Fdlr_reunionToutes les tentatives engagées par la République Démocratique du Congo pour mettre fin au phénomène Fdlr ne donneront pas de résultats tangibles sans une solution politique à même de faire la distinction entre les dirigeants et les simples combattants. Cette analyse faite par l’ONG International Crisis Group est largement partagée par un certain nombre de leaders communautaires dans les provinces du Kivu. La principale observation qui se dégage de la situation actuelle dans l’Est de la RDC est que l’offensive contre les Fdlr, largement soutenue par la Mission de l’ONU en RDC, produit plutôt des effets pervers avec l’aggravation des conditions de vie des populations civiles à la suite des représailles que les rebelles hutu rwandais exercent sur les villageois dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. D’où la nécessité pour la RDC comme pour le Rwanda de mettre en place un mécanisme pacifique à même de pousser les rebelles à quitter leurs bases dans la forêt.

Ce point de vue est notamment partagé par Guillaume Lacaille, analyste à l’ICG. Ce dernier persiste et signe : l’option militaire est vouée à l’échec. A moins, nuance-t-il, que les autorités de Kinshasa ainsi que la Mission de maintien de la paix de l’ONU développent une nouvelle stratégie. Autrement, « ils seront assis en train de regarder les populations civiles se faire massacrer ». Rappelons que le gouvernement congolais est engagé depuis plusieurs semaines dans une nouvelle offensive destinée à déloger les Fdlr, dont certains dirigeants sont accusés d’avoir participé au génocide de 1994 au Rwanda. Des analystes ont à cet effet abondamment souligné le fait que c’est la présence de ces Fdlr dans l’Est de la RDC qui est la principale cause du cycle de violence qui sévit dans cette partie du territoire national depuis plus d’une décennie, avec un bilan macabre de 5 millions de personnes tuées. Pour Guillaume Lacaille, au moment où la plupart des dirigeants des Fdlr font visiblement de la résistance, des garanties sécuritaires offertes à des officiers subalternes pourraient conduire ces derniers à abandonner leurs cachettes dans la jungle, où ils tirent d’énormes profits de l’exploitation des mines d’or et d’étain, ainsi que des taxes qu’ils imposent aux villageois. Selon Alexis Kalinda, leader d’un groupe ethnique Nyanga, le principal obstacle à la paix dans la partie Est de la RDC est le Président rwandais Paul Kagame qui persiste dans son refus de tout dialogue avec les Fdlr susceptible de les pousser au désarmement. « Le Rwanda doit leur fournir des garanties », explique-t-il, insistant au passage sur le fait que Kigali a besoin d’un compromis convaincant et durable. « C’est la seule façon d’amener la paix au Congo. Nos populations sont en train de mourir à cause de leur guerre », martèle-t-il. Allant dans le même sens, le directeur pays de l’ONG britannique Oxfam, Marcel Stoessel, confirme que « la situation humanitaire est bien pire que l’année dernière ». En guise de réponse à toutes ces propositions, le Rwanda s’est jusqu’à présent opposé à toute négociation avec ceux qu’il considère comme les principaux responsables du génocide de 1994. Ce qui a fait dire une nouvelle fois à Guillaume Lacaille qu’en tout état de cause, la négociation serait difficile du fait qu’en plus de l’attrait du produit de toutes sortes de trafics auxquels ils s’adonnent dans les zones sous leur contrôle, les rebelles hutus rwandais redoutent davantage les poursuites auxquelles ils s’exposeraient en cas de retour sans garantie dans leur pays.

Source : le Phare/Kinshasa