MuzitoPlusieurs analystes et commentateurs ont récemment parié sur l’imminence du divorce au sein du couple Kabila-Muzito. Des arguments n’ont pas manqué pour justifier cette sorte de fatalité qui veut qu’aussitôt installé, chaque chef de gouvernement fasse l’objet d’attaques et d’accusations les plus inimaginables pour le pousser vers la porte de sortie. Sans nécessairement en mesurer l’impact sur l’avenir de la coalition et l’obligation pour chacune de ses composantes d’inventer de nouvelles raisons de la consolider au moment où le pays aborde le dernier virage de la législature. Certes, la tempête semble être passée. Il n’en reste pas moins vrai que la meilleure façon pour le Premier Ministre de tordre le cou à la rumeur et de consolider sa position est de garder le cap, mais aussi et surtout d’aller encore plus loin dans sa volonté de convaincre par les résultats. Au fur et à mesure que les échéances de la fin du mandat se rapprochent, nombreux sont, au sein de la coalition, qui s’inquiètent effectivement pour leur avenir. Et qui sont tentés par une sorte de baroud d’honneur susceptible de les armer, financièrement, pour affronter les incertitudes de l’avenir. Rien, pourtant, n’indique que les calculs politiques laborieusement mis en chantier donneront les résultats qu’on en attend. Il y a eu, en effet, des signes qui ne trompent pas. L’affaire Kamerhe a brillamment démontré que la coalition n’était pas toujours à l’abri d’une bourrasque qui pourrait faire s’écrouler l’édifice. Des élus ont notamment dit, à haute et intelligible voix, tout le mal qu’ils continuent de penser d’une coalition qui n’admettrait pas le débat et la contradiction en son sein. Et qui serait dirigée de la manière la plus opaque qui soit, sur base des ressorts invisibles qui sont autant d’occasions de frustrations.

L’échange épistolaire du mois de mai entre le Président de la République et le Premier Ministre sur la maîtrise des dépenses est évidemment venu surajouter à la polémique. L’occasion était trop belle, pour certains, de crier au retrait de la confiance et à la violation de la constitution, s’ils n’ont pas, tout simplement, appelé le Premier Ministre à rendre le tablier. Même le revirement opéré par l’AMP qui s’est étonnée publiquement de l’interprétation donnée à la lettre du Président de la République n’a pas suffi pour freiner l’élan de ceux qui sont convenus que le feu est dans la maison, allant jusqu’à conclure – contre mauvaise fortune bon cœur – que ce n’était que partie remise. Un peu comme si la déstabilisation permanente était le seul mode de fonctionnement des institutions en RDC. Amplifier les résultats Il n’y a évidemment qu’une seule façon d’interpréter cette lecture des faits : Adolphe Muzito fera encore l’objet de nouvelles attaques, amplifiées par une crise financière qui frappe durement toutes les bourses et par les rapports des vacances parlementaires durant lesquelles les populations auront dit leur fait aux élus. Ceux-ci n’auront alors pour seul choix que de désigner un bouc émissaire. A la limite, ce serait de bonne guerre, d’autant plus que chacun des acteurs politiques de notre pays n’obéit plus aujourd’hui qu’à une seule règle, à savoir chacun pour soi, et ne cherche plus qu’à survivre sur une scène politique aux allures de jungle, où seule triomphe la loi du plus fort. Face à un rendez-vous qui s’annonce dramatique, Adolphe Muzito n’a donc pas d’autre choix que d’aller plus loin dans les résultats déjà obtenus dans le cadre de la mission assignée par le Chef de l’Etat à son gouvernement. Des résultats qui parlent d’eux-mêmes. Notamment cette paix arrachée dans l’Est avec la fin de la guerre du CNDP, et qui n’est plus troublée que par les exactions des Fdlr et de certains éléments indisciplinés des Fardc. Il y a aussi le vaste chantier de la réhabilitation des routes qui a démarré dans la capitale et qui va se poursuivre avec l’envoi de plusieurs engins lourds dans les provinces, à l’instar de celles du Bandundu et du Kasaï Oriental qui ont fêté les leurs la semaine dernière, en attendant la relance des contrats chinois au regard des observations pertinentes faites par le FMI. Autre résultat : la réforme des entreprises publiques qui va désormais s’opérer avec la participation des syndicats, gage de la paix sociale et garantie supplémentaire pour la sauvegarde de l’emploi, l’un des principaux chantiers de la République. Mais c’est sur le chapitre de la reprise de la coopération avec les partenaires multilatéraux que le gouvernement Muzito devra convaincre. Tous les observateurs sérieux savent que les rencontres du mois de mai entre le Président de la République et le Premier Ministre n’avaient qu’un seul objectif, loin de toute polémique : mettre en place un cadre cohérent de stabilisation, harmoniser les points de vue sur les contrats chinois et les termes majeurs de la bonne gouvernance, dans le but d’arracher dès ce mois de juillet le premier programme avec le Fonds monétaire international depuis 2006, programme dont on attend l’octroi d’une aide de 700 millions de dollars sur trois ans en termes d’appui budgétaire et de soutien à la balance des paiements. En toile de fond, le gouvernement donnerait ainsi un signal clair et fort sur son engagement à poursuivre inlassablement l’objectif du point d’achèvement de l’Initiative PPTE, dont la RDC attend, in fine, l’allégement de près de 80 pour cent d’une dette extérieure qui plombe tant ses efforts visant la relance de la croissance.

Source : le Phare/Kinshasa