Suite au précédent. Les 11 et 12 juillet, le président des Etats-Unis, Barack Obama séjournait en Afrique, en se rendant au Ghana. A partir du 5 août, Madame Hillary Clinton, Secrétaire d’Etat américaine effectuera une visite de travail dans sept pays africains, parmi lesquels la République démocratique du Congo. Une visite économique et politique pour souligner l’engagement des Etats-Unis à collaborer avec les gouvernements et forces vives du continent africain. Que faut-il attendre de la visite de Hillary Clinton à Kinshasa ? C’est aux autorités congolaises de prendre l’initiative des entretiens placés par les Américains sous le signe de la responsabilité.

A partir du 5 août prochain, Madame Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine effectue une tournée en Afrique. Elle se rendra dans sept pays, notamment le Kenya, la République sud-africaine, l’Angola, la République démocratique du Congo, le Nigeria, le Liberia et le Cap Vert.

Selon le Département d’Etat, cette visite fait suite à celle effectuée par le président américain au Ghana, précisément les 11 et 12 juillet 2009. Au cours de cette visite, le président américain a invité les Africains à se prendre en charge et à s’abstenir des pratiques antidémocratiques.

La visite de la secrétaire d’Etat américaine « sera axée sur les liens entre investissement et croissance économique ainsi que les occasions uniques offertes aux pays africains via la loi sur la croissance et les possibilités en Afrique (AGOA) de 2000 ». Cette loi permet aux pays les plus pauvres du continent africain d’exporter des produits hors taxe vers les USA. Au cours de sa visite, la secrétaire d’Etat est accompagnée de Tom Vilsack, Ron Kirk et Jhonnie Carson, respectivement secrétaire à l’Agriculture, secrétaire au Commerce extérieur et sous-secrétaire aux Affaires africaines.

QUELLES SONT LES ATTENTES ?

Evidemment, la question est celle de savoir quelles sont les attentes congolaises qu cours de cette visite ? Avant de répondre à cette interrogation, il y a lieu de spéculer sur le choix de ces différents pays.

L’étape du Kenya s’explique d’abord par le fait qu’il se tient dans la capitale kenyane un Forum économique africain. Les Etats-Unis qui ont déclaré que l’Afrique ne peut plus être à la marge de la diplomatie américaine et du commerce extérieur se rendent à Nairobi pour développer les liens de croissance économique avec l’Afrique. Ils disposent en cela d’un argument solide, la loi l’AGOA.

La République sud-africaine a été retenue parce qu’elle est une puissance sur le continent. Raison pour laquelle elle fait partie des pays émergents et invités aux assises du G 8, G14 et G 20. L’Angola joue un rôle stabilisateur dans la région de l’Afrique australe, Grands Lacs et centrale : une autre puissance dès lors qu’il s’agit d’un grand pays producteur du pétrole.

Le Nigeria est également une autre puissance économique et militaire, jouant le même rôle que l’Angola en Afrique de l’Ouest. Au plan du processus de démocratisation, le Nigeria accuse une avancée significative avec l’Afrique du sud, obligeant la communauté internationale à porter le choix sur eux pour en faire des «leaders» de l’Afrique, par où devrait passer le développement du continent noir. Le Liberia a été retenu plus pour des liens historiques avec les Etats-Unis. Quant au Cap Vert, c’est à cause du Golfe de Guinée par où pourrait transiter le pétrole dont les Etats-Unis ont besoin afin de se libérer de la dépendance du pétrole arabe.

Le choix de la RDC s’explique de par sa position géostratégique, en plus de ses immenses richesses. A ce sujet, les Etats-Unis avaient déjà proposé l’expertise de l’AFRICOM, le Commandement militaire des Etats-Unis en Afrique pour permettre aux pays comme la RDC, le Liberia le Sud-Soudan de disposer des armées professionnelles et performantes pour se sécuriser. Il sera question de « fournir aux pays africains la formation dans ce domaine, l’équipement, la logistique nécessaire à leur stabilité», précise-t-on dans les coulisses du Département d’Etat. Cette déclaration a été suivie de la visite du commandant de l’AFRICOM, William E Ward, pour prendre langue avec les autorités congolaises à ce propos.

UNE OPPORTUNITE

Voilà, entre autres, les raisons qui justifient le choix de ces pays. C’est dire qu’en ce qui concerne la RDC, il revient aux autorités congolaises de prendre des initiatives des entretiens pour que les Etats-Unis continuent à fréquenter la RDC.

Au plan économique, il y a la loi AGOA qui doit être exploitée fond au bond. Il est anormal que la RDC soit absente là où plus de 40 Etats sont membres et qu’il existe une gamme de produits, plus de 6.000, qui peuvent accroître la croissance économique de la RDC. Le Ghana, l’île Maurice doivent aujourd’hui leur boom économique grâce à cette loi AGOA.

Certes, l’accent est mis sur les produits manufacturés que ne produit pas encore la RDC. Le moment est venu d’investir dans ce domaine. Raison pour laquelle les ministres de l’Agriculture et du Commerce extérieur ont l’obligation politique et commerciale de proposer de projets susceptibles d’aboutir à des accords commerciaux avec les Etats-Unis. Pas question de discours qui ne seront que des «voeux pieux».

Au plan politique, s’inspirer des rapports de l’ONU, des organisations internationales des droits de l’homme, notamment International Crisis Group, Global Witness, pour inviter les Etats-Unis à peser de tout leur poids sur le pillage des ressources à l’ Est de la République. Dès lors qu’il est désormais connu de tout le monde que ce sont les sociétés américaines, européennes, asiatiques qui s’affrontent en RDC pour piller les ressources minières, créant ainsi l’insécurité, tout accord économique avec les Etats-Unis ne serait qu’un feu de paille.

Mais une fois de plus, c’est aux autorités congolaises de manifester clairement cette volonté d’en finir avec le désordre à l’Est de la RDC. La réforme de l’armée, de la police et des services de renseignements doit demeurer une priorité. Cette visite est donc une opportunité à bien gérer en toute responsabilité politique.

C’est ici qu’il faut retenir le rôle que pourrait jouer le Sous-secrétaire d’Etat américain aux Affaires africaines, Jhonnie Carson, membre de dans la délégation. C’est lui le «Monsieur Afrique » de la Maison Blanche. A peine nommé, il avait énoncé les grandes lignes de la politique africaine des Etats-Unis : «Avant, les Etats-Unis travaillaient pour l’Afrique. Nous voulons maintenant travailler avec l’Afrique». Cette déclaration résume la nouvelle vision de coopération et de partenariat des Etats-Unis à l’endroit de l’Afrique. A Accra, le président Obama a souligné que «ce partenariat avec l’Afrique sera basé sur la responsabilité et le respect mutuels. Cette responsabilité mutuelle doit être le fondement de notre partenariat et portera sur les quatre domaines suivants : la démocratie, les possibilités économiques, la santé et le règlement pacifique des conflits. Nous devons soutenir les démocraties puissantes et durables ».

Le décor est planté. En dehors de ce cadre, point d’entretiens positifs entre les Etats-Unis et la République démocratique du Congo.

Source : le Potentiel/kinshasa