Les experts du département Afrique du Fonds monétaire international, arrivés à Kinshasa le mardi 27 octobre dans la soirée, se sont donné deux semaines pour vider tous les points de désaccord autour de la conclusion d’un nouvel accord formel avec la RDC. A leur arrivée, une bonne nouvelle les attendait. Car dans la même journée de mardi, des sources proches du gouvernement rapportent que les trois entreprises chinoises ont finalement endossé les amendements portés sous forme d’avenant sur les contrats chinois. Ce qui ouvre grandement FMIdrapeaula voie au prochain round des discussions avec le Club de Paris. Ce, avant le rendez-vous ultime de Washington. Un véritable contre-la-montre pour Kinshasa - tout devant être bouclé avant mi-décembre pour permettre au Conseil d’administration du FMI d’approuver le nouveau programme triennal. Y parviendra-t-on ? Les deux semaines de discussions avec les experts du FMI s’annoncent décisives.

 

Nouveau rebondissement dans les négociations qui entourent la conclusion- plus qu’imminente – d’un nouvel accord entre la RDC et le FMI au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (Frpc). Depuis le mardi 27 octobre, les experts du département Afrique du FMI séjournent en RDC. Ils ont juste deux semaines pour vider tous les litiges qui continuent à obstruer la voie étroite qui mène à un second programme économique du gouvernement (PEG 2), après celui arrêté brutalement en mars 2006. Deux semaines décisives durant lesquelles le gouvernement doit déployer tous ses artificiers du cercle économico-financier pour convaincre le FMI.

Un atout majeur pour Kinshasa dans cette étape ultime des négociations. C’est la signature depuis le même mardi 27 octobre 2009 par les trois entreprises chinoises (Exxim Bank, Crec et Sinohydro) des amendements portés sous forme d’avenant sur le partenariat sino-congolais. Seulement, le gouvernement partira dans ces négociations de dernière chance avec un sérieux handicap : le désordre criant au niveau des finances publiques.

En effet, la Banque centrale du Congo ne s’en est pas cachée. Dans le récent numéro des « Notes de conjoncture », l’Institut d’émission souligne que « depuis le mois de juillet, il s’observe de nouvelles tensions sur le marché tant des changes que des biens et services, consécutives à l’aggravation du déficit public... ». Elle enchaîne en précisant que : « Ce déficit a été entièrement monétisé, impliquant l’expansion de la liquidité et de nouvelles pressions sur le taux de change et les prix intérieurs ».

L’on ne pouvait donc pas s’étonner que les trois principaux indicateurs quantitatifs du programme suivi par les services du FMI en ressentent le coup. Quoi de plus normal qu’en face d’une profonde détérioration de la situation économique, financière et monétaire du pays, les niveaux des avoirs extérieurs et intérieurs nets ainsi que le plafond de crédit à l’Etat ne s’alignent pas dans les limites fixées en avril 2009 lors du dernier passage des experts du FMI en RDC.

MIEUX COORDONNER LES ACTIONS

La solution passe par une parfaite coordination des actions de politique monétaire et budgétaire entre la Banque centrale du Congo et le gouvernement. Pour avoir accusé de graves dysfonctionnements entre avril 2002 et mars 2006, le premier programme triennal soutenu, durant cette période par le FMI, a connu une fin tragique en mars 2006. Craignons que les mêmes causes – bien encore présentes dans la gestion des finances publiques – ne reproduisent les mêmes effets avec le PEG 2.

La Banque centrale du Congo voit juste lorsqu’elle rappelle que, pour assurer la stabilité macro-économique et garantir la conclusion du programme avec les institutions de Bretton Woods, « la contrainte consistera en la gestion ordonnée, hiérarchisée et planifiée des ressources tant renouvelables du pays que non renouvelables du pays ». Plus explicite, poursuit-elle, « il serait indispensable de respecter strictement le plan de trésorerie du secteur public et de poursuivre la mise en œuvre d’une politique monétaire prudente ». Voilà qui est bien dit. Mais, faudrait-il encore que l’on dépasse l’étape de bonnes intentions en traduisant en actes les axes de réformes et repères structurels à convenir avec le FMI dans le cadre du PEG 2.

Malheureusement, c’est quand il faut agir dans ce sens que le gouvernement perd le nord, se lançant dans une vaste campagne de dérapage de grands équilibres macro-économiques qu’il s’était cependant engagé à respecter dans le programme soutenu par le FMI. Il faut, à ce stade, se débarrasser du vieux démon d’une gestion hasardeuse et suicidaire des opérations financières de l’Etat.

Kinshasa n’a plus droit à l’erreur. Car comme l’indique en très belles lettres la Banque centrale du Congo, « cette conclusion du programme avec les institutions de Bretton Woods relève d’une obligation ardente pour baliser la voie à l’atteinte du point d’achèvement et mobiliser le financement concessionnel du développement économique… ».

RENDEZ-VOUS A PARIS

Tout se dessinera courant novembre à Paris, avant le round final de Washington. Dans la capitale française, le gouvernement tentera de négocier avec ses créanciers traditionnels - plus de 60% de la dette extérieure de la RDC étant contractée auprès du Club de Paris - une possible réduction préliminaire de sa dette ou un mécanisme susceptible d’aider le gouvernement à disposer de ressources financières nécessaires pour mettre en œuvre, avec succès, le nouveau programme triennal appuyé par la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance mais aussi son Document de stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté. Les deux semaines qui précèdent cette rencontre de Paris ont l’avantage de placer de vraies balises pour permettre au Conseil d’administration de donner le sceau officiel au nouvel accord formel, devant lier entre 2009 et 2011 la RDC au FMI. Pendant ces deux semaines, Kinshasa doit imaginer tout le scénario possible, ne laissant de côté aucun détail, pour passer cette dernière épreuve, avant le grand oral de Paris devant ses créanciers bilatéraux.

Sans doute que ces échanges se solderont par une série d’engagements à mieux faire.

Aussi, faudrait-il chacun, à quelque niveau de décision que c’est ce soit, joue sa partition pour que l’on demeure pendant cette période dans les limites fixées par le mémorandum des politiques économiques et financières du gouvernement ainsi que la lettre d’intention du chef de l’Etat, à joindre au programme triennal.

source : le Potentiel/Kinshasa