Kabila_drapeauDe l'avis de l'opinion kinoise, la dizaine de ministres qui, la semaine dernière, se sont succédés à la tribune de l'Assemblée nationale, ont lamentablement déçu. Cette opinion, en effet, est indignée par les réponses évasives et désinvoltes des uns et par la risible phraséologie, frisant l'intimidation, des autres. L'intimidation constitue toujours, on le sait bien, un refuge lorsque la force des arguments bat en retraite. Ainsi, à défaut de recourir à la force des muscles ou du chantage, elle use du mensonge. La semaine dernière, à l'Assemblée nationale, le mensonge a été effectivement au cœur d'une bonne partie de l'argumentation de nos ministres, dévoilant ainsi, si besoin en était encore, l'inexcellence de leurs excellences.

 

Il s'agit là, pour un gouvernement, dont le chef lui-même est dans l'œil du cyclone, d'un grand désastre qui, à notre avis, devrait donner des idées au président Kabila. En effet, lorsqu'une bonne partie de la classe échoue aux examens, se limiter, dans la recherche de causes, aux seuls élèves est insuffisant. Pour faire œuvre utile, il est bon, croyons-nous, de remonter à l'enseignant, au système d'enseignement et à la société qui a produit et ces acteurs et ce système.

Autrement dit, ce désastre du gouvernement n'est pas l'affaire des ministres seuls : la part de responsabilité de la société et du système politique congolais nous paraît être plus grande. A cet égard, chez nous, qui ne sait pas que pour, rapidement et facilement, égaler et surpasser le roi Crésus, il faut faire la politique ? Ici, les critères de recrutement et tout ensemble les chances de longévité sont clairs : un bon parapluie, une solide vocation d'aventurier, une habileté, tout aussi solide, à manger à tous les râteliers, à ne s'offusquer, en cas de vents contraires, de marcher sur des cadavres, une promptitude à changer de veste, à trahir…

Le système politique congolais ne bénit pas formellement tout cela, mais il ne le maudit pas non plus. Quant à elle, la société, dans sa tête, a toujours vigoureusement désapprouvé. Mais, dans son cœur, elle admire et fait l'éloge crânement des braves gens qui osent, qui voient loin et qui ne perdent pas leur temps. Ici encore, l'amour du travail bien fait ne vaut pas, aux yeux de beaucoup, une basse adulation ou une tentante enveloppe. La conclusion coule de source : chaque acteur politique gère son poste comme le cœur lui en dit. En conséquence, l'unique règle admise et qui fait l'harmonie au sein du système est la suivante : mettre à profit le jour présent, le carpe diem de Horace.

Présentement à Kinshasa comme dans le reste du pays, l'imminence d'un remaniement du gouvernement est sur toutes les lèvres. Les choses étant ce qu'elles sont aujourd'hui dans notre pays, il faut, à notre très humble avis, avant ce remaniement, un programme politique minimum d'urgence étalé sur les deux ans qui restent au présent quinquennat. Lequel programme doit tenir compte des enjeux de l'heure en s'efforçant d'apporter des réponses aux attentes actuelles du peuple congolais. Lequel programme doit, en outre, être mis en œuvre par des hommes et des femmes avisés. " La conduite des affaires publiques, dit Cicéron, met en œuvre la plus belle fonction de la sagesse, la plus grande leçon de l'expérience, le plus noble office de la vertu ".

Aussitôt après leur prise des fonctions, ces hommes et ces femmes devraient être regroupés dans un atelier où la quintessence dudit programme doit leur être expliquée. De façon que, rentrés dans leurs ministères respectifs, ils puissent élaborer et défendre, chacun, une planification d'actions relativement aux objectifs qui leur sont assignés. Trimestre après trimestre, cette planification sera évaluée par une équipe d'experts neutres. Etant entendu qu'au bout d'un semestre, il est possible de se faire une idée sur la prestation de chaque ministre et sur ses chances de continuer à faire partie de l'équipe gouvernementale. 2011, c'est demain matin.

Bien entendu, la planification est exigeante : elle n'admet point les improvisations, les imprécisions, les tâtonnements. Par nature, elle abhorre les demi-mesures, les demi-moyens, les interférences intempestives, inopportunes. Elle commande qu'on lui donne ce qu'elle demande, comme elle le demande et au moment où elle le demande. Richard Wurmbrand a dit : " Seuls les êtres intelligents- nous ajoutons volontaires, déterminés et disciplinés- " peuvent prendre des décisions conformes aux buts recherchés " (Jésus et les terroristes, 1996, p.70).

Source : l'Observateur/Kinshasa