P_troleLes Etats de la région des Grands lacs dotés des potentialités pétrolières s’activent à les valoriser. Le Burundi, l’Ouganda et la Tanzanie ont pris la vitesse de croisière dans la conclusion des partenariats. Pendant ce temps, la RDC se perd dans des considérations qui frisent la trahison des intérêts de la Nation, en traînant les pieds. Des milliards de dollars américains échappent au Trésor public.

 

Le Code des hydrocarbures encore en étude au niveau de Parlement, précisément au Sénat, constitue un frein pour la RDC. Les contrats de partage de production signés avec des partenaires intéressés par l’exploitation du pétrole en RDC ont conduit à des dérapages. Les personnalités habilitées à les négocier et les conclure s’étant distinguées par des combines de tout genre, l’opinion s’était levée pour exiger la mise en place d’un cadre juridique devant assurer la transparence dans le secteur.

Pendant ce temps, les autres pays avec qui la RDC partage les mêmes gisements pétroliers n’attendent pas. Le premier à prendre quelques longueurs d’avance est l’Ouganda dans le graben Albertine. Sous le lac Albert se trouve, en effet, enfoui d’énormes quantités de pétrole. La nappe pétrolière s’étend des frontières congolaises jusqu’en Ouganda.

Curieusement, la partie ougandaise est déjà entrée en phase d’exploitation avec la firme canadienne «Heritage Oil». Du côté congolais, les tergiversations se multiplient, comme mode de gestion de ce patrimoine commun. Une querelle aux contours flous avait vu le jour entre le ministre Mende et la firme Tullow Oil, sur le bloc 1 du graben Albertine. La RDC accumule ainsi un énorme retard face à ses voisins de l’Est.

Le Burundi vient, en ce qui le concerne, d’octroyer une licence d’exploration sur le lac Tanganyika. Prenant, lui aussi de l’avance sur la RDC, le gouvernement burundais a signé avec British Petroleum SureStream junior au mois d’octobre dernier. Le contrat porte sur les blocs B et D dans la partie nord du lac Tanganyika. Le sud-africain South African Mineral Resources Corp (Samroc) détient, lui, le permis d’exploration du bloc C alors que le canadien Terra Seis International est opérationnel dans le bloc A. Les quatre blocs burundais du lac Tanganyika sont présentement en phase d’exploration.

La ZIC avec l’Angola en panne

La même situation s’observe sur la partie occidentale avec les gisements en commun avec l’Angola. La zone d’intérêt commun appelée à mettre ensemble les deux pays peine à se mettre en branle. L’Angola n’y perçoit aucun intérêt à se précipiter outre mesure. Des tensions sur les frontières de deux pays sont la parfaite illustration de la volonté de blocage de la partie angolaise. L’engagement de la RDC à aller jusqu’au bout de la logique et tirer des ressources additionnelles pour son budget passe par la détermination du gouvernement à amener l’Angola à entendre la voix de la raison et du droit.

Quant à la Tanzanie, elle a accordé quatre licences d’exploration l’année dernière. Les firmes australienne et britannique Beach Petroleum et Ansco Petroleum sont opérationnelles.

La RDC étant le 68ème producteur du pétrole avec 25.000 barils par jour répartis de la manière suivante : 15.000 on shore et 10.000 off shore, le secteur «pétrolier producteur» rapporte 200 à 300 millions de dollars américains au budget national. Les gisements de l’Est sont jusque-là non exploités. Ils ne le seront que dans une échéance relativement éloignée dans la mesure où les étapes préliminaires tardent à se mettre en place.

L’ancien ministre des Hydrocarbures avait promis de faire bénéficier au pays plus de 600 millions Usd en rapport avec l’exploitation commune du pétrole avec l’Angola. Jusqu’à ce jour, cette promesse est restée lettre morte. Avec des ressources additionnelles provenant du secteur de la production pétrolière, plus d’un milliard de dollars Us proviendraient ainsi de ce secteur.

La RDC dispose d’un potentiel pétrolier important. Dix blocs sur le lac Tanganyika, cinq blocs sur le graben Albertine. Dans la Cuvette centrale, le nombre de blocs n’est pas encore déterminé. Mais, la firme brésilienne qui y travaille s’était retrouvée dans l’obligation de revoir les tracés dans le sens de la réduction des étendues de blocs.

Des tergiversations en cours sur le bloc 1 intriguent d’autant plus que d’autres blocs sont disponibles et pouvaient être confiés à d’autres exploitants. Mais, face au bradage qui se profilait, il était nécessaire d’arrêter l’hémorragie.

Dans la course de l’exploitation pétrolière, la RDC est toujours à la traîne face à ses voisins. Serait-ce fait à dessein ou y aurait-il manque de vision de la part des dirigeants congolais ? Interrogations pertinentes.

Dans l’une ou l’autre éventualité, le constat est amer. L’Angola, le Burundi, l’Ouganda, la Tanzanie – et le Rwanda pour ce qui est du gaz - ont pris de l’avance. Ces pays engrangent déjà des milliards de recettes pétrolières. D’énormes fonds engloutis dans la réforme des entreprises publiques menées dans une précipitation suspecte auraient dû être orientés vers ce secteur prometteur et rentable comme l’exploitation pétrolière. La majorité des pays émergents d’Afrique sont producteurs de pétrole : Angola, Guinée Conakry, Gabon,…Ils tirent l’essentiel de leurs budgets nationaux respectifs dans la vente du pétrole. A quand le réveil de la RDC ? Flouée ou naïveté ? C’est l’un et l’autre sans aucun doute.

Les dessous : la balkanisation

Simple coïncidence ou plan prémédité ? Difficile d’y répondre. Les zones regorgeant du pétrole sont celles où avait sévi la guerre meurtrière de l’Est. En Ituri, le sang qui y avait coulé avait l’odeur du pétrole. De toute évidence, les massacres perpétrés dans l’Est de la RDC visaient justement l’éloignement des populations pour une occupation en douceur des espaces riches en pétrole.

La démonstration cartographique de l’évolution de la guerre est illustrative d’une volonté du découpage des pans entiers du territoire congolais au bénéfice des tireurs de ficèles que sont certaines multinationales. A moindre frais, elles ont tenté de prendre le contrôle de tous les riches gisements pétroliers qui s’étendent du Sud du Soudan jusqu’en Zambie. Une région couverte par les Grands Lacs africains.

Aussi la RDC, qui occupe une large portion de ces eaux, s’est-elle retrouvée propulser au-devant des enjeux géostratégiques macabres des capitalistes sauvages et véreux. Ces opérateurs infestent cette région africaine, y semant désolation et insécurité pour vu qu’ils accèdent à l’or noir synonyme de pétrodollars. Loin d’être une coïncidence, il s’agit bel et bien d’un plan prémédité voué à l’échec par la volonté commune exprimée des Congolais de garder le pays dans ses frontières héritées de la colonisation.

source : le Potentiel/kinshasa