Alors que le gouvernement prépare de grandioses manifestations à organiser à Goma dans le cadre de la célébration du 49ème anniversaire de l’indépendance de la RDC, des voix annoncent un « sentiment de méfiance entre la population et les troupes gouvernementales » impayées depuis près de six mois au Nord-Kivu. Les tirs de soldats « apparemment mécontents » sur une base de Casques bleus et les massacres de populations civiles par des FDLR imposent à Kinshasa des explications qu’elle tarde à fournir.

Dans un entretien téléphonique jeudi avec la journaliste Ghislaine Dupont de RFI sur la situation sécuritaire prévalant au Nord-Kivu, Mwami Willy Mishiki, chef coutumier du territoire de Walikale, a stigmatisé un « sentiment de méfiance » de la population à l’endroit des FARDC.

« Contrairement aux déclarations des officiels, la situation est en train de se détériorer davantage sur le terrain. Les FDLR commettent des massacres là où se trouvent les militaires des FARDC, créant ainsi un sentiment de méfiance entre la population locale et les troupes gouvernementales », a-t-il affirmé.

Lors du récent passage du ministre de la Défense et du patron de la Monuc dans le Kivu, des soldats se sont plaints de n’être « pas payés depuis cinq mois ».

D’autres, apparemment mécontents pour le même motif, ont tiré lundi vers 21h00 locales à Pinga vers une base de Casques bleus qui ont répliqué, sans faire de victime après avoir lancé des fusées éclairantes », a rapporté mercredi l’AFP citant le porte-parole militaire de la Monuc.

« Il n’y a eu ni mort ni blessé. Les hommes armés sont partis dans les collines environnantes où des coups de feu sporadiques ont été entendus toute la nuit », a précisé le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich. Signalant que « le commandement des FARDC nous a dit plus tard qu’ils avaient arrêté 27 soldats auteurs des coups de feu » contre la Monuc et que « le non paiement des soldats sur le front nous cause beaucoup de soucis ».

A l’heure où les FARDC sont engagées dans des opérations de traque des poches résiduelles des Forces démocratique de libération du Rwanda (FDLR) dispersées dans les forêts du Nord et du Sud-Kivu, la Monuc estime qu’« il faut résoudre ce problème d’une façon rapide ». Au besoin, il faut recourir « aux Rwandais, eux qui sont très intéressés », a-t-il dit.

«FORCE D’AUTODEFENSE»

Mwami Willy Mishiki n’en est pas à sa première dénonciation. A l’occasion d’une « marche de protestation » organisée le 1er juin 2009 à Goma par des originaires de Walikale (Nyanga et Lega) où se seraient repliés des rebelles hutu rwandais, il a « dénoncé l’incapacité» du gouvernement.

« Nous sommes venus pour dénoncer l’incapacité des autorités nationales à garantir la sécurité des personnes et des biens dans le territoire de Walikale. La population est abandonnée à son triste sort face aux FDLR qui contrôlent plus de 60% de notre territoire», avait-il accusé.

Alors qu’un mémorandum a été remis au gouverneur Julien Paluku à l’issue de la marche, Mishiki a révélé que les originaires de Walikale « sont déterminés à se prendre en charge » en se constituant en «Force d’autodéfense» avec l’aide des «Maï-Maï».

« C’est assez étrange de voir que les FDLR opèrent en toute liberté dans les contrées placées pourtant sous la surveillance des FARDC », s’est-il inquiété.

A la mi-février 2009, il a fait partie d’une délégation de chefs coutumiers du Nord et du Sud-Kivu qui ont « félicité », à Kinshasa, le président Joseph Kabila à la suite du « succès » de l’opération militaire «Umoja Wetu» menée conjointement par les FARDC et l’armée rwandaise contre les FDLR entre le 20 janvier et le 25 février 2009. Comment expliquer cette situation ?

Il nous revient qu’au même moment que ce compatriote interpelle à sa façon le gouvernement de Kinshasa, il s’observe des mouvements suspects au Nord-Kivu. Particulièrement dans les localités de Mushake, Bunagana qui serait contrôlées par le CNDP, et du côté de Walikale. Des rumeurs persistantes insinuent des préparatifs d’un mouvement de résistance qui pourrait perturber ou gêner le déroulement de l’opération militaire Kimia II. Faut-il établir un rapprochement entre cette initiative « de force d’auto-défense » à laquelle Mishiki fait allusion à ces rumeurs de plus en plus concordantes ? Tout est possible.

Toujours est-il que ces rumeurs qui évoquent des bruits de botte ont atteint le territoire de Masisi et au cours d’une dernière réunion avec la Monuc et les ONG qui sont sur place, cette situation aurait été évoquée. Ce qui expliquerait quelques mouvements suspects observés dans les camps des déplacés de Mugunga I et Kibati.

DES DEPUTES « COMPLICES » ?

L’Assemblée nationale est accusée d’être « complice » de la maffia, dénoncée le 31 janvier 2009 par le chef de l’Etat, qui entretient l’insécurité dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu.

« Le Bureau de l’Assemblée nationale a recouru à toutes sortes de subterfuges pour que le Premier ministre ne soit ni interpellé ni entendu par les députés sur la situation générale du pays et, surtout, sur l’insécurité qui prévaut dans les zones de guerre où des soldats en opération sont impayés depuis plusieurs mois », entendait-on dire dans les couloirs du Palais du peuple.

Car, explique-t-on, nul autre citoyen que le chef du gouvernement n’est en mesure de donner une réponse précise à la question relative au non paiement « depuis cinq mois » de la solde des militaires envoyés au front et la mise à disposition d’une logistique conséquente aux FARDC pour restaurer la paix dans l’Est du pays.

Des originaires de ces deux provinces en sont même arrivés à conclure qu’il faut « rechercher les complices de cette maffia au sein de l’Assemblée nationale ».

« Etant donné que beaucoup de tireurs de ficelles dans cette situation d’insécurité perpétrée par les FDLR au Nord-Kivu seraient aussi parmi les filles et fils de la province toujours actifs dans toutes les institutions et dont certains visent la balkanisation de la province », un député a suggéré la mise en place d’une commission inter institutionnelle.

« Elle rendrait compte ici comme ailleurs pour tirer une fois pour toutes cette situation au clair dans l’intérêt de la nation », espère-t-il. Mais, le Parlement étant en vacances, le Premier ministre devrait informer le peuple congolais par un message à la nation. Gravité de la situation oblige.

Source : Le Potentiel/Kinshasa