La Commission Electorale Indépendante (CEI) vient de décider finalement une prolongation de 15 jours, soit du 1er au 15 août 2009, pour les opérations de révision du fichier électoral à Kinshasa, annoncées pour la période du 07 juin au 05 août 2009. Selon son Rapporteur, Dieudonné Mirimo, cette décision découle des conclusions des ateliers d’évaluation et des informations reccueillies sur le déroulement des opérations. A l’en croire, une seconde prolongation est à exclure d’office, compte tenu des coûts exorbitants d’une telle opération. Une source indépendante contactée par Le Phare a laissé entendre que la CEI était confrontée à de graves problèmes de trésorerie, en raison notamment de la faiblesse des contributions des partenaires mais surtout de l’absence de la participation financière du gouvernement congolais jusqu’à ce stade de révision du fichier électoral.

             

Depuis le début des opérations de révision du fichier électoral à Kinshasa, le dimanche 7 juin 2009, les cafouillages entre candidats à l’enrôlement ne touchaient que les communes périphériques, notamment Ndjili, Kimbanseke, Masina, Kisenso, Ngaliema, Makala, Bumbu, Selembao, Mont-Ngafula. Mais hier mardi 04 août, à 24 heures de la fermeture des « Centres d’Inscription » de la Commission Electorale Indépendante (CEI), la situation était explosive aux quatre coins de la ville. Des retardataires, mais aussi des milliers d’hommes, de femmes et de jeunes éligibles au vote, qui n’ont pu se faire délivrer dans le délai une carte d’électeurs, en raison du nombre réduit des Centres d’Inscription et des pannes techniques qui frappaient les kits électoraux, tenaient à ne pas rater le train de l’élection. Déçus, l’écrasante majorité d’entre eux n’avaient qu’un mot à la bouche : prolongation. En effet, au regard du taux élevé des « non inscrits » sur le fichier électoral à réviser, les observateurs pensent que si la CEI veut donner à la République Démocratique du Congo le corps électoral conforme à sa taille démographique, elle devrait impérativement décider d’une rallonge. En vue de donner à tous et à chacun une idée du climat tendu qui prévalu hier dans les Centres d’Inscriptions, Le Phare a pris la température d’un certain nombre d’entre eux. Unikin : 2 machines pour les étudiants La tension est montée de plusieurs crans hier à l’Université de Kinshasa, plus précisément au Centre paroissial Nodasa, où est installé le Centre d’Inscription de la Commission Electorale Indépendante (CEI). Des étudiants et étudiantes, auxquels se sont mêlés des dizaines de personnes venues de la « cité », se sont présentés en grand nombre, tôt le matin, dans ce site. Hélas, avec deux machines seulement en état de fonctionnement, il était impossible aux agents de la CEI d’enregistrer rapidement les candidats à l’enrôlement. Vers midi, las d’attendre, les « camarades » de l’Alma Mater ont commencé à s’énerver. Leurs nerfs étaient davantage mis à rude épreuve lorsqu’ils ont vu des policiers monnayer l’accès aux locaux des «corrupteurs» sélectionnés pour la livraison des cartes d’électeurs. C’est dans une grande confusion qu’est intervenue la fermeture, au-delà de 17 heures. Saint Kizito (Limete) : la corruption à la base du désordre Un désordre indescriptible a régné hier dans l’enceinte de la paroisse Saint Kizito, au quartier Kingabwa/Madrandele, dans la commune de Limete. Tout s’est gâté dès que la foule a constaté que l’ordre d’arrivée était perturbé par des hommes en uniforme qui se faisaient graisser la patte. Afin de donner l’impression de maintenir l’ordre et la discipline dans les rangs, ils distribuaient des coups de matraque à la ronde, visant principalement les personnes qui occupaient les premières lignes, de manière à faire glisser leurs « clients ». Des centaines de gens, qui avaient sacrifié leur sommeil depuis 3 heures du matin, ne pouvaient tolérer que des intrus les devancent, grâce au concours des policiers corrompus, agissant en complicité avec des agents de la CEI. La vue des billets de banque passant de main à main a énervé tout le monde. L’on pense que la cacophonie observée hier était due en partie au fait que la CEI n’avait prévu qu’un seul Centre d’Inscription à Kingabwa/Madrandele, qui fonctionnait dans un petit local, pour cinq sous-quartiers : Kingabwa/Pêcheurs, Kingabwa/TP, Kingabwa/Yaoundé, Kingabwa/Maman Nzenze et Kingabwa/Uzam. EPA III et IV à Lemba : vente aux enchères des documents d’identité Hier le Centre d’Inscription de la CEI situé au numéro 2226, dans l’enceinte du Complexe scolaire EPA III et IV, au quartier Masano, dans la commune de Lemba, a connu une journée particulièrement chaude, marquée par des bousculades et bagarres à répétition entre requérants des cartes d’électeurs. C’est l’ouverture tardive de ce bureau de vote, vers 9 heures, à cause à la fois du manque d’électricité et de ponctualité des agents de la CEI, qui a installé la tension dans les files des candidats à l’enrôlement. Il y en avait trois : une pour les prétendants aux duplicata (pour avoir perdu leurs cartes d’électeurs délivrées en 2005) ; la seconde pour les détenteurs des PV de perte des pièces ; la troisième pour les élèves. Les policiers se sont fait des sous en vendant sur place les PV de perte des pièces à 1.000 Fc la pièce. Les vendeurs des cartes de service et d’élèves déjà cachetées étaient eux aussi en fête. Mais le stock de ces documents s’est rapidement épuisé. L’accès au bureau d’enrôlement était aussi monnayé. La cour de l’EPA était tellement noire de monde que les rangs ne faisaient que se défaire, au point d’occasionner des bagarres. Un jeune garçon, qui venait de perdre sa place, a arrosé la foule de pierres, provoquant une débandade momentanée. Les policiers ont improvisé un cachot pour les perturbateurs de l’ordre. Saint Matthias à Makala : agents de l’ordre ou du désordre ? A la paroisse Saint Matthias, dans la commune de Makala, un phénomène bizarre était observé : c’est le surnombre des policiers. Ils étaient tellement nombreux qu’ils ont davantage semé le désordre alors que leur mission était d’assurer l’ordre. Policiers et agents de la CEI ne semblaient animés que d’une intention : rançonner. Et, ils se sont servis grassement, en commençant par monnayer les jetons la veille au soir. En dépit de cette précaution, le désordre s’est annoncé vers 8 heures, à l’ouverture du bureau d’enrôlement. Les policiers ont particulièrement fait parler la matraque, provoquant davantage de confusion. Tant et si bien que 2 heures après, seulement trois personnes avaient été enrôlées. Sans argent, il était impossible d’obtenir une carte d’électeur. C’était la même ambiance à Ndjili, au quartier 6, où les policiers, fatigués de ramener à l’ordre une foule qui ne faisait que se décomposer, a procédé à l’arrestation de deux garçons et d’un chauffeur de taxi-bus, pressés de se faire enrôler. Au Collège Sainte Rita, dans la commune de Mont-Ngafula, les cartes d’élèves se négociaient à 200FC et les attestations de pertes de pièces à 1.000 FC. A la suite de l’annulation, par les policiers, de la liste des personnes enregistrées vers 5 heures du matin, on a noté une montée de tension et la perturbation des rangs. Bon an mal an, priorité était donnée aux requérants ayant libéré 1.000 Fc au profit des policiers ou des agents de la CEI. Le Centre d’inscription de l’Institut Bobokolo, à Binza/Delvaux, n’a pas échappé à la règle. Bagarres, bousculades, injures étaient au rendez-vous, sans oublier les « madesu » (pourboires) pour les policiers et les agents de la CEI. A Kingasani/Pascal, à la paroisse St Boniface, sur la rue Kasangulu, plusieurs candidats à l’enrôlement se sont retrouvés dans les eaux boueuses d’un canniveau, à côté du centre d’inscription.

Source : Le Phare /kinshasa