BoisRépublique démocratique du Congo (RDC), qui possède le deuxième massif forestier tropical au monde, après le Brésil, vient de convaincre les bailleurs multilatéraux de débourser 300 000 dollars (200 000 euros) afin de lui permettre de disposer "des scénarios de déforestation possible au cours des vingt prochaines années". Le cabinet international McKinsey a été chargé de l'étude.

Kinshasa ne souhaite pas arriver les mains vides à la conférence   mondiale sur le climat, en décembre à Copenhague, où la   lutte contre la déforestation sera un enjeu majeur des discussions. L'adoption   d'un mécanisme financier pour récompenser la déforestation   évitée, baptisé REDD (Reducing emissions from deforestation   and degradation), fait partie des rares sujets sur lesquels un accord semble   proche.

 

"Pauvreté"

 

Une cinquantaine de pays y ont intérêt. Mais parmi eux, tous ne   jouissent pas de la même réputation aux yeux des bailleurs. "Les   pays du bassin du Congo sont oubliés. Nous n'avons pas su communiquer",   regrette le ministre de l'environnement de la RDC, José Endundo. A côté   de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, du Brésil ou même du petit   Guyana, épaulé par l'organisation non gouvernementale américaine   Conservation international, la voix de l'Afrique reste peu audible.

 

Les scénarios de McKinsey y changeront-ils quelque chose pour la RDC   ? Parmi le groupe de pays qui préparent REDD, ce cabinet est reconnu,   voire incontournable. McKinsey conseille le gouvernement norvégien. Ce   dernier est, au nord, le principal défenseur du processus, qui prévoit   de verser des compensations financières aux pays qui soustrairont leur   forêt à une destruction annoncée.

 

Pour la RDC - un territoire grand comme l'Europe de l'Ouest -, l'enjeu est   colossal. "La pression anthropique et la pauvreté sont à   l'origine de la déforestation. Nous ne pouvons pas demander aux populations   qui vivent de la forêt de ne plus la couper sans leur offrir quelque chose   en échange", explique le ministre de l'environnement, qui estime   le coût de la protection des forêts à environ 3 milliards   de dollars (deux milliards d'euros) par an. Autant que le budget actuel de l'Etat   congolais.

 

Jusqu'à présent, l'exploitation industrielle n'est pas le moteur   principal de la déforestation. Il ne sort des grandes concessions que   300 000 m3 de bois, selon les chiffres officiels, contre 3,3 millions de m3   pour le Gabon et 2,3 millions de m3 pour le Cameroun. En revanche, la production   de charbon de bois et l'agriculture sur brûlis nourrissent des fronts   de déforestation à l'est du pays et autour des grandes villes.

 

"Globalement, la déforestation reste faible. Mais, dans les zones   peuplées, la forêt disparaît à un rythme comparable   à ce qui s'est produit en Afrique de l'Ouest, où il ne reste plus   grand-chose", explique Alain Karsenty, économiste au Centre de coopération   internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

 

La population du pays devrait passer de 67 millions d'habitants aujourd'hui   à 93 millions en 2020. "La pression sera croissante, il faut commencer   à agir maintenant", plaide José Endundo. Pour rassurer les   bailleurs quant à l'utilisation de l'argent qu'elle pourrait recevoir,   la RDC devrait confier, d'ici quelques semaines, le contrôle de ses massifs   forestiers à un cabinet d'audit international.

source : le Monde /France