telephoneA défaut de vendre ses actifs africains, l’opérateur koweïtien Zain a créé la surprise en cédant 46 % de son capital aux Indiens et aux Malaisiens. Dans ce contexte, rapporte le magazine Jeune Afrique, les Koweïtiens continueraient de piloter la zone Mena (Moyen-Orient et Afrique du Nord), dont ils sont familiers, et délégueraient l’Afrique subsaharienne à leurs alliés indo-malaisiens.

Le feuilleton de la cession par le koweitien Zain de ses filiales africaines a fini par livrer ses derniers secrets. Après l’échec des négociations entre le Zain et la firme française Vivendi, 46% de Zain est repris par des investisseurs indiens et malaisiens, rapportent des sources concordantes, dont le magazine Jeune Afrique dans sa dernière livraison.

Le 31 août dernier, Zain a changé de cap, supprimant les dispositions qui limitaient la participation d’investisseurs étrangers à 5 % de son capital, note Jeune Afrique. Une décision rapidement suivie de faits puisque, le 8 septembre, Bader al-Khorafi, dirigeant du groupe du même nom et plus gros actionnaire privé de l’opérateur, précisait le montant de la transaction (13,7 milliards de dollars), les noms des investisseurs (le malaisien Al-Bukhari Group et les indiens Vavasi Group, BSNL et MTNL) et l’échéance de la vente d’ici à quatre mois.

Les 13,7 milliards de dollars en jeu sont proches de ce qu’exigeait Zain pour ses actifs africains (12,5 milliards) qu’il peinait visiblement à vendre, qualifiés de « trop chers » selon un analyste.

Selon la presse koweïtienne, l’arrêt des négociations avec Vivendi, le géant français des médias et des télécoms, était essentiellement motivé par une offre financière en deçà des attentes de l’ex-groupe MTC, rebaptisé Zain en 2007. Le groupe originaire du Golfe n’entendait pas descendre au-delà des 12 milliards, dragué qu’il était par Vodafone (Afrique du Sud) et un opérateur chinois.

Les dirigeants de Zain affirmaient en effet avoir dépensé plus de 12 milliards de dollars dans leurs activités africaines depuis 2005 auxquels devait s’ajouter des investissements de 2 milliards prévus cette année. Le géant français a annoncé officiellement l’arrêt des discussions, allant dans le sens des analystes financiers notamment ceux de Goldman Sachs qui jugent une telle opération peu stratégique face à l’option royale de la consolidation à travers sa filiale Maroc Télécom (détenu à 53%), bien implantée dans les pays francophones du continent.

A présent, le troisième opérateur des télécoms du monde arabe s’est tourné vers des investisseurs des pays émergents du Sud-Est asiatique.

Présent en Afrique depuis qu’il a racheté l’opérateur Celtel en 2005, le groupe koweïtien compte environ 65 millions d’abonnés au mobile sur le continent. En 2008, la branche Afrique de Zain a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 4 milliards de dollars. Un chiffre qui pousse les observateurs à n’expliquer le désengagement quasi total du groupe d’un continent aussi rentable que par la volonté du groupe de se désendetter.

La raison se trouverait ailleurs. En effet, la marge de développement africaine est forte, mais le revenu moyen par utilisateur (ARPU) est de l’ordre de 100 Usd par an et par client. Car si l’Afrique subsaharien ne représente 60 % de l’ensemble des abonnés de Zain, elle ne génère que 10 % de sa rentabilité. « C’est une zone qui consomme beaucoup de capitaux », expliquait un analyste, obligeant le koweïtien à débourser plus de 12 milliards de dollars depuis 2005.

Zain couvre entre autres le Koweït, le Nigeria, le Soudan, la Tanzanie, la RDC, le Kenya, la Zambie, l’Ouganda. Zain a réalisé en 2008 un chiffre d’affaires de 5,3 milliards d’euros pour 1,2 milliard de bénéfices.

      RUEE VERS L’AFRIQUE

Avec un taux moyen de pénétration du téléphone mobile estimé à 37%, l’Afrique représente le dernier réservoir de croissance au monde, à tel point que les opérateurs internationaux se la disputent à coups de milliards de dollars.

La ruée des opérateurs internationaux s’explique notamment par le fort potentiel de croissance que présente le secteur des télécommunications sur le continent. A la fin 2008, l’Afrique comptait 380,5 millions d’utilisateurs de téléphone mobile, selon un rapport du cabinet d’études spécialisées WCIS, qui fait autorité chez les professionnels. Cela représente un taux moyen de pénétration de 37%. Il pourrait dépasser 60% dans quelques années, selon certains prévisionnistes.

Avec l’entrée des Indo-malaisiens dans le capital de Zain, l’Afrique est le nouveau terrain de prédilection pour les firmes émergentes asiatiques. Un autre groupe indien, signale-t-on, est à la recherche de nouveaux relais de croissance en Afrique. Il s’agit de Bharti Airtel qui a annoncé, fin août, le prolongement d’un mois supplémentaire, jusqu’au 30 septembre, des négociations avec le Sud-Africain MTN Group, en vue d’une fusion. Dans des communiqués presque identiques, les deux opérateurs ont précisé que les discussions engagées fin mai dernier « continuent de progresser de manière satisfaisante, mais qu’aucune décision n’a été adoptée ».

Si ces négociations aboutissent à un accord, la fusion créerait le troisième opérateur mobile au monde, par le nombre de clients, avec plus de 200 millions de clients en Inde, en Afrique et au Moyen-Orient. Selon l’accord initial, servant de base aux discussions, MTN et ses actionnaires devraient détenir 36% du nouvel ensemble, contre 49% pour Bharti.

L’offensive lancée par les groupes indiens marque l’accélération de la course aux acquisitions à laquelle se livrent depuis quelques années les opérateurs mondiaux dans le secteur de la téléphonie mobile en Afrique. Le groupe français Orange, qui avait été parmi les premiers à miser sur le continent dès 2002, tente aujourd’hui de consolider ses positions.

Mais, le géant français doit aussi faire face aux ambitions africaines confirmées du groupe Vodafone, qui avait racheté, en 2008, le numéro un sud-africain du GSM, Vodacom, pour 2,4 milliards de dollars.

La firme britannique compte également des participations dans des opérateurs au Kenya, en Tanzanie, au Mozambique et en RDC.

Source : le Potentiel