Samedi et dimanche. Des files de véhicules en attente dans les stations service de Kinshasa. Y a-t-il pénurie de carburant ou, au pire, les sociétés pétrolières s’apprêtent-elles à réajuster, pour la énième fois, les prix du carburant à la pompe ? Pour l’heure, le silence du gouvernement et le mutisme des compagnies pétrolières alimentent la rumeur. Attention à l’implosion sociale !

 

Un week-end inquiétant. Un lundi 19 octobre morose à Kinshasa. Le spectacle des automobilistes lassés par l’attente de l’ouverture hypothétique d’une station service. De l’avis des Congolais, les augmentations régulières des tarifs à la pompe ne constituent pas un événement. Ils ont raison, car ils sont servis par leur conscience et l’expérience. C’est que le sempiternel louvoiement du taux de change du Franc congolais (FC), la monnaie nationale, les a habitués à vagabonder d’un réajustement à l’autre, de manière parfaitement cyclique. En outre sans préavis.

Ce qui effraie plutôt les braves Congolais, c’est le fait que ces réajustements les trouvent toujours désarmés. Abandonnés à la merci de la tendance haussière des prix des transports et des biens de première nécessité. Alors que les salaires de l’administration publique et dans l’enseignement, la solde des soldats et policiers sont royalement gelés au niveau aléatoire.

Fait symptomatique : les acteurs politiques, théoriquement les mieux lotis, ne sont pas épargnés. Leurs émoluments – virtuellement gros – sont calculés au taux « budgétaire » de janvier 2009. Soit un dollar pour 540 ou 580 FC pendant que le dollar réel, sur le marché, s’échange à la mi-octobre à 870 FC.

Autant dire qu’une toux susceptible d’affecter le secteur pétrolier de la RD Congo, pays entièrement dépendant des importations, est fatale pour tous les segments de la population. Les autorités politiques ont intérêt à tenir compte, en toute circonstance, de ce postulat.

L’ECONOMIE AU SERVICE DE L’HOMME

Ajoutez à cette sombre perspective la mauvaise nouvelle lâchée par le gouvernement. Il a annoncé, à la veille de la présentation du projet du budget 2010 à l’ Assemblée nationale, qu’il abandonnerait progressivement la prise en charge de la fiscalité sur les produits pétroliers importés. En d’autres termes, il voudrait pratiquer la vérité des prix, en laissant opérer les lois du marché.

Grossièrement dit, les experts du gouvernement ont bien pensé. Froidement et de façon impersonnelle. Seulement, ces idéalistes n’ont pas été bien inspirés par le terrain. Dans leur cécité, ils démontrent que l’Etat congolais a besoin de beaucoup de ressources financières pour réaliser ses « Cinq chantiers ». Et que, vu sous cet angle, le gouvernement ne peut pas vouloir une chose et son contraire. Conclusion : il serait inconcevable qu’il se prive des taxes sur le pétrole. Pas plus que sur toute autre marchandise.

Cette préoccupation est d’ordre purement financier et économique. Ce que les experts n’appréhendent pas dans leur savante dissertation, c’est l’aspect humain, l’aspect social. Comme à la Banque mondiale ou au Fonds monétaire international, ils ne savent pas, dans leurs calculs, que l’économie doit être au service de l’homme. Et non l’inverse.

Mais un politique, qui a du flair, doit observer la situation d’en haut afin d’embrasser dans son action le domaine social. En RD Congo, cette approche n’est pas nouvelle. Concernant le pétrole, divers gouvernements « sensibles » ont, de tout temps et par acquis de conscience, lutté pour éviter d’asphyxier les populations, dont le pouvoir d’achat – c’est connu - va s’amenuisant d’année en année.

Le palliatif tout trouvé a toujours été la prise en charge de la fiscalité des produits pétroliers. La conséquence était immédiate, palpable, visible. En rendant abordable le tarif de carburant à la pompe, le gouvernement répercutait automatiquement les effets de cette mesure sur les coûts du transport des personnes, des biens et des services. Et ce, en dépit des chants de sirène des institutions de Bretton Woods.

CHOISIR ENTRE LA JOUISSANCE ET LE PEUPLE

Pétrole importé : un dilemme cornélien pour le gouvernement congolais ? Comment peut-il concilier ses contingences financières vis-à-vis du trésor public d’une part, et le contrat social avec les citoyens, d’autre part ? Est-il possible de jouer à fond la première carte et d’ignorer l’autre ? Le gouvernement est placé entre le marteau et l’enclume. Il a un choix difficile à faire entre le peuple et la fiscalité.

Le Potentiel soutient qu’il n’existe pas d’alternative. La première approche peut bien être harmonisée avec la seconde. En résumé, il faudrait absolument pratiquer la vérité des prix, le pétrole étant un produit d’importation soumis aux conditions du marché international. Opérer selon ce schéma garantirait aux opérateurs du secteur la régularité de leurs approvisionnements ainsi que leurs marges bénéficiaires

Ensuite, il serait conseillé, parallèlement, de maintenir les tarifs à la pompe dans une fourchette raisonnable. Justement, le gouvernement de la République n’a aucun intérêt à se suicider en suivant aveuglément les « experts financiers ». D’où la sagesse lui recommande de ne pas abandonner la prise en charge de la fiscalité. Il réussirait aisément cet équilibrisme en s’interdisant de « vivre au dessus de ses moyens ».

Les députés, tant de la Majorité que de l’Opposition, viennent de dénoncer la « privatisation de l’argent de l’Etat » par moins de cinq structures étatiques. Pour une fois, celui du pétrole servirait l’intérêt général si le gouvernement s’en désintéressait en poursuivant, comme aujourd’hui, le système de prise en charge de la fiscalité. C’est à lui de choisir entre la taxe de jouissance et le peuple.

Le Parlement, qui entreprend de toiletter le projet du budget 2010, est invité à l’y aider.

source : le Potentiel/Kinshasa