JusticeLa cour militaire de Kinshasa/Gombe a ouvert, mercredi 21 dans la journée, la première audience dans l’affaire Auditeur-militaire-ministère public contre Maître Firmin Yangambi et Cie. C’est l’affaire de l’avocat du barreau de Kisangani et défenseur des droits de l’Homme poursuivi pour atteinte à la sûreté de l’Etat (plus ou moins).


Arrêté fin septembre, Firmin Yangambi a été acheminé manu militari à Kinshasa au motif qu’il aurait été surpris convoyant des armes de guerre destinées à une rébellion dans la province orientale, selon les explications du ministre de la Communication et Médias. Le 21 octobre, à l’ouverture du procès, les débats ont tourné autour de l’identification des prévenus, de la comparution des avocats-conseils et de l’examen des préalables, ceux posés par les avocats de la défense, notamment. Qui ont stigmatisés les conditions de détention des prévenus et sollicité la liberté provisoire pour Me Yangambi, contraignant l’organe accusateur à une remise à la huitaine pour rendre un arrêt avant dire droit. Firmin Yangambi, animateur d’une ONG de défense des droits de l’Homme, « Paix sur Terre », comparaît dans cette affaire avec 3 co-accusés : un colonel, commandant second de la division spéciale présidentielle, et 2 jeunes gens, Eric Kikuna et Benjamin Olangi. Les accusations portées contre l’avocat avaient surpris plus d’un observateur, à Kinshasa comme à Kisangani. Me Yangambi était déjà connu pour ses activités à la tête de « Paix sur Terre ». Durant les années rebelles rd congolaises, il avait lutté corps et âme pour la protection de ses compatriotes malmenés sous la double occupation rwandaise et ougandaise de la ville martyre rd congolaise. Non sans quelque courage, compte tenu du contexte politique et militaire de l’époque. D’apprendre qu’il s’était porté à la tête d’une rébellion, alors qu’il avait résisté aux tentations d’adhésion à tous les RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) qui ont essaimé à Kisangani ainsi qu’au MLC de Jean-Pierre Bemba, a plus que surpris. Tout autant que de se convaincre que Firmin Yangambi aurait convoyé des armes de guerre par un aéroport surveillé nuit et jour. Le jeune juriste paraissait tout sauf aussi peu prévenant. Encore que, selon certains, la réaction appropriée de services de sécurité en pareille circonstance aurait été, non pas de mettre la main sur le convoyeur d’armes, mais de le laisser mener au cœur de l’opération en préparation, pour y mettre fin une fois toutes ! Eric Kikunda et Benjamin Olangi, furent arrêtés eux, à Kinshasa près de 4 jours auparavant, le 24 septembre.

Les deux jeunes gens seraient passés aux aveux, selon des proches rencontrés à la Cour Militaire de la Gombe, sur avenue Lubefu. Des aveux arrachés par la torture. Des tortionnaires avaient méthodiquement et systématiquement mordu, à belles et fortes dents, les deux détenus qui portent encore fraîches les traces des blessures.

Pour obtenir qu’ils contresignent des documents rédigés à leur intention, attestant de leur culpabilité. Ces informations relatives aux tortures extrêmes subies par Kikunda Fils et son ami Olangi proviennent, certes, d’une seule partie à ce procès. IL n’a pas été possible de les confirmer auprès de la partie poursuivante. L’évolution du procès permettra de les confirmer de manière irréfutable, ou de les infirmer.

Mais pour les habitués de la justice militaire, elles sont vraisemblables. La formule des procès en juridictions d’exception rd congolaises est toujours la même : arrestation, extorsion d’aveux, procès, condamnation. Beaucoup de chance pour que le schéma, ridicule à souhait, soit réédité dès mercredi 28 octobre.

source : Congo News