media_xl_917087Le gouvernement ne transige pas : « lundi, 07 septembre à 7h30, c’est la rentrée scolaire sur l’ensemble du territoire national ». Réplique des enseignants : « d’accord pour la rentrée, mais payez nos salaires d’août ». De l’ultimatum à la bouderie, le cyclique dialogue des sourds remonte à la surface. De leur côté, parents impécunieux et écoliers déroutés n’ont que le temps d’observer le spectacle.

 

Un spectacle désormais classique. A chaque rentrée scolaire, les parents congolais et leurs enfants scolarisables assistent malgré eux à des escarmouches à fleurets mouchetés opposant en particulier le Ministère de l’EPSP (Enseignement primaire, secondaire et professionnel) et les syndicats des enseignants.

Dans cet exercice qui n’a rien de sportif, la coutume est toujours respectée. La coutume ? C’est le dialogue des sourds qui, certaines années, va jusqu’à provoquer, pour quelques semaines, le report de la rentrée effective des classes.

Qui perd et qui gagne dans ces cycliques bras de fer de septembre ? Et pourtant, ni le gouvernement, ni les parents ni les écoliers n’avaient besoin de ce spectacle. A condition, bien sûr, que le gouvernement de la République prenne à cœur ses engagements envers les enseignants et qu’il les respecte.

Comme les années antérieures, le gouvernement de la République ne prépare pas la rentrée scolaire. Tous les citoyens le déplorent. Un inspecteur de l’enseignement confie, sous le sceau de l’anonymat, que « sans budget conséquent et sans implication personnelle du président de la République, le Ministère de l’EPSP ne peut rien faire par lui-même ».

UN EPAIS MYSTERE

 

Conséquence logique de cet aveu : les parents, dont de très nombreux enseignants, ainsi que les enfants ne doivent pas se nourrir d’illusion, en s’imaginant que le gouvernement dispose de volonté ou de capacité à prendre en compte leurs préoccupations. Ce désengagement de l’Etat vis-à-vis du secteur est devenu une tradition depuis la fin de la décennie ‘80.

Maigre consolation pour l’année 2009-2010. Il est annoncé la distribution gratuite des manuels scolaires de français et de mathématiques à l’ensemble des écoles publiques et conventionnées de la République. Le coût de l’opération n’a pas été révélé. L’identité de l’organisme qui l’a financée non plus. Toujours est-il que ce sont les officiels qui sont pressentis pour présider, lundi, à la symbolique cérémonie de remise desdits livres dans la capitale Kinshasa. Et en provinces.

On peut accuser le gouvernement d’abandonner « l’Avenir de la nation » sur le bord de la route. Ou qu’il ne fait jamais assez pour démontrer son implication effective dans la formation de l’élite de demain. Mais il est un domaine où il brille de tous feux. C’est celui de la récupération des frais de minerval exigés des parents.

Du minerval, parlons-en. Pour les anciens, le minerval n’avait jamais atteint le niveau lucratif qu’il a acquis depuis ces dernières décennies. Chaque promoteur d’école ou chaque réseau d’enseignement pratique ses taux, le gouvernement se contentant de se greffer sur l’enveloppe pour soutirer son pourcentage.

Ce qui étonne, c’est que le gouvernement n’a jamais révélé à l’opinion la masse d’argent que génère cette contribution. Ni sa réelle contribution au budget de l’Etat. Pas plus qu’il n’a dit à quoi cet argent est affecté au cours de l’année. Combien de millions le gouvernement brasserait-il au titre de frais du minerval ? Un épais mystère entoure cette question.

LES «BLEU-BLANC» S’IMPATIENTENT

 

La RDC a beau avoir un ministère de l’EPSP, des écoles et des enseignants qualifiés. Il n’en demeure pas moins que, pour des raisons essentiellement économiques, les écoliers n’arrivent pas au bout de leur cycle d’études.

Ainsi que cela saute aux yeux, la problématique de la déperdition scolaire interpelle les autorités gouvernementales à divers niveaux. Il serait erroné, par conséquent, de penser que la réponse proviendrait du seul ministère de l’Enseignement. Non. Tout l’Exécutif doit coopérer pour élaborer une réponse efficace, avant même de saisir les partenaires extérieurs.

Les problèmes de l’enseignement, on le sait, ont maintes fois été circonscrits à l’occasion des forums nationaux relatifs à la question. « Des états généraux de l’éducation » ont fait florès. Des séminaires et des ateliers ne se comptent plus.

Il n’y a pas de solution miracle pour soit valoriser le métier d’enseignant, soit rehausser le niveau de l’enseignement. Le gouvernement détient les clés de toutes ces solutions. Sauf qu’il lui manque la volonté de mieux faire.

C’est sur fond de ces faiblesses qu’est programmée, le lundi 07 septembre 2009, la rentrée des classes décidée par le gouvernement. C’est sûr que les « bleu-blanc » s’impatientent, les uns pour monter de classe, les autres pour découvrir pour la première fois le milieu scolaire. Tous, en tout cas, y vont portés par beaucoup d’enthousiasme.

La surprise viendrait de deux côtés. D’une part, l’incapacité de nombreux parents à assumer leurs responsabilités du moment. D’autre part, la fine bouche des enseignants qui attendent, sans trop y croire, une réaction positive du gouvernement à leurs revendications. Pour tout dire, c’est mal parti. La rentrée 2009-2010 sera davantage un casse-tête pour tous les partenaires de l’enseignement qu’une partie du plaisir.