BelgiquedrapeauEntre Kinshasa et Bruxelles, l’heure est au langage et au comportement adultes. Un vent d’espoir est en train de balayer cet état poussiéreux des choses, fondé sur un esprit nostalgique  d’un groupe de personnalités belges et congolaises égocentriques et aux élans paternalistes.

Il est vrai que la Belgique et la République démocratique du Congo ont frôlé la rupture des relations diplomatiques. L’on avait même commencé à franchir le Rubicon avec le rappel des ambassadeurs  et  la fermeture des consulats belges à Bukavu et à Lubumbashi.

Tout était parti de ce langage peu diplomatique de l’ancien ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht. Alors qu’il était le chef de la diplomatie belge, il a usé des propos discourtois qui ne pouvaient que susciter des réactions vives de la part des autorités congolaises irritées devant ce manque de considération. Pendant six mois, la brouille s’était installée entre Kinshasa et Bruxelles, avant que les nuages commencent à se dissiper.

Les premiers indices ont été la décision prise, de part et d’autre, après un lobbying de la diplomatie secrète et parlementaire, de nommer et d’échanger des nouveaux ambassadeurs. Bruxelles a accepté l’accréditation de l’ambassadeur Henri Mova Sakanyi pendant que Kinshasa agréait la désignation de Dominique Struye de Swilande en qualité d’ambassadeur du Royaume de Belgique en République démocratique du Congo. « La Belgique s’engage dans un esprit de partenariat respectueux, productif  et fructueux avec la RDC ». Ce sont les premières déclarations du diplomate belge après avoir présenté ses lettres de créance au président de la République, Joseph Kabila Kabange.

Depuis, les choses sont allées vite. J’en veux pour preuve les visites des personnalités politiques de deux pays qui s’alternent. A Kinshasa, c’est un véritable ballet diplomatique des personnalités belges de toutes les institutions, sans oublier des opérateurs économiques désireux de reprendre pied en RDC. Geste de volonté politique de redynamiser la coopération multisectorielle belgo-congolaise. « Je suis un homme pragmatique. Ma mission consiste à normaliser les relations entre la Belgique et la République démocratique du Congo. Je m’emploierai à les amplifier et mon action se consacrera sur trois axes. Au plan politique, nous nous attacherons à privilégier un dialogue franc, ouvert et permanent. Au niveau de la coopération bilatérale, je me consacrerai à l’amplifier pour accélérer le déblocage des fonds en vue de financer les projets de développement en suspens. Enfin, la coopération militaire sera redynamisée au regard de grands défis que la RDC est appelée à relever ». C’est sous ce signe que le diplomate belge a placé son mandat.

Effectivement, les faits sont en train de parler d’eux-mêmes. Pour ne prendre que l’exemple de la coopération militaire, la Belgique vient de former le premier bataillon de la Brigade d’intervention rapide, basée à Kindu, au Maniema. La cérémonie de fin de formation a été rehaussée de la visite du chef d’Etat major général de l’armée belge.

Au plan politique, pour être plus près de nous, le président du Sénat belge, Armand De Decker, vient d’effectuer une visite de travail à Kinshasa. Après ses entretiens avec son homologue congolais, Léon Kengo wa Dondo, il a eu hier lundi un entretien fructueux avec le président de la République, Joseph Kabila Kabange. Il ressort de cette  audience que le président de la République effectuera prochainement une visite de travail en Belgique. Voilà qui renforcera davantage les relations historiques entre les deux pays.

Historiques. C’est le cas de le dire au crépuscule des festivités marquant le 50è anniversaire de l’indépendance du Congo. Des élans  de solidarité, de sympathie se manifestent de part et d’autre, et particulièrement en Belgique. Il me revient des milieux belges que les autorités de la Belgique ont exprimé toute leur disponibilité à donner un cachet spécial à ces festivités.

A ce sujet, la « Fondation de la Kethule » créée en mémoire du révérend père Raphaël de la Kethule, ce missionnaire catholique belge qui a contribué à l’essor de l’enseignement au Congo et à la pratique du sport dans ce pays,  particulièrement le football et l’athlétisme animera des semaines de sensibilisation. Question  qu’une bonne partie de la communauté belge se souvienne des relations historiques entre le Congo et la Belgique. D’autre part, j’apprends qu’une réflexion est assez poussée pour impliquer la Fondation Roi Baudouin 1er dans l’organisation des festivités du 50è anniversaire de l’indépendance du Congo. Elle agirait sur le plan politique, économique et culturel dans le but d’immortaliser l’histoire belgo-congolaise. Si tout se négociait avec dextérité, le Roi Albert 1er   effectuerait, le 30 juin prochain,  le déplacement de Kinshasa.

Effectivement, une page noire de l’histoire de la Belgique et de la RDC est en train d’être tournée. Les nuages se dissipent progressivement pour faire place à un ciel bleu, éclairci, dans l’intérêt réciproque des peuples belge et congolais.

Pourquoi ne pas émettre ce souhait d’espoir lorsqu’un autre événement important qui marque  des mutations à travers le monde a fait qu’un Belge, Herman Van Rompuy, soit désigné président du Conseil européen ? Ancien président du Sénat, ancien Premier ministre belge, Herman Van Rompuy a fait une partie de ses études à Kinshasa, au Collège Albert 1er, aujourd’hui Collège Boboto. A l’instar de cet autre diplomate belge, Johan Swinnen. Les chemins de l’histoire de la Belgique et de la RDC sont en train de se croiser quand on sait que l’Union européenne est le premier partenaire  au développement de la RDC. Une raison de plus pour que le ciel s’éclaircisse davantage entre Kinshasa et Bruxelles.

N’en déplaise aux oiseaux de mauvais augures, à ces vieux sorciers d’un autre âge.

(*) Sénateur

source : le Potentiel