drapeauchineRencontre au sommet, vendredi, entre la Banque centrale du Congo et la Générale des carrières et des mines. Le gouverneur Jean-Claude Masangu et l’ADG Jean-Paul Fortin ont cherché à rassurer les agents de la Gécamines en grève depuis le début de la semaine. Le différend portant sur l’affectation des pas-de-porte chinois a fini par être aplani, a confirmé l’ADG. Les syndicalistes, eux, font le Saint Thomas, avant de lever le mot d’ordre de grève.

Ciblée nommément par les agents de la Générale des carrières et des mines (Gécamines) pour ce qu’ils considèrent comme un «refus» de libérer leur quotité dans le premier acompte des pas-de-porte versés par la Chine, la Banque centrale du Congo (BCC) n’avait plus aucune raison de prolonger le suspense. Elle a fini par sortir de son mutisme en convoquant, hier vendredi 19 juin à son siège social de la Gombe-Kinshasa, le comité de gestion de la Gécamines. En effet, depuis le déclenchement, en début de la semaine, d’un vaste mouvement d’arrêt de travail dans les principales installations de la Gécamines (au Katanga, à Kinshasa et à Matadi), l’Institut d’émission avait un honneur à protéger.

A l’issue de la rencontre entre la BCC, représentée par le gouverneur Jean-Claude Masangu Mulongo, et la Gécamines, conduite par son administrateur délégué général, Paul Fortin, un compromis se serait dégagé, laissant apparaître des éclaircies entre les nuages. Assistait également à cette réunion le directeur de cabinet du ministre des Mines, Me Alexis Mikandji. MALENTENDUS DISSIPES Au terme de l’entretien, qui a eu pour cadre le cabinet du gouverneur de la BCC, Paul Fortin a été le premier à en rendre compte à la presse. «Les nouvelles sont excellentes», lance-t-il, pour désamorcer la colère des agents et cadres de l’entreprise minière. Symptomatique est le spectacle insolite que le personnel de Kinshasa a improvisé à l’entrée de l’immeuble de la Gécamines. Il consistait en un ensemble musical dénommé «Manzanza Jazz» destiné à faire entendre la voix des agents Gécamines en grève, sur fond d’un décor tout aussi étrange (un cercueil et des palmes en signe de deuil). Plus rationnel qu’émotif, Paul Fortin relativise la situation. A l’entendre parler, il croit au dénouement de la grève. «Nous sommes très heureux d’avoir bénéficié de l’appui de la Banque centrale, sans lequel l’opération ne se serait pas déroulée sans heurts ». Paul Fortin exprime des «remerciements publics» à la BCC pour tous les services rendus à la Gécamines. Belle évolution quand on imagine que, quelques heures plutôt, les travailleurs de la Gecamines avaient mis à prix la tête du gouverneur de la Banque centrale du Congo s’ils n’entraient pas en possession de leurs 50 millions USD représentant les pas-de-porte des contrats sino-congolais. Ragaillardi par des propos le disculpant de toute ingérence dans les procédures de paiement des fonds dus à la Gécamines, le gouverneur de la BCC s’engouffre dans la brèche. «L’argent sera disponible dès ce lundi (Ndlr : 22 juin 2009)».

Pour les plus sceptiques, il relance : «Ce sont des fonds de la Gécamines. Dès lors que la Gécamines instruit la Banque, la Banque s’exécute. Personne ne peut interférer dans la procédure». Selon le gouverneur Masangu, il n’y a donc eu aucune volonté délibérée de qui que ce soit pour déposséder la Gécamines de son droit. Il y a eu, note-t-il, juste un «problème des procédures pour s’assurer que les fonds étaient suffisamment sécurisés et mis à l’abri des Fonds vautours», avant leur transfert à la Gécamines.

PRUDENCE DES SYNDICATS

Le gouverneur de la BCC a parlé. L’ADG de la Gécamines a confirmé ses propos. Mais, les syndicalistes de la Gécamines demeurent prudents. Comme Saint Thomas, ils veulent du concret pour adhérer aux conclusions de la rencontre du vendredi 19 juin.

«La grève continuera jusqu’à ce que Paul Fortin vienne nous faire part des résultats des concertations qu’il a eues avec le gouverneur de la BCC. Tant que ce ne sera pas le cas, nous supposons ne pas être informés de ce compromis», a fait savoir Louis Bobozo Tshibaka. Ce délégué syndical principal de la Gécamines pour Kinshasa et Matadi a été interviewé dans son bureau du 8ème niveau de l’immeuble de la Gécamines sur le boulevard du 30 Juin.

«Il y a des questions qui méritent éclaircissement avant de lever définitivement le mot d’ordre de grève», a-t-il ajouté, regrettant dans la foulée l’exclusion des syndicats de la rencontre du 19 juin. «Pourquoi nous a-t-on exclus ? Est-ce pour dissimuler certaines vérités ?», s’est-il interrogé.

Révolté, il a enchaîné : «Nous avons été informés, comme tout le monde, de ce compromis par la voie de la Radio Okapi. Comment donner un quelconque crédit à une telle information ? Le seul homme capable de nous rassurer pour l’instant que les fonds ont été réellement mis à la disposition de la Gécamines est M. Paul Fortin. Nous voulons l’entendre avant toute autre disposition».

En clair, l’épilogue du mouvement de grève qui sévit à la Gécamines n’est pas encore conclu. Pour l’instant, le «bal public» qui se tient à l’entrée principale de l’immeuble de la Gécamines se poursuit, jusqu’à ce que soit levé le moindre doute sur les 50 millions USD de la Gécamines, dont la source dans les pas-de-porte chinois.

Il faut dire que le partenariat qui unit la RDC et la Chine est d’un type nouveau. Conclu pour 9,2 milliards USD, le joint venture prévoit que les entreprises chinoises amènent des fonds, tandis qu’en contrepartie la RDC leur cède, pour exploitation, des gisements non encore attribués de la Gécamines.

Les gisements mis en jeu recèlent, en termes des réserves prouvées, plus de 10 millions de tonnes de cuivre et 620.000 tonnes de cobalt. Le montage financier de ce projet minier prévoit le versement par la partie chinoise de 350 millions Usd de pas-de-porte, dont 100 revenant à la Gécamines en tant que détenteur des titres sur les gisements concédés.

Source : le Potentiel/Kinshasa