La province de l’Equateur n’a pas de chance d’être loyalement servie par ses enfants. Ayant succédé à un gouverneur défenestré par la Cour d’Appel pour indélicatesse, le nouvel élu est rattrapé par le même fléau. Il avait beau narguer les Sénateurs dépêchés à Mbandaka pour contrôler sa gestion, en s’abritant derrière un juridisme criminel, la chambre haute, après audition du rapport de mission, vient de lever l’option de le traduire en justice. L’euphorie de la victoire électorale n’aura duré que l’espace d’un matin.

 

Sales temps pour un gouverneur « démocratiquement » porté à la tête de l’Exécutif provincial. Il a suffi de quelque quatorze jours seulement pour que Jean-Claude Baende soit réduit, par la perspicacité du Sénat, au statut de simple sans-grade.

Oui, le gouverneur élu – qui a confirmé par le vote qu’il ne se satisfaisait pas de l’intérim assumé après la révocation du MLC José Makila – est soupçonné de malversations financières au détriment de la province pendant l’époque de l’intérim.

La chambre haute du parlement, par laquelle le malheur est arrivé, a décidé au cours de la plénière du vendredi 27 novembre d’envoyer le gouverneur devant le juge. Les faits, à en croire l’opinion des sénateurs, sont flagrants. L’Etat doit sévir au nom de la « Tolérance Zéro ».

A la lecture du rapport de mission, retour du chef-lieu de l’Equateur, les sénateurs ont entendu des faits accablants. Notamment ceux-ci : durant son court règne en tant que gouverneur intérimaire, J.C. Baende s’est investi dans le détournement des deniers publics destinés à soulager un tant soit peu les misères des populations équatoriales.

OPERATIONS RETOUR

C’est ainsi que, dans sa machination, il aurait utilisé des intermédiaires, notamment l’agence de transfert d’argent Soficom, pour, en toute discrétion, commettre des forfaits généralement connus sous le nom de code d’« opérations retour ».

Ces procédés mafieux consistent à recevoir du gouvernement central d’importants fonds destinés soit à la réhabilitation des infrastructures provinciales, soit au paiement des fonctionnaires locaux. Le gestionnaire local s’applique, à son tour, à amputer la cagnotte afin de renvoyer sur Kinshasa une part bien convenue.

Quant aux bénéficiaires de ces libéralités dans la capitale, les enquêteurs ont révélé, sans d’autres précisions, qu’ils se présentaient au guichet de l’agence de transfert « sous diverses identités ». Nul doute que, au cours de prochaines plénières, le mystère tombera. Et que le pot aux roses éclatera.

Dans la foulée, le Sénat a appris qu’un chèque de 100 millions de FC décaissés par le gouvernement pour réhabiliter l’éclairage public dans la ville de Mbandaka, n’est jamais arrivé à la représentation provinciale de la Société nationale d’électricité (SNEL). Les conséquences de cet égoïsme sont perceptibles. Curieusement, le gouverneur a osé affirmer « avoir fait parvenir ce chèque au destinataire ».

Pas de doute possible, les placards de l’ancien gouverneur intérimaire puaient bien les cadavres ! Le rapport de la mission d’audit sénatoriale corrobore les soupçons qui avaient fait le lit de la campagne électorale. Révélateur est l’incident public antérieur, fort médiatisé par l’intéressé avant l’arrivée des auditeurs membres du Sénat.

CIVISME DES MBANDAKAIS

Le gouverneur intérimaire s’était, à l’époque, arrogé des pouvoirs exceptionnels – de surcroît illégaux – pour s’opposer à l’audit du Sénat dans « ses » affaires. Il arguait que l’audit de gestion d’une province ne relève que du seul ressort de l’Assemblée nationale. Le Sénat exclu.

Soutenu, on comprend pourquoi, par certains politiques de Kinshasa, le gouverneur intérimaire avait, de fil en aiguille, menacé tout collaborateur qui entrerait en contact avec les auditeurs. Sur les ondes de Radio Okapi, média onusien, il avait prévenu qu’il n’assurerait pas la sécurité des sénateurs téméraires qui atterriraient à Mbandaka.

En dépit de ses gesticulations, le gouverneur intérimaire avait, la mort dans l’âme, admis l’arrivée de « ses tortionnaires ». Mais nombre de ses collaborateurs n’ont pas aidé la mission du Sénat. N’empêche que celle-ci a recueilli une moisson de précieux renseignements.

C’est donc grâce au civisme de cette poignée de Mbandakais que le voile peut enfin se lever sur les indélicatesses de l’ex-gouverneur intérimaire de l’Equateur, élu à ce poste voici deux semaines. Aussi, la plénière, après l’audition du rapport et à la suite de l’intervention de vingt sénateurs, a-t-elle décidé des poursuites judiciaires à l’encontre du gouverneur J.C. Baende et de ses complices.

La fête se termine mal au gouvernorat de Mbandaka. Le triomphalisme va, sûrement, céder la place au ballet des avocats, sur fond d’une forte inquiétude pour une carrière politique en passe de se briser. Sous les feux des projecteurs, cette fois, éteints.

source : le Potentiel