Un député pseudo citoyen congolais en même temps pseudo citoyen rwandais croupit aujourd’hui dans une geôle d’une prison au Pays des Mille Collines. Les services rwandais se frottent les mains, pendant qu’en Rdc, le Mlc est on ne peut plus dans l’embarras !

Mais qui est réellement ce Baudouin Dunia Baharanyi, député Mlc élu de Masisi dans la province du Nord-Kivu, pourtant formellement identifié aujourd’hui par les services rwandais comme étant un sujet rwandais qui vient de se mettre en délicatesse avec les lois de leur pays commun ?

Au stade actuel de l’énigme que soulève cette affaire, nous sommes mal placés pour avancer la moindre affirmation dès lors que la police du Pays des Mille Collines poursuit encore  ses investigations pour éclairer la lanterne publique sur les tenants et les aboutissants de ce feuilleton politico-juridique dont ni Kinshasa ni Kigali n’ont absolument pas à craindre de retombées négatives sur les excellentes relations de bon voisinage que les deux capitales viennent de renouer. Because.

En effet, à moins qu’à Kinshasa le Mlc, parti grâce auquel Baudouin Dunia Baharanyi s’est fait élire député national veuille gêner la manifestation de la vérité dans cette scabreuse affaire maintenant que « son » cadre se soit compromis dans une question d’abus de confiance de l’autre côté de la frontière et que les services rwandais s’attèlent à mener les investigations d’usage, force est d’observer, à ce niveau de l’affaire, un attentisme prudent. Ce jusqu’à ce que toute la vérité éclaire tous les contours de ce qui convient d’appeler désormais « l’Affaire Dunia » dans laquelle la passion doit être proscrite, celle-ci ne pouvant aucunement se substituer à la raison et au droit.

Or, jusqu’à preuve du contraire, la raison et le droit se trouvent du côté du Rwanda qui doit avoir des arguments indiscutables qui établissent les vraies origines de Baudouin Dunia Baharanyi. L’intéressé, épicentre et acteur solitaire de son feuilleton, a sûrement conscience de la mésaventure qui lui est arrivée, et des péripéties qui constituent la trame réelle de cette histoire.

Au-delà des passions inutiles dont on devrait se garder de manifester avant que les choses soient tirées au clair, il est intéressant de situer dans le temps les différentes périodes dans lesquelles s’inscrivent les faits posés par Baudouin Dunia Baharanyi.

Il a été élu député dans la circonscription de Masisi où il devrait avoir battu une campagne électorale victorieuse. Ce qui lui a valu de sortir député. Ceci suppose qu’il doit être détenteur d’une pièce administrative établissant sa nationalité congolaise.

S’il a été élu dans cette circonscription, il est aisé de conclure qu’il est originaire du Nord-Kivu, et même qu’on peut être tenté d’ajouter qu’il pourrait être un « Mwanyamulenge », c’est-à-dire un Tutsi congolais. Ceci doit nous exonérer de toute idée de malveillance et d’accusation de xénophobie à l’endroit de nos compatriotes dont les ancêtres étaient venus des collines du Rwanda et qui, à la faveur des circonstances que l’on connaît, ont acquis la nationalité congolaise.

Baudouin Dunia Baharanya entre sans nul doute dans cette catégorie de citoyens qui avaient  massivement obtenu la nationalité congolaise sous la Deuxième République. C’est tout à leur avantage et loin de nous l’idée de leur dénier la jouissance de cet acquis du reste garanti constitutionnellement.

D’où vient-il alors que Baudouin Bunia Baharanyi se soit fait appréhender en territoire rwandais, et qu’il s’y fasse identifier comme un citoyen de ce pays ?

Selon des indiscrétions recueillies auprès des personnes revenues récemment de Gisenyi, qui est la seconde ville du pays et où l’intéressé s’est fait « mapper », Baudouin Dunia aurait sollicité et obtenu auprès de la Banque de commerce, de développement et d’investissement  du Rwanda (Bcdi) un prêt d’un montant de plusieurs dollars américains, à une époque pas très éloignée.

Or, selon toute vraisemblance, les banques rwandaises n’accordent pas de prêts de la taille de plusieurs millions de dollars à des étrangers, et quand bien même si tel pourrait être exceptionnellement le cas, ce ne serait sûrement pas à un citoyen  ressortissant de la Rdc que l’on ferait cette faveur, loin s’en faut !

Alors ? Alors on se rend simplement à l’évidence : les services rwandais ne se sont pas trompés d’homme quand ils ont mis la main sur Baudouin Dunia Baharanyi. Ils ont, en leur âme et conscience, ignoré la qualité de député congolais de l’homme pour ne voir en lui qu’un citoyen rwandais, délinquant par-dessus tout !

Voilà donc, vue côté cour, l’affaire Baudouin Dunia Baharanyi, formellement identifié  comme citoyen rwandais ayant des comptes à rendre à la justice de son pays. Un point, un trait.

Comment se présente l’affaire côté jardin, en l’occurrence du côté du Mlc où jusqu’à plus ample informé Dunia est député national ?

L’Honorable Thomas Luhaka, secrétaire exécutif du parti est le seul, au nom du Mlc, à avoir rompu une lance embarrassée pour dire, le plus simplement du monde, « qu’à ce stade, le Mlc ne disposait pas encore de données suffisantes sur l’affaire pour entreprendre une intervention pertinente », mais que « toutefois la direction du Mlc suit le dossier avec le maximum d’attention ».

Quoique l’on dise et quoique l’on fasse, l’affaire Baudouin Dunia démontre à suffisance que la question de la double nationalité a été débattue avec beaucoup de légèreté par nos constituants. Cette affaire donne raison à ceux qui avaient énergiquement défendu la thèse de l’unicité et de l’exclusivité de la nationalité congolaise, qui ne peut pas être détenue concurremment avec une autre. Or il est prouvé que beaucoup de Congolais, parmi ceux qui siègent au Parlement actuel, voire, bénéficient de la double nationalité.

Le cas de ce mandataire public, qui vient d’obtenir d’une ambassade occidentale son visa Schengen parce qu’il est détenteur d’une carte de résident dans un pays de cet espace européen est significatif des violations constitutionnelles dont se rendent coupables beaucoup de dignitaires du système actuel.

Il serait temps que la question de la nationalité congolaise revienne sur le tapis pour qu’on statue une fois pour toutes. On est Congolais ou on ne l’est pas, mais on ne peut pas être Congolais et Belge, Français, Américain ou Canadien tout à la fois ! Tant il reste vrai que l’on ne peut pas faire montre de nationalisme et de patriotisme à l’endroit de deux pays !