18_KinshasaMeurtres en cascade signalés ces derniers jours dans plusieurs coins de la capitale congolaise Kinshasa où la pègre de l’industrie du crime paraît une fois de plus défier les servies de protection civile de la population terrorisée par des meurtres de même type. Kinshasa vient de renouer avec l’hor­reur. Quatre cadavres abandonnés en l’es­pace de 48 heures dans plusieurs coins de la ville, la capitale s’est réveillée dimanche et lundi matin, dans l’émoi. Traumatisée par toutes ces morts, la population ne sait pas ce qui arrive à sa ville. En attendant des réponses sécuritai­res qu’elle se pose, et peut-être prochainement l’arrestation des mysté­rieux tueurs à gages qui sèment la mort et la dé­solation à Kinshasa, elle a pris peur et se deman­de comment désormais mener sa vie dans la quiétude. Si les plus su­perstitieux portent leurs amulettes protectrices, les croyants se confient à l’Eternel.

L’industrie du crime qui signe ainsi son retour sur scène, après une longue période d’éclipse, lance, un message fort aux responsables de la sécurité de la ville de Kinshasa. C’est plus qu’un défi aux services d’ordre chargés d’assurer la protection des personnes et de leurs biens. Banditisme ou ter­rorisme?

Pour l’instant, on n’a aucu­ne réponse.

Revenons d’abord à toutes ces découvertes macabres qui ont plongé Kinshasa dans la peur pa­nique.

L’épopée criminelle de l’industrie du crime à Kinshasa, comme on a pu le reconstituer hier, a démarré dans la nuit du samedi 17 au dimanche 18 octobre. Il était minuit passé. Quelques noc­tambules se promenaient sur l’avenue Bobanga. A la hauteur de la parcelle sise au n°1244, quartier Funa I, commune de Barumbu, ils verront surgir une jeep de couleur blanche sans plaques d’immatricula­tion. Les passagers habillés en tenue civile, ar­mes pointées dehors, ont tiré soudainement sur des passants sans distinction. Bilan de la fusillade, deux morts. Jean Jacques Ololo Bakwama Make, résidant sur avenue Lenge n°22, commune de Barumbu, atteint mortellement a succombé sur le champ. Shako Kadondo, habitant sur avenue Bobanga, bles­sé par balle aux deux bras et au ventre, rendra l’âme avant d’atteindre l’Hôpital général de référence de Kinshasa.

Un seul survivant de cette tuerie aveugle, Hugues Soladi, demeurant sur rue Kapanga, blessé légèrement à l’oreille droi­te, qui refuse tout contact avec des inconnus par crainte des représailles des malfaiteurs.

La voiture Opel de cou­leur grise, immatriculée EQ 1556 BB, appartenant à M. Gina Okito, qui s’est retrouvée accidentellement dans la ligne de mire des tueurs, a essuyé des tirs et vu ses pare-brises avant et arrière volées en éclats.

Des tueries que rappe­llent des actes de terro­risme

Non assouvis par ces premières tueries, les malfaiteurs non identifiés ont poursuivi dimanche tard dans la nuit, leurs activités criminelles. La même jeep Land Cruiser de cou­leur blanche, sans plaques d’immatriculation, a été aperçue au croisement des avenues Bongolo et Kasa-vubu. Dès qu’elle s’approcha de jeunes garçons attendant un taxi, Yannick Luzolo, chauffeur de profession, prit de pani­que, s’est enfui.

Ses deux amis Ted­dy Kinsala, résidant sur avenue Malangu dans la commune de Makala, et Jonathan, convoyeur, ha­bitant sur avenue Bateke, quartier Mombele, com­mune de Limete, sont em­barqués de force par ces inconnus à bord de la fameuse jeep blanche sans plaques d’immatriculation.

Lundi matin, Yan­nick Luzolo apprendra que plusieurs cadavres étaient découverts à travers la ville de Kinshasa. Il se rend au quartier Kauka, commune de Kalamu où une surprise désagréable l’attend. Au croisement des avenues de l’Université et Dispen­saire, le cadavre étendu par terre, blessé par balle à l’œil droit et à la nuque, n’est autre que celui de son ami Jonathan. Il éclate en sanglots et ne s’imagine pas qu’il n’est pas encore au bout de surprises.

A Limete, entrée 8ème rue, sur le petit bou­levard, un autre corps baigne dans son sang. Il s’agit cette fois-ci de son ami Teddy Kinsala, 36 ans. En pleurs, il est allé rapporter à la police l’incident de leur enlèvement par la fameuse jeep Land Crui­ser de couleur blanche.

Similitudes particulières, le corps de Teddy Kinsala couvert des traces de violence, portait une blessure par balle sur la tête. Et à côté de ce cada­vre, traînait jusque avant la levée du corps pour la morgue de l’Hôpital géné­ral de référence de Kins­hasa, une balle de calibre 9 millimètres. Cette pièce-maîtresse qui oriente les investigations vers les ty­pes d’armes utilisées par les tueurs à gages, a été récupérée par les enquêteurs de la police.
Un travail de professionnels

A la lumière du constat fait sur les lieux, les victimes ont toutes été abattues par balle et les projectiles ont été ti­rés sur la tête pour causer la mort.

En tout état de cau­se, il s’agit vraisemblable­ment d’un travail des  pro­fessionnels.

Mais au-delà de tou­tes les supputations, plu­sieurs questions demeu­rent encore aujourd’hui sans réponses. A qui ap­partient la fameuse jeep de la mort ? Quels sont les objectifs poursuivis par les tueurs? Faire peur à la population ou semer la ter­reur et dans quel intérêt?

Rappelons que Kinshasa n’en est pas à sa première expérience du genre. L’industrie du crime qui s’est installée dans la ville, ne cesse d’allonger la liste de ses milliers de vic­times. Il y a eu le phéno­mène « hiboux », « Kata­Kata », « Eboma » et tant d’autres encore. Si pour certains cas, les assassins ont finalement été appré­hendés, pour d’autres af­faires criminelles, c’est le mystère total autour des tueurs en série, au point qu’on a attribué d’autres cas sans découverte de cadavres, aux légendes qui circulent à une certaine période politique difficile dans la ville de Kinshasa. L’on sait que nos braves services de la police mis au défi par des inciviques sans foi ni loi, finissent tou­jours par mettre un terme à ces aventures criminel­les susceptibles d’inoculer des réflexes de la peur, au moment où Kinshasa abri­te les assises de plusieurs organisations économi­ques régionales et sous-­régionales.

La population qui vit dans la peur, a opté de réduire ses déplacements nocturnes, de peur de fai­re la rencontre avec la fa­meuse jeep Land Cruiser de couleur blanche la plus recherchée de la ville.

source : le Phare /kinshasa