On croyait la valse arrêtée. La classe politique congolaise regorge déjà de plus de deux cent cinquante partis et regroupements politiques dont le fonctionnement et l’impact sur la vie démocratique nationale ne sont pas toujours évidents.

Un recensement récent a même montré qu’en réalité, à peine une vingtaine sont réellement opérationnels, qu’ils aient ou pas d’élus au niveau de l’institution parlementaire. Mais qu’à cela ne tienne : la détermination des hommes politiques congolais à se faire constamment présents sur la scène politique n’est pas encore au bout de la piste.

On ne devrait d’ailleurs pas se plaindre : telle est l’expression de la liberté d’opinion et d’association reconnue par la Constitution. D’ici 2011, il n’est donc pas étonnant que d’autres formations politiques voient le jour.

C’est dans ce contexte qu’un nouveau parti politique est en train de naître dans le creuset de quelques idées fortes et absolument nouvelles : Forces démocratiques nouvelles, Fodénel. Les parrains : un groupe de compatriotes, intellectuels, cadres et étudiants, parmi lesquels on trouve les noms d’Essanga Tolongo, recteur de Bel Campus ; Kambayi Bwatsia, Emomo, Ngwesya, professeurs ; Masegabio Nzanzu et Chirhalwira, anciens sénateurs ; Mwamba Kazadi, avocat, et bien d’autres qui préfèrent ne pas apparaître, à ce stade. Leur ambition : « opérer une régénération de la société congolaise». Par quels miracles ? En « réinventant …une novelle race d’hommes, une nouvelle classe politique… »

Tout de suite, on serait tenté de dire : «Bravo» ! N’est-ce pas l’idéal que poursuivent nombre de penseurs et d’analystes politiques ? Puisqu’il faut du vin nouveau, pour paraphraser la Bible, il faut également de «nouvelles outres». On ne saurait bâtir une nouvelle société débarrassée des anti-valeurs décriées depuis des décennies sans opérer un changement qualitatif de la classe politique, ou mieux, de la société, parce que « tous nous avons péché », comme le proclame une disposition de la Charte de ce parti.

Le changement dont il est question ici n’est pas une simple opération pour écarter la classe politique en fonction depuis quelques années pour la remplacer par des jeunes «bleus » fraîchement sortis des études et donc sans expérience, mais d’une véritable «régénération» de l’homme congolais, radicale, mentale, psychologique et même spirituelle. Cela est perceptible entre les lignes.

La tâche s’annonce difficile, surtout qu’il s’agit d’un grand idéal. Justement, est-ce que ce n’est pas cela qui manque dans le chef de nos hommes politiques ? L’idéal. Les « fondateurs » eux-mêmes se montrent confiants.

La rédaction du journal Le Potentiel est allée à la rencontre de celui qui en est le porte-parole, M. Masegabio Nzanzu, dont nous avons annoncé il y a quelque temps la démission « en douceur » du Parti MLC. Reconnaissants une certaine originalité dans le fait de rendre d’abord publics un «manifeste» et une « charte» comme déclaration fondamentale, nous avons demandé à notre interlocuteur les raisons de cette démarche. « Cela peut paraître en effet atypique. Mais c’est comme cela qu’on devrait en principe procéder. Toutes les formations ou associations qui existent publient d’abord des statuts, qui sont de simples textes classiques de structuration », répond Masegabio Nzanzu. «Nous préférons, ajoute-t-il respecter le principe qui veut que ce soit « ceux qui se ressemblent qui s’assemblent ».

Or quel est le lieu de « ressemblance » entre membres d’un parti politique ? C’est la pensée, l’idéologie, la vision commune. Il fallait donc un « manifeste ». Il fallait et il faut d’abord se mettre d’accord sur ces principes-là pour ensuite se rassembler et se structurer ». « La cooptation ou l’adhésion sur des bases ethniques, tribales, ou « coteriques » sont à nos yeux des antivaleurs à extirper de nos mœurs autant que le tribalisme, l’immoralité politique, la corruption, etc », affirme Philippe Masegabio.

Et de poursuivre : «Ensuite il y a une «charte» ou si vous voulez, notre «déclaration fondamentale». Ce texte très élaboré met en exergue nos idées-forces qui forment le «fondement» de nos convictions et qui proclament les valeurs auxquelles nous adhérons librement ». Celui ou celle qui vient nous rejoindre, précise-t-il, doit savoir, à l’avance, quels sont les principes de base de notre foi politique, quelles obligations sont les siennes et ce que le parti attend de lui, au lieu d’improviser, comme on le voit souvent dans beaucoup de partis, une démarche circonstancielle dépendante de la bonne humeur ou de la mauvaise humeur d’un seul «fondateur» ou de ses amis».

Chez nous, avertit Masegabio Nzanzu, l’appréciation et la cotation des membres vont devoir se faire sur la seule base de la valeur intrinsèque du membre, de sa performance, et non, sentimentalement ou épidermiquement, «à la tête du client», comme on dit. Ici on bannit l’exclusion faite abusivement, en séparant la société par des préjugés.

Il n’y aura pas, au sein de Fodénel, des membres «présumés bons» et d’autres «présumés mauvais», des mobutistes ou des non-mobutises, des kabilistes ou des non-kabilistes. Tout le monde est perfectible ; chacun peut s’amender, devenir meilleur, à condition d’en donner la preuve….

A la question de savoir où se situe la ligne du parti, à gauche ou à droite, dans la mouvance présidentielle AMP ou dans l’opposition, Masegabio répond : «Cette question ne nous intéresse pas, de prime abord. Le parti accepte tous ceux qui veulent venir. C’est le débat idéologique au sein du parti qui déterminera au moment opportun la position politique». De toute façon, le message de Fodénel est clair à ce sujet et Masegabio l’a réaffirmé : «Catégoriser le parti en rouge ou en blanc, en vert en ou orange, etc, n’est pas pour nous une question identitaire. Encore une fois là, nous récusons l’a priori pour que le débat seul nous assemble et fasse sortir l’ivraie du point de vue des l’orientation qui sera prise ».

Et le financement du parti, d’où proviendra-t-il ? « De nos idées, et de notre petite grande gueule, répond, en souriant, l’ancien sénateur Masegabio. Si l’argent est toujours nécessaire dans un parti, nous estimons qu’il n’est pas le seul paramètre de survie d’une structure sérieuse comme doit l’être un parti politique». « Heureusement que chez nous, il n’y a aucun «argentier» ; ce n’est le parti de personne mais de tous », tranche-t-il. «Nous acceptons, dit-il, des gens qui nourrissent une certaine ambition de se battre au sein d’un groupe promotionnel et d’émerger par un volontarisme à toute épreuve. Notre formation politique sera un lieu de « parturition», entendez, de créativité, de conceptualisation, de stratégie et d’un constant modus operandi.

C’est pourquoi nous participerons à tous les grands débats politiques, économiques et autres ». Et Masegabio Nzanzu de s’épancher : «Les gens pourront à la longue découvrir ce groupe, savoir qui nous sommes, des hommes et des femmes intègres, certes, aimant profondément notre pays, décidés à l’arracher de sa turbulence. Toutes les bonnes idées seront les bienvenues, toute contribution intellectuelle sera le creuset de notre auto-financement ».

En guise de conclusion, il lâche ces quelques mots qui sont loin de sonner faux : « Si nous devenons un grand groupe, crédible, nous pensons que les gens nous respecteront, et nous soutiendront. Est-ce naïf ? On verra bien. Mais tout idéal n’est-il pas, au départ, naïveté ? En tous cas, c’est cela, notre défi ».

Source : le Potentiel/Kinshasa