Drapeau_AngolaDeplac_sA quoi rime le pourrissement de la situation née de l’expulsion de dizaines de milliers de citoyens congolais d’Angola et celle d’Angolais de la RDC en refoulant à leur tour des dizaines d’Angolais en situation irrégulière ? Et que cachent les propos du gouverneur militaire de la province angolaise de Uige déplorant la « non observance par les autorités de la RDC des principes diplomatiques » ?

 

Dans la province du Bas-Congo, près de 9.000 Congolais expulsés récemment d’Angola sont arrivés dimanche à Boma (5.000) et mercredi à Moanda (4.000) en provenance des villes angolaises de Soyo et de Cabinda, selon des sources humanitaires.

Le Bureau de coordination des affaires humanitaires (Ocha) a recensé, selon sa représentante Séverine Flores, plus de 18.000 expulsés congolais d’Angola dont 16.000 au cours de deux derniers mois.

Mardi, 83 Angolais en situation irrégulière ont été expulsés. Le même jour, du côté angolais, on a expulsé des Congolais de la province du Cabinda. Leur nombre n’a pas été révélé. Mercredi à Moanda, ce sont 50 ressortissants angolais qui ont été reconduits au poste frontalier de Lindu.

A Matadi, les services de la Dgm, sous la supervision de la mairie de cette ville, poursuivent l’expulsion des Angolais en situation irrégulière dans le village Tshimpi où vit une forte communauté angolaise. La même opération s’effectue à Lukala, Mbanza Ngungu, Kimpese et Tshela, des villes de la province du Bas Congo, rapporte la radio onusienne.

De l’autre côté de la frontière, une source officielle a dit à l’Angop qu’« environ 3.500 Angolais expulsés de la RDC avaient déjà été conduits à la frontière de Luvo, municipalité de Mbanza Kongo ».

Le gouverneur de la province de Uige et ancien ambassadeur de l’Angola en RDC, Mawete Joao Baptista, a déclaré ue « les ressortissants angolais ont été refoulés en représailles au refoulement des clandestins congolais en Angola », organisé récemment par le gouvernement angolais.

« Plus de 15 mille citoyens angolais sont en chemin vers la frontière de Kimbata expulsés tristement par les autorités du pays voisin ne sont pas illégaux en territoire congolais », a-t-il signalé. Il a « déploré la non observance par les autorités de la RDC des principes diplomatiques », selon l’Agence Angola Presse.

« Notre souci majeur est de suivre la situation et d’informer le gouvernement central pour pallier les difficultés de notre population avec les enfants qui parcourent 90 à 100 kilomètres à pied pour atteindre notre frontière », a-t-il encore affirmé.

DESTABILISATION EN MARCHE

 

Malgré la mise sur pied d’une commission mixte RDC-Angola chargée d’examiner la situation créée par les expulsions mutuelles des Congolais et des Angolais, des actes des violences sont toujours observés sur le terrain où la situation humanitaire est jugée « préoccupante ». L’anicien ministre de l’Intérieur, Denis Kalume, exhorte Kinshasa et Luanda à « privilégier la cohabitation pacifique des peuples », estime que « la voie la mieux indiquée pour résoudre ce problème consiste à respecter les textes qui existent, notamment sur le recensement des populations et le rapatriement des peuples en respectant les exigences humanitaires ».

Mais au-delà des évidences, il y a ce « froid » qui caractérise depuis quelques mois les relations entre Kinshasa et Luanda. On en veut pour preuves l’absence des délégués de la RDC à Luanda où est examiné le projet Westcor, dont le barrage hydroélectrique d’Inga est l’élément majeur.

En réaction, le chef de l’Etat angolais, Eduardo Dos Santos, n’a pas pris part au sommet de la SADC organisé à Kinshasa, où son homologue Joseph Kabila a été élu président.

Par ailleurs, la question de l’exploitation de l’espace maritime congolais, où se trouvent d’importantes quantités de pétrole, pourrait aussi expliquer l’attitude arrogante et provocatrice de l’Angola vis-à-vis de la RDC.

Congolais et Angolais sont aussi en droit de s’interroger : « Joseph Kabila et Eduardo Dos Santos s’appellent-ils au téléphone pour parler des problèmes auxquels sont confrontés leurs pays respectifs ? ».

Si l’expulsion des ressortissants d’un pays en situation irrégulière dans un autre est un fait « normal », c’est la manière dont s’y prennent les agents préposés à cette opération qui pose problème.

En ignorant superbement le cadre de concertation idéal qu’est la grande commission mixte RDC-Angola, les deux gouvernements donnent l’impression de s’accommoder du pourrissement de la situation. Sinon, ils auraient déjà tout mis en œuvre pour la mettre en branle, toutes affaires cessantes.

Curieusement coïncidence, au moment où l’ on parle des expulsés de l’ Angola et de la RDC, vice versa, un autre son de cloche nous parvient de l’ Est. Principalement du Burundi où l’on parle d’une situation confusion avec le retour massif des réfugiés congolais. Le HCR est pris au dépourvu au risque d’être débordé. Plus de 100 mille réfugiés désirent rentrer en RDC. Ce qui aurait nécessité le déplacement du ministre de l’Intérieur pour s’enquérir exactement de la situation.

Même constat à la frontière avec la Tanzanie. Il est également question d’un retour massif des « réfugiés congolais ». Des rumeurs font état de la même décision qu’aurait pris la Zambie pour expulser les ressortissants congolais. De quoi susciter de nombreuses interrogations, comme s’il se préparait quelque chose contre la RDC. Une déstabilisation qui ne dit pas encore son nom. Pourquoi ?

SAVOIR LIRE LES SIGNES DE TEMPS

 

Le plan de balkanisation de la RDC longtemps concocté pour amonceller cet iummense terrtitoire de plus de deux milliionbs de kilomètres carrés a changé de forme. La stratégie, actuellement en marche, est d’affaiblir davantage la RDC pour, enfin la faire capituler. Depuis son appui à la marche en 1996 des troupes de l’AFDL sur Kinshasa, Luanda continue à considérer que la RDC lui est redevabled’une manière ou d’une autre. A défaut d’obtenir une facture de guerre en numéraires, Luanda cherche comme les alliés AFDL de la partie Est (Rwanda, Ouganda et Burundi) à sa faire payer. En plus, Luanda a vu très mal le désir de la RDC de voir un peu plus clair dans l’exploitaion des ressources pétrolières de la « Zonhe économique commune» au large de l’Océan Atlantique. Autant des choses qui auraient, d’une certaine manière, irrité le pouvoir en place au Rwanda. Sur place à Luanda, commente-t-on dans les milieux spécialisés, l’on voit très mal que Kinshasa remette en cause certains termes d’accords - même cachés - après tant de soutien pour le maintien du pouvoir à Kinshasa. L’on se rappellera, à ce propos, de la débâcle infligée par des militaires angolais, depuis la province angolaise de Cabinda, aux élements rebelles qui ont mené une opération commando au départ de la base militaire de Kitona pour faire tomber le pouvoir de Kinshasa.

Autre fait à ne pas négliger, c’est la prochaine élection présidentielle en Angola. Pour Luanda, malgré la paix retrouvées avec la fin de la guerre avec l’Unita, les Congtolais de la RDC ont toujours eu un penchant pour le parti du défunt Jonas Savimbi. C’est donc un danger à éloigner avant qu’il ne soit trop tard. Ce qui pourrait tout aussi bien expliquer le comportement de Luanda.

Autant des faits qui forcent à croire que les expulsions de ces derniers jours, de Luanda comme ailleurs, ne sont pas gratuites. Il y a bien des non-dits sur toutes ces faits. C’est à Kinshasa, cependant, de savoir lire les signes de temps aux fins d’anticiper certains évenements. Nous ne le dirons jamais assez - l’objectif recherché est de fragiliser Kinshasa pour pousser la RDC à se conformer à un agenda caché qui, malheureusement ne cadre nullmement avec ses intérêts.

Prenons garde que ces expulsions ne soient qu’un paravent pour exprimer, de part et d’autre des alliés de la RDC, des frustrations non avouées. A Kinshasa d’ouvrir l’oeil, et le bon, pour ne pas se faire surprendre.

Droits de reproduction et de diffusion réservés © Le Potentiel 2005
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la licence de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.

source : le Potentiel