le dernier déficit du compte général du Trésor au 21 juillet 2009, soit 30 milliards de Francs congolais, équivalent de plus de 38 millions Usd, justifierait la résurgence des tensions sur le marché des changes. Ainsi, sans répondant en politique budgétaire, responsabilité du gouvernement, les interventions de la Banque centrale du Congo seront vaines pour garantir la stabilité du niveau général des prix. Décidément, la monnaie nationale est dans l’œil du cyclone.

L’accalmie n’aura été que de courte durée sur le marché des changes. Le Franc congolais, très revigoré à la suite de nombreuses interventions par vente des devises à la Banque centrale du Congo, a perdu les pédales. C’est désormais le « roi dollar » qui rythme la cadence. En parallèle, le marché des changes s’est clôturé hier lundi à 810 Fc le Franc congolais contre le dollar américain. Même si la Banque centrale du Congo dans ses relevés des opérations en devises minimise les faits en évoquant un taux à la clôture de 776 Fc/Usd, la situation est bien explosive sur le marché des changes.

Cette remontée du dollar américain face à la monnaie nationale démontre que les récentes interventions de la Banque centrale du Congo par vente de devises aux banques commerciales par voie d’adjudication – soit près de 62 millions Usd depuis janvier 2009 – n’ont pas eu d’effet sur les variables déterminantes du marché. Si ce n’est pas un camouflet à la hargne de la BCC de vaincre les vieux démons du marché des changes, on n’est cependant pas loin d’une telle réalité.

Il est, certes, vrai que la panique ne s’est pas emparée du marché des changes. Mais, les inquiétudes sont bien lisibles tant le fossé de l’incertitude s’agrandit au fil des jours. A la Banque centrale du Congo, l’on ne s’agite pas outre mesure.

Toutefois, des interrogations fusent de partout. Que s’est-il donc passé pour qu’en plus de huit interventions sur le marché, l’on ne se soit pas aligné aux prévisions de l’Institut d’émission ?

DES EMISSIONS SANS CONTREPARTIE

Il nous revient, selon les premières investigations, c’est du côté du gouvernement que se trouverait l’épicentre du déséquilibre qui affecte aujourd’hui le marché des changes. En effet, les festivités du 30 juin 2009, à travers sûrement des « dépenses de souveraineté », ont fini par produire des effets, des dommages collatéraux que ni la Banque centrale du Congo ni le Gouvernement ne peuvent gérer à ce jour. L’onde de choc s’est très vite ressentie sur le marché des changes, créant la panique sur un marché qui s’équilibrait au fil des interventions de la Banque centrale.

La principale cause de la dérive serait, note-t-on, l’important déficit enregistré sur le compte général du Trésor au 30 juin 2009, soit 27 milliards de Francs congolais, équivalent à plus de 35 millions de dollars américains au cours moyen de 770 Fc/Usd. Au 21 juillet 2009, ce déficit s’est encore alourdi de trois milliards, atteignant ainsi le chiffre record de 30 milliards de Francs congolais, soit l’équivalent en dollars américains de plus de 38 millions Usd.

Serait-ce alors un fait délibéré de ceux qui tiennent les manettes du compte général du Trésor ou un acte isolé à mettre sur le compte des charges et pertes diverses du gouvernement ? L’opinion s’interroge.

Et, le doute est de plus ravivé à la souvenance aux deux dernières correspondances du président de la République, agissant par son directeur cabinet interposé, au Premier ministre.

Dans sa première lettre, dite « note d’instruction », le directeur de cabinet du président plaçait sans le dire ouvertement le Premier ministre sous « surveillance financière » pour, notait-il, « endiguer à très court terme, les dérapages substantiels et répétés des finances publiques et de la monnaie nationale, observés au cours de derniers mois… ».

De ce fait, le président de la République conditionnait tout ordonnancement des dépenses publiques à son autorisation préalable, se rendant, par conséquent responsable de la gestion des finances de l’Etat. A ce sujet, son directeur de cabinet précisait que « désormais, tout ordonnancement des dépenses publiques devra, avant paiement, requérir l’autorisation préalable de son Excellence Monsieur le Président de la République ». « Il en est de même, a-t-il renchéri, des plans de trésorerie mensuels ». Cette note d’instruction a-t-elle été respectée ? Dans l’hypothèse d’une réponse affirmative, comment expliquer ce dérapage monétaire ?

Dans sa seconde lettre, le président la République s’adressant aux présidents du Sénat, de l’Assemblée nationale et au Premier ministre, leur demandait de s’impliquer dans sa démarche pour juguler et arrêter l’hémorragie financière au regard des fléaux qui rongent la société congolaise. Au vu de ce constat négatif, la lutte contre la corruption, la gabegie financière ne se limiterait qu’au simple effet d’annonce.

Le renversement des tendances sur le marché des changes repose la récurrente question de coordination des actions entre la Banque centrale du Congo et le gouvernement sur la gestion de la monnaie. Si pour la première, son rôle se limite, par l’administration d’une politique monétaire prudente, à la recherche permanente de la stabilité du niveau général des prix, son action ne peut nullement se dissocier du comportement du gouvernement, principal acteur de l’arme budgétaire.

RETABLIR LA COORDINATION BCC-GOUVERNEMENT

Aujourd’hui, il est établi que cette coordination fait cruellement défaut. Chacun, en l’occurrence la Banque centrale du Congo et le gouvernement, actionne les commandes de la politique monétaire ou budgétaire, sans se soucier des effets induits dans l’une ou l’autre. Avec les mauvais signaux enregistrés sur le marché des changes, l’on note déjà de graves signes d’essoufflement des actions initiées par la Banque centrale pour corriger le probable déséquilibre entre l’offre et la demande des devises sur le marché des changes. En se servant de la politique monétaire via le Billet de trésorerie ou, comme il en est le cas depuis début janvier, de la politique de change par vente de devises aux banques commerciales, l’Institut d’émission se retrouve avec des marges de manœuvre fortement réduites. La seule issue pour sauver la monnaie nationale d’une éventuelle dérive est d’inviter le gouvernement à une réelle orthodoxie dans la gestion des finances.

De tout temps, les études ont démontré que les finances publiques demeurent le ventre mou de l’économie. Car c’est d’elles que proviennent le déséquilibre qui prennent corps dans différents déséquilibres observés sur le marché des changes, avant de s’étendre, en cas de relâchement, sur l’ensemble de l’économie réelle. Il n’est pas trop tard, pense-t-on, pour l’un ou l’autre – Banque centrale ou gouvernement – de se ressaisir.

A l’approche d’une probable conclusion d’un nouvel accord formel avec le Fonds monétaire international au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance, le Gouvernement n’a pas droit à l’erreur. Tout comportement aux relents déstabilisateurs des équilibres fragiles du cadre macro-économique doit inéluctablement être banni pour ne pas obstruer la voie qui mène la RDC vers le point d’achèvement de l’Initiative d’annulation de la dette en faveur des pays pauvres très endettés. Au bout du tunnel, c’est près de 10 milliards Usd de dette extérieure de la RDC qui serait annulée. N’est-ce pas une véritable aubaine pour les cinq chantiers de la République ?

Autant redoubler d’efforts et annihiler toute pesanteur sur l’échelle de décisions en vue de garantir l’atteinte du point d’achèvement.