ArgentDeux rapports financés par Afrimap (Africa Governance Monitoring and Advocacy Project ) et Osisa (Open Society Institute for Southern Africa), publiés sous formes d’ouvrages ayant pour cibles les domaines de l’Education et de la Justice militaire en RDC, ont été présentés officiellement hier soir dans la salle Salonga de l’Hôtel Memling. Dans leurs messages à l’assistance composée de ministres, sénateurs, députés, professeurs, juristes civils comme m ilitaires, de professionnels des médias ainsi que des invités venus d’Angola, du Zimbabwe et du Swaziland, la Directrice Exécutive d’Osisa, Sisonke Msimang, et le Directeur/Afrique d’AfriMap, Ozias Tngwarara, ont souligné la volonté de leurs organisations de promouvoir la démocratie, la bonne gouvernance, la justice, les droits de l’homme à travers le continent. Ils ont salué le diagnostic des chercheurs congolais sur l’éducation et la justice militaire. Après le mot d’introduction du Directeur de Programme Osisa/RDC, Hubert Tshiswaka, un état des lieux sombres du système éducatif congolais et de la justice militaire ainsi que des pistes de solutions, ont été synthétisés par le professeur Gratien Mokonzi de l’Université de Kisangani, qui a conduit les travaux relatifs au secteur éducatif et Roger Mvita, coordonnateur de l’Afrimap/RDC, qui a participé à la réalisation de l’étude sur la justice militaire, pilotée par Marcel Wetsh ‘Okonda Koso, empêché. Dans un commentaire à chaud, le sénateur Jacques Ndjoli a relevé que la justice militaire fait les frais de l’Etat répressif hérité de la colonisation, renforcé par la dictature de Mobutu et qui continue de nous coller à la peau trois ans après les élections de 2006. A son avis, tant que le pouvoir judiciaire sera au service des hommes au pouvoir, la réforme de la justice globale et militaire en particulier serait sans effet. Pour ce qui est du système éducatif, le Secrétaire général à la retraite Joseph Kiabila a prévenu que si rien n’est fait pour rectifier le tir, l’avenir collectif est hypothéqué.

5 milliards de taxes minières en souffrance au Katanga Intervenant sur le thème « l’état des institutions démocratiques en RDC », le professeur Lunda Bululu, sénateur, a rappelé avoir rendu le tablier sous Mobutu dès qu’il s’est rendu compte qu’il était plus en phase avec lui pour la gestion de la République. Quant à son adhésion à la logique de la prise des armes au sein du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie), c’était pour combattre les dérives dictatoriales de Laurent-Désiré Kabila. Déçu par la mauvaise gestion des affaires publiques au sein de la rébellion parrainée par le Rwanda, il avait tourné casaque pour le MLC, avec lequel il avait cheminé jusqu’au Dialogue Intercongolais puis au régime 1+4. Expliquant la descente aux enfers de la RDC de Mobutu à ce jour, Lunda Bululu l’impute à l’homme congolais, qui n’a jamais changé. Attendue depuis belle lurette dans le carré des puissances économiques, le Congo démocratique est incapable de relever ce défi. Parlant de la faiblesse du Budget National, notre sénateur a révélé que si le Code Minier était appliqué correctement, l’Etat Congolais récolterait chaque année, depuis 2002, au moins 5 milliards de dollars américains, en termes de taxes minières, rien que dans la province du Katanga. Au lieu de s’organiser pour ramasser cet argent qui traîne entre les mains des opérateurs miniers, a-t-il déploré, nos gouvernants préfèrent courir après les milliards insaisissables des Chinois. « Le pays court très vite non pas pour avancer mais pour reculer… », s’est-il plaint avant de laisser le soin au peuple de juger son mandat d’ancien Premier ministre, de 1990 à 1991. Mayobo et la théorie de « l’optimisation avec minimalisation » Godefroid Mayobo, cadre du Palu et ancien Ministre d’Etat près le Premier ministre, a tenu à souligner qu’il intervenait à titre personnel. A son avis, le pouvoir judiciaire, qui aurait dû être un des piliers de notre démocratie, souffre de son instrumentalisation, depuis l’aube de l’indépendance, par des « putschistes » qui n’ont pu être neutralisés qu’en 1997. La situation actuelle de la RDC, dans tous les domaines, découle de la mauvaise gouvernance, de la dictature et de l’inversion de valeur dont les causes remontent loin dans le passé. Depuis l’arrivée aux affaires du Palu, en partenariat avec l’AMP, il y a eu des avancées politiques (libertés individuelles, cohabitation non conflictuelle entre le pouvoir et l’opposition) et économiques. La politique du gouvernement actuel de gérer autrement le pays avec peu de moyens, qu’il a résumé par la formule de « l’optimisation avec minimalisation », rappelant au passage sa formation d’ingénieur civil, esclave du pragmatisme. Marie Madeleine Kalala, avocate de profession et ancien ministre des Droits Humains, a noté comme principale faiblesse de l’appareil judiciaire congolais en général et de la justice militaire congolaise son incapacité à sanctionner les « puissants ». Ce sont les plus faibles qui continuent d’être traqués. En conséquence, tant que la justice sera l’otage des bourgeois et des hommes au pouvoir, les institutions dites démocratiques vont continuer de fonctionner, mais sans résultat. Me Jean Mbuyu, professeur de droit, sénateur et ancien patron de la sécurité, a indiqué que la justice militaire souffre du retard pris par le Parlement dans l’examen des textes devant consacrer la réforme de l’ensemble de notre pouvoir judiciaire. Mais, il a prévenu qu’il ne suffit pas de formaliser pour régler tous les problèmes. Encore faut-il avoir des acteurs capables d’assumer les outils de la réforme. D’où, de son point de vue, l’on ne devrait pas se précipiter à exiger des changements immédiats. En réponse au débat concernant le recul de la RDC, il est de ceux qui pensent qu’économiquement, le pays est passé d’une croissance négative à celle située entre 6 et 7 %, que les élections ont beaucoup apporté, notamment la présence de toutes les sensibilités politiques au sein des institutions de la République, le débat public sur la marche de l’Etat, etc. Il a terminé par un message d’espoir pour l’émergence d’un Congo nouveau, avec la contribution de toutes les forces vives.

Source : le Phare/Kinshasa