitants ont déserté leur village. Ils fuient les exactions des groupes armés, non encore formellement identifiés, et qui ont pillé et brûlé leurs maisons.

A Kiwanja, quelques maisons du Rutshuru centre ont été pillées par des hommes en uniforme. Auparavant, ils avaient érigé une barrière à Bunyagula. Tous les véhicules, conducteurs de moto ont été systématiquement pillés.

Un semaine auparavant, on avait retrouvé les corps de dix jeunes tués par le FDLR, dans un élan vindicatif. Entre-temps, les champs de paysans de Rutshuru sont systématiquement pillés par des groupes armés sur leur passage avant de violer et de tuer de paisibles femmes. Toujours au niveau de Rutshuru, les tronçons Rutshuru- Kanyabayonga ; Kiwanja - Ishasa et Kiwanja - Bunangana sont devenus très dangereux à emprunter. Les véhicules qui s’engagent sur ces tronçons sont purement et simplement brûlés.

Dans la zone de Lubero, on parle de 80 maisons brûlées à Muhola, 36 à Bulofwa, 13 à Kinyondo, 10 à Kanyabayonga, 35 à Kaleghe. Dans le parc des Virunga, la confusion est totale. Outre le baraconnage, les actes de violence se soldent toujours par mort d’hommes. En plus du vol de motos et des véhicules brûlés. Un propriétaire de moto tué, son engin a été retrouvé à Nyanzale. Ces actes de violence devenus de plus en plus fréquents ont mis sur la route plus de 800.000 personnes, s’il faut s’en tenir à certaines statistiques des organismes chargés de porter assistance aux déplacés internes. Dans l’hypothèse où ces calculs sont exacts, il est un fait indéniable que l’on est rentré quasiment à la case départ. C’est-à-dire, à la période de décembre 2008, aux temps forts des combats entre les FARDC et le CNDP-Nkunda. Il y a de quoi interpeller le gouvernement pour des réactions appropriées.

NE PAS PERDRE LE CONTROLE

Devant la gravité de cette situation, Kinshasa est de nouveau interpellé. Il est vrai que des efforts ont été accomplis. Mais ce qui suscite de nombreuses interrogations, c’est de constater qu’à chaque fois une nouvelle initiative est prise, les exactions doublées de tueries se multiplient.

En effet, le comité de suivi de l’ Accord de Ihussi, entre le gouvernement et le CNDP est à pied d’œuvre. L’on enregistre des avancées significatives pour consolider les acquis du 23 mars.

Ensuite, le gouvernement, de commun accord avec la MONUC, a initié l’Opération Kimia II et Rudia pour nettoyer les dernières poches de résistance des forces négatives. Curieusement, c’est en ces instants précis que l’on assiste à la recrudescence des violences.

Il est important de creuser ce phénomène comme s’il existe des personnes qui ne veulent pas du tout que la paix revienne en RDC. Elles multiplient des contre actions pour décourager des personnes de bonne volonté avec comme finalité d’amener Kinshasa à perdre le contrôle de la province du Kivu. Son incapacité ainsi prouvée, d’autres initiatives machiavéliques feront le jour.

Il revient par conséquent à Kinshasa de se déculpabiliser en déjouant manifestement ce complot. C’est-à-dire, avoir effectivement le contrôle du déroulement total des opérations militaires, jusque dans les moindres détails. Réagir sans état d’âme en sanctionnant, s’il le faut ceux qui se hasarderont à perturber le processus d’un retour à une paix durable.

Parallèlement, prendre en compte les observations pertinents émises par certaines sensibilités, notamment la Conférence épiscopale des évêques du Congo, branche du Kivu. Et toujours dans le même élan, renforcer les dispositifs de réintégration et les capacités d’intervention de FARDC pour écarter toute frustration.

DES RISQUES D’INTERCONNEXION

Kinshasa est interpellé pour étouffer dans l’œuf toute tentative d’interconnexion des actions des groupes armés. Si aujourd’hui ces groupes armés réalisent que les FARDC et la MONUC ne disposent pas de forces dissuasives, rien ne les empêchera d’initier d’autres actions guerrières.

Or, si jamais cette connexion s’établissait, les groupes armés disposeront d’une grande capacité de nuisance et d’une puissance de feu pour tenter, c’est-à-dire une nouvelle guerre tant que les faiseurs de conflits n’ont pas décoché.

Voilà qui pourrait permettre à certains voisins directs de la RDC de sauter sur l’occasion et brandir une fois de plus, cette éternelle question sécuritaire. Ce sera un retour à la case départ. C’est-à-dire à 1998, avec toutes les conséquences que comporte une telle éventualité.

La RDC n’est pas encore sortie totalement de l’auberge. Il y a toujours péril en la demeure.

Source : le Potentiel /kinshasa