FMIEntre la RDC et le FMI, l’on s’approche vers l’étape décisive : celle de la conclusion du second programme économique du gouvernement (PEG 2). Bientôt, le gouvernement aura rendez-vous le 18 novembre avec le Club de Paris. Quant à la transmission du dossier RDC au Conseil d’administration du FMI, début décembre, seul le FMI en connaît l’issue. Ses experts n’en ont pas évoqué les causes. Ils ont toutefois effleuré le problème, reconnaissant que les causes des déséquilibres du cadre macro-économique ne proviennent pas de dérapages budgétaires. Ce qui disculpe le gouvernement, donc le Premier ministre, de tout soupçon. Mais que dire si le nouveau programme n’était pas signé ? Il faudra certainement en chercher les raisons bien au-delà du gouvernement.

 

Il y a de plus en plus de certitude sur la rencontre le 18 novembre 2009 à Paris entre le gouvernement et les créanciers bilatéraux de la RDC, regroupés au sein du Club de Paris. Cependant, l’on ne sait pas si la RDC parviendra fin décembre à renouer formellement avec le FMI par la conclusion du second programme économique du gouvernement (PEG 2) au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC).

La conférence de presse, animée mardi dernier au siège de la représentation du FMI en RDC, par son chef de mission en RDC, Brian Ames, a ravivé la polémique sur les négociations qui entourent depuis mars 2006 la conclusion d’un nouvel accord avec le FMI.

Pour la dernière réunion de son Conseil d’administration, prévue probablement à la première semaine du mois de décembre, Brian Ames a semblé ne pas avoir des convictions sur la transmission du dossier RDC à cette instance de décisions du FMI. Il persisterait, selon lui, quelques points à éclaircir. On est encore loin du dénouement de dures négociations que le gouvernement mène depuis trois ans pour la conclusion d’un PEG 2. Il y aurait, de l’avis du FMI, quelques ajustements internes dans la conduite des affaires de l’Etat à faire pour atteindre cet objectif.

Mais, d’emblée, sans relancer une quelconque polémique, le chef de division au département Afrique du FMI, Brian Ames, a planté le décor. Devant la presse réunie mardi à la représentation du FMI en RDC, Brian Ames reconnaît que les derniers déséquilibres du cadre macro-économique ne sont pas imputables à des dérapages budgétaires. Il relèverait, pense-t-il, des variables autres que ceux relevant du cadre budgétaire. Cependant, l’expert n’en évoquera aucun. Il maintient le suspense, laissant certainement le choix aux Congolais de voir de quel côté se forme l’onde de déséquilibre qui déstabilise l’équilibre précaire du cadre macro-économique.

En retournant les déclarations faites mardi par Brian Ames, l’on ne peut réaliser l’incertitude qui entoure la conclusion d’un PEG 2. C’est vrai que le FMI n’inculpe personne. Néanmoins, l’aveu de son chef de mission en RDC pose un vrai problème. Mesure-t-on le retard qu’accumulerait la RDC au cas où le FMI se résignerait à conclure un accord formel avec le gouvernement ?

Le plus évident est que les propos tenus dernièrement par le chef de division du FMI épargnent le gouvernement d’éventuelles inculpations sur l’échec des négociations avec le FMI. C’est notamment lorsque Brian Ames minimise l’impact des dérapages budgétaires dans les déséquilibres récurrents du cadre macro-économique. Par des circonlocutions, l’expert du FMI indique subrepticement qu’il y a problème dans les actions mises en œuvre aussi de part et d’autre pour maintenir les indicateurs quantitatifs du Programme suivi par les services du FMI dans les limites acceptables.

Dans leur déclaration de fin de mission, les experts du FMI notent : « … les autorités ont mis en oeuvre leur programme économique pour 2009 de manière satisfaisante jusqu`à fin septembre, avec les recettes et les dépenses de l’Etat en ligne avec les projections ». Et de relever tout de même : « Cependant, le manque de coordination ponctuelle entre le Trésor et la Banque centrale a entravé la gestion des liquidités, résultant en une surliquidité dans l’économie ». Preuve qu’il y a bien un problème.

Plus de doute sur les contrats chinois

Certes, pour le FMI, les contrats chinois ne feraient plus ombrage à la conclusion d’un PEG 2. Mais il y aurait bien des questions sur lesquelles la RDC devait afficher une attitude responsable.

Les conclusions de l’analyse de la viabilité de la dette menées conjointement par les experts du FMI et de la Banque mondiale, en vertu de l’accord de coopération sino-congolais, prouvent nettement que les contrats chinois ne poseraient plus problème pour un PEG 2. Bien au contraire, cette note technique souligne que « les projections laissent penser que, sans allègement de la dette au titre de l’Initiative en faveur des pays endettés (PPTE) et de l’Initiative d’allègement de la dette multilatérale (IDADM), les indicateurs de la charge de la dette extérieure continueront à dépasser pendant longtemps les seuils tributaires de la politique économique ». En d’autres, le FMI soutient que la dette de la RDC soit allégée.

De la viabilité de la dette par exemple, prenant en compte les contrats chinois, le FMI et la Banque mondiale notent clairement que : « La RDC resterait un pays surendetté sans un allégement sensible de sa dette. Les indicateurs de la dette extérieure dépasseraient pendant longtemps les seuils tributaires de la politique économique, même en cas de forte reprise de l’économie à moyen terme (hypothèse du scénario de référence). Même si la RDC atteint le point d’achèvement de l’initiative PPTE au milieu de 2010 et bénéficie d’un allégement de sa dette au titre de cette initiative et de l’Initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM), les perspectives d’endettement extérieur restent vulnérables aux chocs adverses. La garantie par l’État des prêts destinés à financer des projets d’infrastructure publique augmente le ratio de la dette externe sur le PIB de manière significative, au-delà des seuils tributaires de la politique économique et ce sur une période prolongée. Cependant, ces calculs surestiment fortement le risque de surendettement puisque ils supposent que le projet minier ne va pas générer de bénéfices nets d’exploitation sur les 25 années de la période de projection. Les calculs basés sur un modèle de revenu généré par le projet minier, mis au point par les autorités de la RDC, prévoient que le bénéfice net d’exploitation du projet minier repaira entièrement les prêts des projets d’infrastructure avant 2018, 16 ans avant que la garantie de l’État soit invoquée. Les revenus opérationnels nets devraient diminuer de 65 % du montant projeté dans le scénario de base pour que la garantie de l’État soit invoquée. Ces calculs incluent que la garantie de l’État est peu probable d’être invoquée et donc, les risques sur la viabilité de la dette sont gérables ».

Malgré cette belle conclusion, le FMI estime toutefois que « si tout va bien, l’examen, par le Conseil d’administration du FMI, de la requête des autorités pour un programme triennal dans le cadre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance pourrait suivre immédiatement après ». Une façon de rappeler à qui voudrait bien le comprendre qu’il y a des zones d’ombre autour desquelles l’on doit préalablement dissiper tout malentendu.

Cependant, à analyser cette pression que la partie congolaise a subi pour revisiter les contrats chinois, il existerait d’autres raisons plus profondes. En effet, la fulgurante pénétration de la Chine en Afrique n’est pas un fait divers pour laisser indifférents les grands bailleurs de fonds du FMI. Ceux-là même qui sous-tendent son existence. La « guerre des espaces économiques », surtout en Afrique et particulièrement en RDC, pourrait être la face cachée susceptible de retarder encore la signature d’un nouvel accord économique entre la RDC et le FMI. L’heure de vérité a donc sonné et l’on sera bientôt fixé sur ce feuilleton.

source : le Potentiel/Kinshasa