Depuis le passage à Kinshasa en mai dernier du directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, bien des malentendus ont été dissipés dans le difficile dialogue entre Kinshasa et Washington pour la conclusion d’un second Programme économique du Gouvernement (PEG 2) soutenu par le FMI au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC). Ses experts du département Afrique, en séjour à Kinshasa depuis le dimanche 9 août 2009, bouclent aujourd’hui mardi leur mission avec une note d’espoir sur la conclusion d’un nouvel formel avec la RDC. Plus de barrières sur la voie étroite conduisant au point d’achèvement de l’initiative PPTE, dont la date probable de réalisation est avancée au mois de mai 2010. Objectif fixé par le gouvernement Muzito.

 

C’est aujourd’hui mardi que les experts du département Afrique du Fonds monétaire international (FMI) achèvent leur mission entamée depuis le dimanche 9 août 2009 à Kinshasa.

Contrairement à la dernière mission d’avril dernier portant sur les consultations au titre de l’article IV du FMI, celle que viennent de boucler ce mardi les experts du département Afrique du FMI, conduits par Brian Ames, chef de division au même département, augure de bonnes perspectives dans les tumultueux rapports qui caractérisent le FMI et la RDC depuis la signature entre cette dernière et un consortium d’entreprises chinoises d’une série de contrats communément désignées sous le vocable de partenariat sino-congolais.

Non convaincu des explications et d’autres clarifications apportées jusque-là par le gouvernement sur les contrats conclus avec la Chine, le FMI a fait un black-out total sur l’accord formel qu’il devrait conclure avec la RDC au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC). « La mission a rappelé son appui au double objectif du gouvernement : reconstruire une infrastructure dilapidée et obtenir un allégement considérable de la dette. La mission attend la finalisation de l’accord de coopération sino-congolais afin d’en évaluer les implications sur la viabilité de la dette et l’allègement de la dette », notaient les experts du FMI dans leur déclaration de fin de mission le 31 mars 2009. Ils enchaînaient en indiquant que « les entretiens se poursuivront durant les réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale à la fin avril ».

Malheureusement, le rendez-vous ne sera pas à la faveur du gouvernement. Une fois de plus, les contrats chinois en seront la pierre d’achoppement. Conséquence immédiate : la conclusion du PEG 2 était décalée à une dette ultérieure. Le passage à Kinshasa, fin mai, de Dominique Strauss-Kahn, n’apportera pas un grand changement dans les concertations. Il aura cependant l’avantage de maintenir le dialogue, laissant libre court à Kinshasa de repréciser le partenariat devant le lier au Pékin.

LA NOUVELLE ALLIANCE

 

Depuis, des angles ont été arrondis. En effet, sur implication personnelle du président de la République, Le chef de l’ Etat a soutenu le Premier ministre dans cet élan d’harmoniser les rapports avec le FMI. Ainsi, Kinshasa semble présentement émettre sur la même longueur d’ondes que le FMI. Un groupe d’experts a été mis en place pour parcourir les contrats chinois et dissipés tout malentendu. Au niveau du Gouvernement, l’option a été levée avec comme objectif d’atteindre le point d’achèvement. Dans les coulisses de la Primature, l’on précise que des efforts seront intensifiés pour renforcer la stabilisation macro-économique. Surtout que le « contentieux contrat chinois » est une question aplanie.

Aussi, faut-il saluer cette volonté des autorités congolaises à renforcer le partenariat avec le FMI. Mais pour rentrer réellement dans les bonnes grâces du FMI, il sied de réussir certaines épreuves et surtout convaincre sur sa capacité à respecter les engagements. De ces engagements, les plus importants sont ceux contenus dans le cadrage macro-économique et le plan de trésorerie, d’où sont tirés les indicateurs quantitatifs et autres critères et repères structurels – base d’évaluation semestrielle du PEG 2.

Certaines sources rapportent que Brian Ames, chef de mission du FMI en RDC, a fait part des « avancées significatives » depuis la dernière visite du directeur général du FMI, notamment l’entente entre le gouvernement et la partie chinoise pour lever la garantie de l’Etat sur le volet commercial de l’activité minière. Et ce principe, confirment les mêmes sources, a été aussi accepté par le consortium sino-congolais. Dans le même cadre, ces sources rapportent qu’en attendant cette « probable, mais inévitable » révision du contrat chinois, le FMI et le gouvernement ont convenu de passer en revue les programmes des réformes et des mesures politiques ainsi que tous les déclencheurs d’atteinte du point d’achèvement pour finaliser les dossiers à présenter au conseil d’administration. Comme on peut le constater, le gouvernement ne veut pas rater le coche cette fois-ci.

Dans la foulée, le FMI et la Banque mondiale préparent conjointement deux notes techniques sur la viabilité et la concessionnalité de la dette de la RDC qu’ils présenteront mi-septembre au Club de Paris pour obtenir des assurances financières et le rééchelonnement de la dette du Congo. Le sujet a été évoqué lors du passage en RDC du président de la Banque mondiale. C’est dire que tous les ingrédients sont réunis pour un PEG 2, relançant les chances de la RDC d’atteindre courant 2010 le point d’achèvement de l’initiative PPTE.

S’IMPOSER UNE NOUVELLE DISCIPLINE

 

Le nouvelle feuille de route qui lie désormais la RDC au FMI prévoit la première évaluation du PEG 2 au mois de mars 2010, avec possibilité d’atteinte, en cas des résultats satisfaisants, du point d’achèvement de l’initiative d’annulation de la dette en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) deux mois après, soit en mai 2010. A la primature, c’est cet objectif que l’on s’est fixé.

Il y a donc des défis à relever. Ils ne sont pas insurmontables certes, mais ils dépendent, dans le cas de figure, du management que le gouvernement mettrait en œuvre pour mieux les gérer.

Voilà Kinshasa qui joue presque sa dernière carte. C’est le quitte ou double. L’avenir de la RDC est donc lié à la façon dont le gouvernement gérera ce dossier. Car au finish, c’est un effacement d’environ 90% de la dette extérieure de la RDC, l’équivalent de près de 10 milliards Usd en valeur actuelle nette. Y accéder ne relève nullement d’un miracle. Il est la résultante d’une action concertée de tous les acteurs impliqués dans la réussite du PEG 2. C’est notamment de la coordination entre la Banque centrale du Congo, responsable de la politique monétaire, et le gouvernement, garant de la politique budgétaire, que dépendra la réussite de ce nouveau programme pour lequel le FMI vient de manifester son soutien.

Kinshasa n’a plus droit à l’erreur. Chacun dans la sphère de sa compétence doit s’impliquer dans ce nouveau challenge. Amener la RDC au point d’achèvement de l’initiative PPTE est sans nul doute le seul grand cadeau que le président de la République peut offrir à ce peuple qui ne mérite pas de ployer sous le poids d’une dette dite « odieuse » pour laquelle il a du mal à en saisir la portée.

Certes, il y a les « cinq chantiers » à défendre. Le gouvernement a une belle occasion de marquer, positivement entendu, le président de la RDC qui suit de très près les négociations entre le gouvernement et le FMI. Avec cette belle brèche ouverte par le FMI, une opportunité que la RDC doit inévitablement saisir.

En effet, la réussite du PEG 2 dépend de ce que l’Etat fera de ses finances publiques. C’est ici l’occasion de rappeler l’instruction du 28 mai dernier du président de la RDC sur l’ordonnancement des dépenses publiques. Pour le seul intérêt de la nation, chacun doit – de la présidence jusqu’à la Primature, en passant par la Banque centrale du Congo, chacun doit se discipliner pour éviter un naufrage en mai 2010.

Mais, le prochain test de conformité, c’est en mars 2010 avec la première mission de revue du programme couvrant la période de juillet à décembre 2009. « Qui veut aller loin ménage sa monture », dit un adage.

PARIS ET ISTANBUL

Déjà à la mi-septembre, une mission mixte est prévue à Paris pour discuter de notes techniques et analytiques sur la viabilité de la dette et les prêts concessionnels avec le Club de Paris. Sauf imprévu, le 21 septembre et avant la réunion annuelle de la Banque mondiale et du FMI à Istanbul (Turquie), le Conseil d’administration devait se décider – suivant les notes techniques de ses experts et la lettre d’intention du chef de l’Etat ainsi que le mémorandum des politiques économiques et financières – de l’approbation d’un nouveau programme avec le FMI. Dans tous les cas, l’optimisme est désormais permis.


Source : le Potentiel/Kinshasa