Troupes_FARDCLa réforme de l’armée est à l’ordre du jour. La Belgique vient de donner son accord pour contribuer à la restructuration des FARDC. Auparavant, le commandement militaire des Etats-Unis pour l’Afrique, AFRICOM, avait déclaré sa disponibilité de doter la République démocratique du Congo d’une « armée professionnelle, performante et dissuasive ». Les impératifs sécuritaires, les enjeux économiques régionaux et internationaux doivent inciter le gouvernement à manifester réellement ses intentions d’accorder le bénéfice de l’urgence et de coordonner toutes les possibilités pour requinquer sans délai les FARDC.

Les ministres belge et congolais de la Défense, Pieter De Crem et Charles Mwando Nsimba ont signé mardi à Bruxelles un accord prolongeant le programme de partenariat militaire (PPM). Il s’agit de concrétiser la poursuite de l’encadrement d’un bataillon commando déjà formé par les instructeurs belges. « La partie belge finalisera à Kindu, chef-lieu de la province du Maniema, la formation du premier bataillon commando dès la fin de sa mise en place et accompagnera le suivi dès la mise en condition dans les domaines de l’entraînement, de l’administration et de la logistique en y déployant en permanence une équipe d’experts militaires », indique le texte de cet arrangement technique.

De son côté, lors d’un point de presse toujours à Bruxelles, le ministre Charles Mwando Nsimba a souligné que dans les 48 heures qui suivaient la signature de cet accord, c’est-à-dire à partir de ce jeudi 18 juin, « ce bataillon d’élite va bouger de Kananga, chef-lieu de la province du Kasaï Occidental, sa garnison actuelle, vers Kindu. Toutes les conditions majeures ont été remplies. Cela peut aller très vite ».

En fait, il existe bel et bien une convention militaire d’avril 2008 entre la RDC et la Belgique. Cette convention offre des opportunités à la RDC de parfaire la formation des officiers congolais à l’Ecole Royaume Militaire (ERM) de Bruxelles. Et dans ce cadre précis, l’accord consiste à mettre sur pied 12 bataillons d’intervention rapide dans la perspective de la création d’une « Force de réaction rapide » destinée à sécuriser le territoire national. Cette force sera dotée d’un armement collectif, des moyens de transport et de communication qui font encore défaut à la RDC.

LA DISPONIBILITE DE L’AFRICOM

S’il faut saluer cette relance de la coopération militaire entre la RDC et la Belgique, il convient également de saisir au bond cette proposition du Commandement militaire des Etats-Unis pour l’Afrique, AFRICOM. Lors de son dernier séjour à Kinshasa, le général William E. Ward, commandant de l’AFRICOM, s’était entretenu longuement avec les responsables politiques et militaires congolais. Il a été bien sûr question de la sécurité en Afrique, particulièrement dans la région des Grands Lacs, avec un accent sur la situation sécuritaire préoccupante en RDC. A ce propos, le général américain avait souligné que la « RDC avait besoin d’une armée professionnelle, performante et dissuasive ».

L’AFRICOM est bel et bien disposée à apporter sa contribution dans cette direction compte tenu des objectifs qu’il poursuit en Afrique. A savoir assurer la sécurité et la stabilité de l’Afrique, en ce sens que le continent africain constitue désormais la sécurité énergétique des USA ; aider à la formation des soldats de la paix en créant une « Armée africaine » ; fournir l’aide militaire aux Etats africains et s’impliquer dans la lutte contre le SIDA

L’AFRICOM qui est également engagé dans la guerre contre le terrorisme international prend en compte la géopolitique du pétrole pour sécuriser les approvisionnements américains par le Golfe de la Guinée en vue de réduire sa dépendance vis-à-vis des pays arabes. Ces objectifs de l’AFRIOCOM ne peuvent laisser la RDC indifférente. Il n’y a qu’à bien analyser les causes profondes des guerres d’agression contre le Congo. Elles ont pour motivation les enjeux économiques. Notamment le contrôle des minerais ; or, cuivre, coltan, diamant, nobium… Ajouter maintenant à ces matières premières le pétrole du Lac Albert, de la Cuvette centrale dans la province de l’Equateur, le gaz méthane du Lac Kivu. Sans une armée professionnelle, performante et dissuasive, la RDC deviendra une terre propice du terrorisme international et fertile pour les Etats parias.

COORDONNER TOUTES CES OPPORTUNITES

De tout ce qui précède, il revient aux plus hautes autorités congolaises de manifester réellement leur détermination à doter la RDC de cette armée redoutable. Il est inadmissible, depuis la signature des accords de Sun City, que cette question n’ait pu bénéficier des avancées significatives. Alors qu’il s’agit d’un domaine hypersensible et prioritaire qui relève de la souveraineté d’un Etat et des attributs de l’indépendance nationale.

Le mieux consisterait à avoir une approche globale, réaliste de la mise sur pied d’une véritable armée nationale et moderne. Eviter le saupoudrage des conventions militaires mais de les inscrire dans une stratégie de sécurité nationale. Les belges, Américains, Français, Chinois, Coréens, Sud-africains, Angolais… disposent incontestablement d’une expertise militaire. Mais tant que toutes ces opportunités ne seront nullement coordonnées pour des objectifs bien précis, la RDC ne disposera que des « groupes armés » et jamais d’une « armée réellement nationale et dissuasive ».

Source : le Potentiel/Kinshasa