La nouvelle de la démission de Désiré Kamanzi à la tête du Congrès national du peuple (CNDP) est tombée comme un couperet dans les salles de rédaction, alors que la situation sécuritaire dans l'Est du pays connaît des avancées significatives selon le dernier point de presse hebdomadaire de la mission onusienne en RDC, la Monuc.

 

 

 

Joint au téléphone à Goma par une chaîne émettant de Kinshasa, le leader du CNDP qui a remplacé Laurent Nkunda justifie sa décision par la mauvaise foi du gouvernement congolais qui tarde à appliquer l'accord de paix conclu à Goma aux termes de la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans le Kivu.

 

Si les autres volets de cet accord sont déjà mis en œuvre notamment le désarmement et l'intégration des ex-miliciens dans les FARDC, l'aspect le plus important qui concerne la nomination des cadres politiques dans les institutions publiques n'a connu la moindre application déplore le président démissionnaire. Pour exprimer son raz-le-bol face au non respect par le gouvernement de ses engagements, Désiré Kamanzi a pris la grave décision de s'en aller de la tête de son mouvement remettant ainsi en cause le processus de paix encore fragile dans le Nord-Kivu et Sud-Kivu.

 

Ce départ quelque peu suspect du leader du CNDP ouvre des brèches à la reprise des hostilités dans les zones de combat où, en dépit de quelques zones résiduelles des affrontements, la paix semblait revenir.

 

Pour les analystes de la scène politique congolaise, la décision du chairman du CNDP n'est pas un fait du hasard surtout qu'elle tombe au moment où la Monuc vient de prendre de son côté une grave décision de retirer son appui à une brigade des FARDC. Même si les deux prises de position n'ont rien de commun les circonstances de leur avènement laissent quelque peu pantois certains observateurs. Tout laisse croire que le CNDP veut mettre à profit le flottement actuel entre le gouvernement congolais et la Monuc pour reprendre l'initiative des hostilités et placer la barre très haut en cas d'éventuels pourparlers. Les (ex) rebelles du CNDP savent que sans l'appui direct et sincère de la Monuc, les FARDC ne peuvent pas tenir le coup. C'est pourquoi, ils veulent s'engouffrer dans la brèche ouverte par Kinshasa pour ressusciter certaines velléités bellicistes.

 

La prétendue démission de Désiré Kamanzi remet de nouveau au grand jour la question du transfèrement à la CPI de Bosco Ntangana, l'un des membres du brain-trust du CNDP. Est-ce un chantage à l'endroit de la communauté internationale qui tient à voir cet ex-bras droit de Thomas Lubanga subir la rigueur de la loi pour son implication dans les crimes de guerre en Ituri ? Rien n'est moins sûr. Car Kamanzi et les siens n'ont pas les moyens de tenir la dragée haute à la machine broyeuse des Occidentaux, le pays de l'oncle Sam en tête.

 

Cependant un fait est certain. Le retrait du CNDP du processus de paix, s'il a lieu, augure des lendemains sombres pour les populations civiles du Nord-Kivu et du Sud-Kivu dans la mesure où ce sont elles qui sont les victimes des guerres récurrentes qui secouent cette partie du territoire national.

 

Par rapport à cette donne, il y a lieu de demander au gouvernement de mettre un peu d'eau dans son vin en allant jusqu'au tout de sa logique de paix. S'il a permis l'intégration des ex rebelles au sein des FARDC en leur reconnaissent leurs grades acquis dans des conditions loufoques, discutables, il n'y a pas de raison de tergiverser sur la nomination des cadres politiques du CNDP dans les institutions, notamment le gouvernement central. A tout prendre cette dernière décision est plus aisée à prendre que d'opposer un refus catégorique à la demande du transfèrement de Bosco à la CPI. Rien ne sert de nous compliquer la tâche. Privilégions l'intérêt supérieur de la nation à nos propres ambitions.

Source : l'Observateur