bemba_grattantLe doute n’est plus permis. La libération de Jean-Pierre Bemba, président national du Mouvement pour la libération du Congo, MLC, n’interviendra qu’au terme du procès qui vient d’être initié à la Cour pénale internationale, CPI, à La Haye. Le verdict sera-t-il rendu avant les prochaines échéances électorales prévues en RDC en 2011 ? Rien n’est sûr. La participation de JP Bemba aux prochaines élections est donc devenue hypothétique. Sa carrière politique pourrait aussi prendre un coup.

La Chambre préliminaire II de la Cour pénale internationale, CPI, a confirmé lundi des charges portées par le Procureur, Luis O Campo contre Jean-Pierre Bemba. Arrêté le 24 mai 2008 à Bruxelles, en vertu d’un mandat d’arrêt délivré par la CPI, cinq accusations pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité ont été retenues à sa charge. Ces crimes ont été commis par la milice du MLC en République Centrafricaine en 2002-2003.

Si dans un premier temps les juges avaient estimé que les preuves n’étaient pas suffisantes pour l’inculper, ils avaient en même temps demandé au procureur d’apporter des éléments complémentaires. C’est au terme de cette procédure que « les juges ont conclu qu’il y avait des preuves suffisantes donnant des motifs substantiels de croire que Jean-Pierre Bemba est pénalement responsable pour avoir effectivement agi en qualité de chef militaire », souligne le communiqué de la CPI.

En vertu de cette décision, la présidence de la Cour procédera à la composition d’une chambre de première instance pour juger Jean-Pierre Bemba. Ainsi, pourra commencer ce procès sur la situation qui s’est passée en République Centrafricaine, laquelle concerne également l’ancien président de ce pays, Ange-Félix Patassé. Ce dernier, jusqu’à ce jour, n’a jamais été inquiété. Dire que c’est à la suite de son appel que Jean-Pierre Bemba avait envoyé les troupes du MLC en RCA afin de sauver son régime, jusque-là menacé par la rébellion de François Bozize, l’actuel chef de l’Etat centrafricain. D’ailleurs, les avocats de Bemba ont promis d’interjeter appel contre cette décision d’envoyer le président national du MLC en jugement.

Echéances 2011 et sa carrière politique

Laissons à la justice le soin de poursuivre son chemin en appréciant les avis des uns et des autres. Bien sûr que l’on empêchera pas ceux qui soutiennent la thèse qu’il « s’agirait d’un procès politique », et que la CPI ne intéresserait qu’aux dirigeants africains. Le plus intéressant dans l’immédiat est de s’interroger sur la suite de la carrière politique de Bemba par rapport aux échéances électorales de 2011.

En effet, la participation de JP Bemba devient évidemment hypothétique dans la mesure où l’on ne peut attendre sa libération qu’au terme d’un procès dont on ne connaît pas la date précise de la première audience. Et puisque l’on exigera que ce procès soit équitable pour que toute la lumière soit faite autour de ce qui s’est passé réellement en République Centrafricaine afin d’établir les responsabilités, la CPI ne s’y opposera pas. Elle donnera le temps aux temps. C’est-à-dire, après la constitution d’une chambre, convoquer le procès et entendre toutes les parties, y compris les témoins et les personnes-clés, à l’instar de Ange-Félix Patassé.

Quand on sait bien que l’ancien président libérien, Charles Taylor, est toujours en procès à La Haye, voilà plus de cinq ans, et que notre compatriote Thomas Lubanga se trouve dans les mêmes conditions que lui, le sort de Bemba ne sera certainement pas connu avant 2011. Or, c’est au courant de cette année que devront être organisées les prochaines élections générales. Donc, jusqu’à preuve du contraire, Jean-Pierre Bemba est non partant pour les scrutins de 2011

Cette absence aura une autre conséquence sur sa carrière politique. En effet, si Jean-Pierre Bemba n’est pas reconnu responsable des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, il sera libéré. Devant cette hypothèse, il pourra revenir sur le terrain politique et exprimer ses ambitions.

Mais si la justice le naît coupable, il devra encourir des peines lourdes. Ce qui va indubitablement influer, négativement s’entend, sur sa carrière politique. Elle risque d’être sérieusement compromise.

Le MLC et l’Opposition

Autres effets d’entraînement de cette nouvelle situation est de savoir comment le MLC a-t-il encaissé le coup et de quelle manière va-t-il le gérer. Il est vrai qu’au sein du MLC, l’on s’attendait à la libération, en ce mois de juin 2009, de son président national. Le MLC fondait son espoir sur la pertinence des arguments avancés par les avocats de Bemba, et surtout la première déclaration de la Chambre préliminaire sur « les preuves insuffisantes » présentées jusque là par le procureur de la CPI. Mais depuis lundi, il faut se résoudre à se rendre à l’évidence : Bemba ne sera pas libéré de sitôt. Le MLC devra continuer à apprendre à exister, comme c’est le cas depuis le 24 mai 2008, sans Bemba. Or, il y a des élections locales et ensuite celles générales de 2011.

Au plan des institutions, l’Opposition devra également s’imposer le même comportement de fonctionner sans Bemba. Pressenti comme le « chef de file de l’Opposition », Jean-Pierre Bemba n’endossera peut-être jamais cette casquette, du moins pendant cette législature. Son procès sonne en d’autres circonstances le début de la course vers ce poste au sein de l’Opposition. Ce qui ne manquera pas de provoquer un peu de l’animation, car ce ne sont pas les prétendants qui manquent.

Et au regard à des habitudes politiciennes de mise dans notre pays, l’on ne sera pas du tout surpris de voir la majorité s’intéresser de plus près à la gestion de cet aspect du problème.

Voilà un événement qui perturbera incontestablement les vacances parlementaires. Car la question de son immunité parlementaire qui a été jusque-là suspendue pourrait rebondir au Sénat.

source : le Potentiel/Kinshasa